24/11/2008 à 17h:11 Par Jeune Afrique
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Equipements informatiques insuffisants, coûts excessifs, débits trop lents, manque de formation des utilisateurs… Internet peine à trouver sa place en Afrique. Moins de 5 % des foyers du continent sont connectés. Le Sénégal ne compte que 5,2 % d’internautes. Au Liberia, au Niger et en Centrafrique, ils sont moins de 0,5 %. Bien loin des scores des nations européennes : 54,7 % en France, 56,5 % en Espagne, par exemple. Mais la situation évolue. Il n’y a qu’à se promener sur la Toile pour constater que toutes les grandes entreprises africaines utilisent couramment cet outil pour leur communication. Pas une ne fait exception parmi les 500 premières sociétés classées par Jeune Afrique cette année. Internet est devenu incontournable. Au point que le site de la compagnie aérienne Asky, dont la création a été annoncée en janvier 2008 à Ouagadougou, était consultable dès les premiers jours, soit plusieurs mois avant le premier vol commercial.

Souvent montrées du doigt pour leur inertie, les administrations africaines ont elles aussi adopté ce nouveau « guichet » pour offrir plus de services aux citoyens et augmenter leurs recettes. Au Nigeria, l’État de Lagos propose à ses administrés de payer leurs impôts en ligne. Au Maroc, ce sont les grosses entreprises qui peuvent déclarer et régler leur TVA sur Internet. En Afrique du Sud, le e-paiement fonctionne depuis 2003 et a séduit plus de 600 000 utilisateurs, ce qui représente plus de 15 milliards d’euros télétransmis annuellement.

Un premier constat s’impose : l’Afrique n’est donc pas allergique à la technologie. Échanger son adresse électronique est devenu aussi banal que de donner son numéro de téléphone. Plus intéressant encore, tout indique que le continent a pris le virage du Web 2.0, l’Internet deuxième génération fondé sur l’interactivité. Les jeunes élargissent leurs réseaux sociaux sur les sites Facebook ou hi5, se retrouvent sur des forums pour poser des questions ou débattre autour d’un thème. Les blogs, sortes de carnets personnels, fleurissent dans tous les pays, d’Alger au Cap. Leurs contenus sont aussi variés que la personnalité ou les centres d’intérêt de leurs auteurs. On en dénombre au moins 30 000 au Maroc, 6 000 en Algérie et quelques centaines dans des pays comme le Kenya ou le Sénégal. Les blogueurs rédigent des posts, sortes de billets, auxquels peuvent ensuite répondre les internautes. Sur son blog, les écrits de Larbi (larbi.org) ont déjà suscité plus de 18 000 commentaires depuis octobre 2004. Les sujets favoris de ses visiteurs : la Constitution et la liberté de la presse. Des thèmes pas toujours du goût des gouvernements. On ne compte malheureusement plus les cas de censure, voire les emprisonnements. En Égypte, Kareem Amer a été condamné le 22 février 2007 à trois ans de prison après avoir dénoncé les dérives religieuses et autoritaires du gouvernement de Hosni Moubarak.

Au Kenya, la crise politique aura mis en relief le potentiel des informaticiens africains. En quelques jours, membres de la diaspora et locaux réunis ont créé un site (ushahidi.com) pour localiser sur une carte les incidents constatés sur le terrain. Sur une même page, il était possible de savoir ce qui s’était passé, quand et où. Une réalisation saluée dans le monde entier qui a mis en valeur la participation des expatriés kényans. Car, grand avantage d’Internet, pas besoin d’être physiquement présent sur le continent pour prendre part au développement du Web africain. Ce principe a été exploité par Hamza Ouitas. Ce jeune diplômé de l’École nationale polytechnique d’Alger, actuellement en France, a créé en 2007 une plate-forme d’échange de contenus spécialement dédiée aux Algériens. Conçu sur le modèle des sites Dailymotion ou You Tube, DzTube rassemble déjà près de mille vidéos. « L’Algérie est très présente sur ces plates-formes, explique Hamza Ouitas. Pourquoi ne pas reprendre les choses en main et rentabiliser notre propre culture. » Un principe qui pourrait être étendu à tout le Maghreb dans les mois à venir.

Pour trouver son chemin dans ce monde virtuel, l’Afrique commence tout naturellement à créer ses propres outils. Lancé avec seulement 35 000 dollars, Afrigator est une des plus belles réussites de l’année 2007. Ce site Internet se définit lui-même comme un « agrégateur » de contenus (anglicisme dérivé du mot aggregator). C’est-à-dire qu’il rassemble sur une même page différentes sources et supports d’information : articles, vidéos et bientôt photos en provenance de blogs ou de médias traditionnels. Plus de 2 millions de visiteurs, principalement des Sud-Africains, avaient adopté Afrigator au mois de décembre dernier. Un succès salué par l’émission « Business 2.0 » sur CNN, qui l’a classé au 20e rang des start-up non américaines les plus prometteuses.

Un cas loin d’être isolé : Muti, Anatomu, Mashada (pour les anglophones) et Akopo (pour les francophones) affichent les mêmes ambitions. Les Africains ont débuté la construction de leur cybercontinent. La possibilité de dialoguer avec ses pairs, mais aussi d’offrir au monde une nouvelle image, plus nuancée que ce que peuvent faire les médias traditionnels, est un enjeu de taille. Mais les applications ne se cantonnent pas aux domaines de l’information et du divertissement. Tracks4Africa propose par exemple aux voyageurs munis d’un GPS d’aider à mieux cartographier le continent. Les informations qu’ils transmettent sont ensuite intégrées à Google Earth. Grâce à un site danois (MyC4), le monde entier peut investir dans des microprojets en Côte d’Ivoire, en Ouganda ou au Kenya. Des prêts de particulier à particulier qui ont séduit 3 000 personnes depuis septembre 2007. L’éducation profite également de cette révolution technologique. Ainsi, l’Université virtuelle africaine a pu dispenser des centaines d’heures de cours à distance et former, via le Net, plus de 50 000 étudiants sur le continent.

Médias, loisirs, Bourse, immobilier, petites annonces, commerce en ligne, tourisme… l’Afrique étend sa Toile tous azimuts. À l’image des Américains, les informaticiens kényans et sud-africains organisent des ateliers appelés « Barcamps » pour échanger leurs savoirs. Des collaborations qui profitent aussi du développement des logiciels libres. Moins gourmands en mémoire, souvent plus robustes, « ils peuvent être copiés et diffusés gratuitement sur un nombre illimité d’ordinateurs », explique Jacques Bonjawo, ex-senior manager au siège de Microsoft. L’outil idéal pour une meilleure appropriation de l’Internet sur le continent, assure-t-il.

Reste que les infrastructures réseaux sont encore largement sous-dimensionnées. En Afrique de l’Est, le prix de l’abonnement peut atteindre 200 dollars par mois. Une situation qui devrait s’améliorer avec la construction du câble sous-marin EASSy (East African Submarine Cable System), qui reliera vingt pays de l’Afrique du Sud à l’Érythrée. Fin du chantier prévu en 2010 pour la Coupe du monde de football.

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