24/11/2008 à 17h:08 Par Julien Clémençot
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Face au ralentissement prévisible du marché de la téléphonie mobile, les professionnels misent sur Internet pour maintenir leur croissance.

Pour nombre de ses utilisateurs africains, le téléphone portable est une véritable révolution. Sur le plan économique, le marché continental est la zone la plus dynamique au monde. Quarante pour cent d’usagers en plus rien que pour 2006, et une hausse de 24 % en 2007. Près de trois cents millions d’Africains possèdent aujourd’hui un téléphone portable, contre moins de seize millions en 2000. Après avoir investi des dizaines de milliards de dollars pour élargir la couverture et la qualité de leur offre, les opérateurs de téléphonie mobile ont placé le développement d’Internet en haut de leurs priorités. Qu’ils s’appellent Orange, Celtel, Vodacom, Orascom ou MTN, tous possèdent déjà les réseaux sans fil indispensables pour sortir le Web des capitales. Un avantage évident en faveur de ces compagnies déjà fortement engagées sur le continent, analyse Mwambu Wanendeya, de Celtel : « Les infrastructures mises en place coûtent très cher. Ce serait vraiment difficile de gagner de l’argent en Afrique pour une société qui n’y est pas déjà présente. »

L’intérêt des opérateurs pour Internet anticipe l’essoufflement du marché du téléphone portable, dont la croissance devrait, selon le cabinet Informa Télécoms & Media, passer sous les 10 % en 2009. Un ralentissement encore imperceptible, relativise Marc Rennard, directeur exécutif international Afrique, Moyen-Orient et Asie chez France Télécom : « Il y a quatre ans, les spécialistes annonçaient que nous ne dépasserions pas 25 % de taux de pénétration, nous en sommes aujourd’hui à 40 % dans certains pays. » Pour les géants du secteur, le Web reste un marché de niche. « Notre nombre d’abonnés à Internet a doublé en 2007. Nous attendons une croissance très forte dans les années à venir, mais on part de très bas. Là où nous avons des millions de clients pour le téléphone, ils ne sont que quelques dizaines de milliers pour le Web », ajoute Marc Rennard. Même discours serein pour Mwambu Wanendeya : « Les taux de pénétration du portable sont encore bas en Afrique. Il y a toujours des opportunités de forte progression pour les opérateurs panafricains. »

Mais en élargissant leur cible, Orange et ses concurrents séduisent des clients de moins en moins fortunés et, par conséquent, moins rentables. Ainsi, le chiffre d’affaires mensuel par utilisateur est passé, selon les experts, de 14,50 dollars fin 2006 à environ 13,40 dollars fin 2007. Il est donc naturel que les groupes de télécommunications cherchent de nouveaux terrains de chasse pour poursuivre leur croissance. Tous proposent déjà à leurs abonnés des échanges de données en plus des communications classiques. Au Gabon, Celtel offre depuis la fin 2007 la possibilité d’envoyer des messages avec photos, vidéos ou sons, mais aussi de consulter Internet, d’envoyer et recevoir ses courriels ou de « chatter ». Un ensemble de services accessibles à partir d’un téléphone ou d’un ordinateur. Au Mali, Orange permet la consultation des courriels sur un mobile, partout et à tout moment. Plus au nord, Maroc Télécom a lancé, début 2008, un service haut débit qui autorise la consultation d’Internet avec un plus grand confort (norme 3G) dans 17 villes. La dernière innovation expérimentée actuellement par les opérateurs s’appelle Wimax. Ce réseau sans fil permet un accès à Internet équivalent à l’ADSL (haut débit par ligne téléphonique) dans les zones dépourvues de réseaux filaires. Une offre disponible en Algérie, en Ouganda, au Cameroun, en Libye et en Centrafrique, notamment.

De plus en plus d’experts considèrent que le téléphone utilisé comme récepteur serait la solution idéale pour développer le Net en Afrique. Moins cher à l’achat qu’un PC, moins gourmand en énergie, adopté par une part grandissante de la population, le mobile pourrait devenir pour le plus grand nombre l’ordinateur tant attendu. Déjà, de nombreux services inconnus en Europe sont proposés en Afrique sur les portables. Au Kenya, on l’utilise pour transférer de l’argent. Au Nigeria, il sert à payer ses factures d’électricité. Il faut maintenant développer de nouvelles applications pour profiter de toutes les subtilités d’Internet à partir de son téléphone. Pour Erik Hersman, spécialiste du Web africain, mieux vaut ne pas trop compter cette fois sur les opérateurs télécoms. « Je ne pense pas qu’ils aient l’expertise nécessaire. Leur demander de le faire reviendrait à avoir attendu que les fournisseurs d’accès à Internet ou les fabricants d’ordinateurs aient créé Google dans les années 1990. »

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