20/11/2008 à 14h:38 Par Jean-Dominique Geslin
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Succédant à Alpha Oumar Konaré, le ministre gabonais des Affaires étrangères a été élu président de la Commission de l’Union africaine.

Diplomate dans l’âme, Jean Ping aime les décisions consensuelles. Aussi le successeur d’Alpha Oumar Konaré à la tête de la Commission de l’Union africaine a-t-il profité des quelques semaines dont il disposait avant de prendre ses fonctions, le 28 avril, pour effectuer un périple africain qui l’a amené à rendre visite aux chefs d’État les plus influents du continent (Afrique du Sud, Algérie, Égypte, Libye, Nigeria). Une manière de mettre toutes les chances de son côté avant de descendre dans l’arène. D’autant que son élection, elle, n’a pas été véritablement consensuelle. Le choix du vice-Premier ministre gabonais pour diriger l’organisation continentale s’est notamment heurté aux projets du « Guide » libyen, qui a remué ciel et terre pour imposer son propre poulain. C’est ainsi que, lors du dixième sommet de l’Union africaine, qui s’est tenu à Addis-Abeba du 31 janvier au 2 février, Kaddafi a voulu présenter la candidature d’Ali Abdessalam Triki, son éternel « monsieur Afrique ». Ne parvenant pas à imposer son candidat, il a tenté d’obtenir le report du scrutin, s’alliant pour l’occasion avec le président sud-africain. Thabo Mbeki reproche en effet au candidat gabonais sa proximité avec la France, un pays qui, à ses yeux, intervient un peu trop dans les affaires du continent. Mais Kaddafi et Mbeki ne parviendront pas à empêcher le vote et, le 1er février, Jean Ping est élu dès le premier tour, avec 31 voix contre 12 à son principal challengeur, l’ambassadrice de la Zambie aux États-Unis, Inonge Mbikusita-Lewanika. Vice-Premier ministre chargé des Affaires étrangères de son pays depuis 1999 et membre du gouvernement gabonais sans interruption depuis dix-sept ans, Ping aborde donc une nouvelle étape de sa longue carrière. Très proche du président Omar Bongo Ondimba, il hérite d’une organisation paralysée par une lourde bureaucratie, dotée d’une Commission dépourvue de réels pouvoirs, incapable de se doter d’un gouvernement et en proie à des problèmes structurels dénoncés par un récent rapport d’audit. C’est dire si la tâche qui l’attend s’annonce lourde. Pourtant, Ping dispose de sérieux atouts, à commencer par son épais carnet d’adresses. Son réseau, il se l’est notamment forgé au cours des longues années passées au service de la diplomatie de son pays, mais aussi au cours des douze mois (de septembre 2004 à septembre 2005) au cours desquels il a présidé l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies. Fils de commerçant chinois, Jean Ping – fréquemment surnommé « Mao » – éprouve un attachement filial pour l’empire du Milieu. Né le 24 novembre 1942, ce métis d’Omboué (Ogooué-Maritime) quitte la lagune du Fernan Vaz pour poursuivre ses études au lycée Léon-Mba de Libreville, puis à Paris. En 1975, il obtient un doctorat d’État en sciences économiques à la Sorbonne. En 1978, il est nommé premier conseiller de l’ambassade du Gabon à Paris, puis ambassadeur auprès de l’Unesco.  Six ans plus tard, il rentre au pays et devient directeur du cabinet civil du chef de l’État. En 1992, au lendemain de la Conférence nationale, il devient ministre des Mines, des Hydrocarbures et de l’Énergie. Après une première expérience comme chef de la diplomatie en 1994, il est nommé aux Finances, puis au ministère de la Planification, de l’Environnement et du Tourisme jusqu’en janvier 1999, date à laquelle il est nommé ministre d’État chargé des Affaires étrangères, de la Coopération et de la Francophonie. Téléphone portable toujours à portée de main, cet hyperactif est un boulimique de travail qui se montre particulièrement à l’aise dans les arcanes de la diplomatie internationale. Même si, en ce domaine, il n’a pas engrangé que des succès. Ainsi, son mandat à la tête de l’assemblée onusienne devait permettre la rénovation des organes principaux de l’Organisation. Faute de consensus, il aura fallu se contenter d’évolutions mineures, notamment sur la composition du Conseil de sécurité. Aura-t-il plus de succès dans sa conduite de la nécessaire réforme de l’Union africaine ? En ce domaine, Jean Ping s’attachera à repousser les limites qui entraveront son action. Et il n’hésitera pas à multiplier les partenariats pour parvenir à ses fins. Que ce soit avec l’Europe, les États-Unis, la Chine ou d’autres… À peine élu, il a notamment annoncé qu’il renforcerait les liens du continent avec le Moyen-Orient afin d’aider à la résolution des conflits entre communautés : « Nous enregistrons actuellement beaucoup de conflits, et ces conflits se situent dans une zone où le monde arabe et le monde africain noir se rencontrent, soit au Soudan, soit en Somalie, dans la Corne de l’Afrique, a-t-il déclaré. Aussi est-il important, à mon sens, de renforcer substantiellement la coopération entre l’Union africaine et la Ligue arabe. »

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