28/01/2012 à 23h:07 Par Rémi Carayol, à Dakar
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Des heurts ont éclaté à Dakar, le 27 janvier, dans la nuit. Des heurts ont éclaté à Dakar, le 27 janvier, dans la nuit. © AFP

 L’opposition sénégalaise appelle à la résistance, après la validation de la candidature de Wade par le Conseil constitutionnel.

Les heurts ont repris à Dakar et dans sa banlieue en fin de journée, samedi 28 janvier. Après avoir constaté une accalmie durant la journée, les radios locales faisaient état, vers 19 heures, d’affrontements entre des manifestants opposés à la candidature du président sortant, Abdoulaye Wade, jugée valide vendredi par le Conseil constitutionnel, et les forces de l’ordre, en plusieurs endroits de la capitale sénégalaise. Un peu plus tôt dans la journée, Fadel Barro, l’un des leaders du mouvement de jeunes « Y’en a marre », affirmait à Jeune Afrique ne plus vouloir parler, mais agir désormais. « Le temps est venu de passer à l’action. L’heure est grave », expliquait-il.

La tension est montée d’un cran lorsque les Sénégalais ont appris l’arrestation d’Alioune Tine, le leader de la Raddho (Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme) et le coordinateur du M23 (Mouvement du 23 juin), la coalition de partis et d’organisations de la société civile opposés à une nouvelle candidature de Wade. Gardé à vue à la Division des investigations criminelles (DIC) depuis le début de l’après-midi, l’une des figures de la contestation était questionnée, selon un porte-parole de la présidence, en tant que coordinateur de la manifestation de la veille, qui a dégénéré après l’annonce de la validation de la candidature de Wade. Dans la nuit, un policier a été abattu par des manifestants, a affirmé une source officielle. Des journalistes et des manifestants ont été blessés.

"Wade a déclaré la guerre au peuple"

Au lendemain de ces émeutes, le discours des opposants s’est radicalisé. Plusieurs leaders ont appelé à la résistance tout au long de la journée. Dans une déclaration lue à la presse après plusieurs heures de réunion à huis clos, les leaders du M23 ont lancé un « appel à la résistance active contre le coup d’Etat constitutionnel » d’Abdoulaye Wade. « Nous invitons toute la population à s’organiser et à se mobiliser pour faire face à Wade. Le combat ne fait que commencer », indique ce texte.

Pour Amath Dansokho, un opposant historique, « le Conseil constitutionnel, en validant la candidature de Wade, a plongé le Sénégal dans une crise sans précédent. Wade a déclaré la guerre au peuple. Dans les jours suivants, la preuve lui sera administrée que ce pays est un pays libre. »

Après leur conférence de presse, les leaders du M23 se sont rendus devant la DIC pour montrer leur solidarité avec Alioune Tine. Mais les policiers postés devant les bâtiments leur ont refusé l’accès. Ils sont repartis après quelques minutes de vaines négociations.

Youssou Ndour dénonce un "Etat policier"

En début de soirée, le chanteur Youssou Ndour, qui n’était pas présent à la réunion du M23, a lui aussi organisé une conférence de presse au siège de son mouvement, « Fekke maci bolé ». Après l’invalidation de sa candidature par le Conseil constitutionnel, « You » a déposé un recours qui sera étudié ce dimanche. Les cinq « sages » estiment que le nombre de signatures d’électeurs ayant apporté leur soutien au chanteur n’est pas suffisant. Dans leur décision, ils estiment que sur 12 936 noms, seuls 8 911 ont pu être identifiés – hors il en faut 10 000. Mais les avocats de Ndour assurent, document à l’appui, avoir déposé une liste portant 13 087 signatures. Cette « erreur » prouve le manque de « sérieux » et de « rigueur » de l’institution. C’est « une faute grave », « une décision politique », a accusé Youssou Ndour. « Ils ont tellement peur de moi, car les Sénégalais qu’ils endormaient, je les réveillés ! »

Appelant lui aussi à la résistance – « il faut marcher, manifester ! », « You » a dénoncé « un Etat policier » et a parlé de menaces contre sa personne. « Je n’ai pas peur. Je suis prêt à aller en prison. Wade ne respecte plus rien, alors nous aussi, on ne respectera plus rien », a-t-il lancé à la foule de ses partisans, des dizaines de femmes et de jeunes massés devant le siège de son mouvement au cœur du quartier populaire de la Medina.

 

 

 

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