Lors de la célébration de l'anniversaire du mouvement indépendantiste, le 27 février 2011.
© Juan Medina/Reuters
Candidat unique à sa succession, Mohamed Abdelaziz, le secrétaire général du Front Polisario, a été réélu à 96 %… pour un onzième mandat.
Le Guinness des records devrait s’en saisir : dans la nuit du 13 au 14décembre, à Tifariti, quelque part dans le no man’s land qui sépare le mur de défense marocain de la frontière algérienne, Mohamed Abdelaziz, 64 ans, a été réélu pour un… onzième mandat à la tête du Front Polisario. Les quelque 1600 délégués réunis dans cette localité fantôme à 90 km à l’ouest de Tindouf ont reconduit à 96 % celui qui est leur secrétaire général depuis trente-cinq ans. Inutile de préciser qu’il était l’unique candidat.
Un peu gêné peut-être par cette inamovibilité politiquement incorrecte en ces temps de révolutions arabes, celui qui est ipso facto, en vertu de la Constitution, le président de la République arabe sahraouie démocratique (fauteuil qu’il occupe depuis 1982) a tenu à préciser dans un discours de remerciement qu’il aurait, « à titre personnel », souhaité s’effacer. Hélas, les congressistes, manifestement rétifs à l’alternance, en ont décidé autrement. « Je m’incline devant votre choix », a conclu le « líder máximo » du Front.
Démocratie populaire
Né à Marrakech, fils d’un sous-officier de l’armée marocaine, ancien étudiant à Rabat, Mohamed Abdelaziz n’a plus remis les pieds dans le royaume depuis 1974, date à laquelle son destin croise celui du fondateur du Polisario, Mustapha El Ouali, auquel il succède en août 1976. Depuis, contre vents et marées, mais avec l’appui constant de ses hôtes algériens, ce Reguibat fait régner dans les camps de réfugiés de Rabbouni une démocratie populaire qui tient beaucoup plus de la résidence surveillée que de la jemaa autogérée.
Ni les défections, ni les frondes tribales, ni les intifadas vite réprimées qui agitent régulièrement les tentes de la hamada de Tindouf n’ont eu de prises sur cette excroissance de la guerre froide algéro-marocaine. Abdelaziz, qui a épousé une Sahraouie algérienne (fille d’un élu deTindouf) et dont deux des frères sont marocains (l’un est avocat à Agadir, l’autre médecin à Casablanca), a fait de la cause indépendantiste l’affaire de sa vie.
En 2011, la chute de Kaddafi et l’enlèvement en plein Rabbouni de trois humanitaires européens par les djihadistes d’Al-Qaïda ont quelque peu fragilisé son leadership. Pas suffisamment pourtant pour que se dissipe le microclimat qui, depuis près de quatre décennies, empêche le printemps de souffler sur cette étrange République en exil.

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