Extension Factory Builder
17/01/2011 à 08:58
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Lumumba (au centre de la photo) est arrêté le 2 décembre 1960 sur ordre de Joseph-Désiré Mobutu Lumumba (au centre de la photo) est arrêté le 2 décembre 1960 sur ordre de Joseph-Désiré Mobutu © Rue des archives/SPPS

Cinquante ans après son assassinat, l'ancien Premier ministre du Congo-Léopoldville reste un symbole fort. Mais, politiquement, rares sont ceux qui se réclament encore de lui.

L'avion dans lequel Patrice Lumumba effectue le dernier voyage de sa vie, le 17 janvier 1961, est parti de Moanda, sur le littoral atlantique. En fin d’après-midi, il se pose sur l’aéroport d’Élisabethville, chef-lieu de la province sécessionniste du Katanga. Lumumba, les mains liées dans le dos, les cheveux hirsutes, est poussé sans ménagement hors de l’avion par des soldats de l’armée congolaise. Ses compagnons d’infortune – l’ancien vice-président du Sénat, Joseph Okito, et l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, Maurice Mpolo – subissent le même traitement. Un contingent suédois de la mission de l’ONU au Congo présent sur les lieux n’intervient pas. Quelques heures plus tard, les trois hommes sont exécutés en présence des plus hautes autorités katangaises et d’agents belges. Aussitôt la nouvelle de l’assassinat connue – Lumumba venait d’entrer dans sa trente-sixième année –, des manifestations de protestation sont organisées dans plusieurs capitales du monde. Sur le plan interne, les premières réactions au crime sont des rébellions armées. La première est lancée dans l’ouest du pays par Pierre Mulele en 1964. Un an plus tard, les provinces de l’Est prennent le relais. Tous ces rebelles se disent nationalistes, c’est à- dire lumumbistes. En 1966, le général Joseph-Désiré Mobutu, arrivé au pouvoir quelques mois plus tôt, proclame Lumumba héros national, bien qu’il ait joué un rôle dans sa disparition. L’homme est déjà un mythe. Mais qu’en est-il aujourd’hui ?

Vendeurs de vent

« De Lumumba, il ne reste que le nom et la charge émotive », affirme Philippe Biyoya Makutu, professeur de sciences politiques aux universités de Kinshasa et de Lubumbashi. D’après lui, personne sur la scène politique ne se réclame plus de Lumumba. « On l’évoque de temps à autre dans certains discours officiels, poursuit- il. Mais ceux qui prétendent lui être restés fidèles, à l’instar du Parti lumumbiste unifié [Palu] d’Antoine Gizenga, l’ancien Premier ministre de Joseph Kabila, sont des vendeurs de vent. Il n’y a aucune prise en charge de notre histoire, aucune idée forte. » Propos que nuance Jean Omasombo Tshonda, professeur de sciences politiques à l’université de Kinshasa et chercheur au Musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren (Belgique). « Il y a des gens qui travaillent à le faire oublier, dit-il. Mais il résiste à l’oubli, refuse d’être enterré. Lumumba est encore une image forte, malheureusement mal exploitée, sans profondeur. Le lumumbisme reste une idéologie floue. »

Le Mouvement national congolais (MNC), le parti de Lumumba, est en déclin. En cause : le « manque de charisme et de convictions » de son fils François Tolenga Lumumba, qui en a hérité. L’intéressé s’en défend : « On peut mettre tout ce qu’on veut dans le mot charisme. Chacun sait que j’avais réussi à déstabiliser Laurent-Désiré Kabila. Notre problème au MNC est simple : nous n’arrivons pas à mobiliser les moyens dont nous avons besoin. Et puis, le jour de gloire n’est pas le même pour tout le monde. » En définitive, Lumumba n’est plus qu’« une ombre épaisse qu’éclairent quelques rayons de soleil », selon l’expression de Philippe Biyoya Makutu.
 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

RD Congo

RDC : l'ONU souhaite la reprise de la coopération avec l'armée pour combattre les FDLR

RDC : l'ONU souhaite la reprise de la coopération avec l'armée pour combattre les FDLR

En froid avec Kinshasa, les Nations unies souhaitent relancer la coopération "le plus vite possible" avec l'armée afin de neutraliser les rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwa[...]

RDC : Filimbi, drôles de révolutionnaires !

Les jeunes militant prodémocratie arrêtés par les autorités congolaises présentent des profils qui ne collent pas, mais alors pas du tout, avec le portrait qu'en fait Kinshasa. Explications.[...]

Kyungu wa Kumwanza : "La RDC doit privilégier les échéances électorales importantes"

De retour de Kinshasa, où il a pris part la semaine dernière à la réunion du bureau politique de la coalition au pouvoir, convoquée par le président Joseph Kabila, Antoine Gabriel Kyungu[...]

RDC : que deviennent les militants congolais arrêtés le 15 mars ?

Près de deux semaines après leur arrestation à l’issue d’une conférence de presse organisée avec les responsables de Y’en a marre et le Balai citoyen, plusieurs militants[...]

Mouvements citoyens africains : qui sont ces jeunes leaders qui font du bruit ?

Citoyens avant tout, ils se sont pourtant imposés comme des acteurs politiques à part entière. Smockey le Burkinabè, Fadel Barro le Sénégalais, Fred Bauma le Congolais... Voici notre[...]

Rififi à Conakry

Difficile de s'y retrouver quand pouvoirs et oppositions font des calendriers électoraux un enjeu majeur de la démocratie.[...]

RDC : la Monusco reconduite, mais réduite

La Monusco comptera 2 000 soldats de moins. Cette reconduction du mandat de la force onusienne survient en pleine brouille entre les Nations unies et Kinshasa.[...]

RDC : les Américains derrière les mouvements citoyens ?

Les autorités congolaises, qui ont durement mis fin à la rencontre entre les mouvements citoyens étrangers et congolais la semaine dernière, ont trouvé en Washington un responsable à ce[...]

RDC : trente éléphants tués en quinze jours par des braconniers dans le parc de la Garamba

Trente éléphants ont été abattus en deux semaines dans le Parc national de la Garamba, dans le nord-est de la RDC. Les responsables du parc accusent un groupe de braconniers soudanais d'avoir commis[...]

RDC : remous dans la majorité au sujet de la loi électorale

Sept partis de la majorité congolaise (RDC) ont exprimé leurs inquiétudes sur la révision de la Constitution. Après une réunion agitée, ils ont fini par rentrer dans le rang. [...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Purging www.jeuneafrique.com/Article/ARTJA20110117083845 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/ARTJA20110117083845 from 172.16.0.100