12/10/2009 à 09h:14 Par Georges Dougueli
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Le candidat malheureux à l'élection du 30 août dernier Le candidat malheureux à l'élection du 30 août dernier © AFP

Second de l’élection présidentielle gabonaise du 30 août dernier avec 25,88%, André Mba Obamé revient dans une interview à jeuneafrique.com sur les facteurs l’ayant poussé à déposer des recours en annulation devant la Cour Constitutionnelle.

Pourquoi la désignation du successeur d’Omar Bongo Ondimba semble-t-elle interminable ?

Tout simplement parce que les gens ne se reconnaissent pas dans les résultats officiels de cette élection. Rien ne fonctionne. Le secteur social vient de se mettre en grève. Il n’y a pas de rentrée scolaire. On nous annonce que les personnels de l’enseignement supérieur et ceux de la santé prévoient des grèves. Il y a un malaise politique et social. Le processus est long certes mais, je dois préciser que la transition se déroule conformément aux délais constitutionnels. Selon une disposition récente, la Cour dispose même de deux mois pour se prononcer. Cela dit, on constate que le pays tourne au ralenti malgré le fait qu’on ait proclamé l’élection d’un candidat. Tout est suspendu à la décision de la Cour Constitutionnelle.

Les candidats malheureux doutaient de la neutralité des juges de la Cour. Mais vous semblez désormais attendre une décision équitable. Qu’est-ce qui a changé ?

Lorsque j’ai déposé ma requête, j’avais bien indiqué que beaucoup me l’avaient déconseillé. Les gens estimaient que la Cour était partisane. Mais je fais confiance aux institutions de mon pays. Pour l’instant, je n’ai pas à m’en plaindre, même si on peut regretter certaines décisions comme le refus de permettre à nos représentants de participer aux opérations de recomptage. Nous estimons en effet que ces opérations ne peuvent être crédibles que si les candidats y sont représentés. Une procédure contradictoire à travers la confrontation des procès verbaux peut davantage aider à la manifestation de la vérité des urnes.

La procédure prévoit des audiences publiques. Allez-vous y envoyer des représentants ?

Je m’y rendrai avec mes avocats pour fournir tous les éléments de preuve nécessaires et apporter la contradiction à l’autre partie. Nous espérons que le processus contradictoire qui est la clé du travail de la cour sera respecté. Nous avons demandé à voir le commissaire chargé de notre dossier afin de le compléter sur plusieurs aspects.

Quels scénarios avez-vous envisagé en cas d’annulation du scrutin, ce qui serait une grande première en Afrique ?

Depuis le décès du président Omar Bongo Ondimba, le Gabon a réalisé pas mal de choses inédites. Tout le monde prédisait le chaos. Mis à part, les violences à Port-Gentil, les Gabonais ont fait preuve de retenue et de sagesse. Si la justice venait à prononcer l’annulation du scrutin, ce serait dans la suite logique de tout ce qui s’est passé jusqu’ici. Les recours déposés apportent des arguments crédibles devant conduire à une annulation. Si l’on s’en tient au respect de la loi électorale, les juges n’ont pas d’autre choix que d’annuler cette présidentielle.

Dans l’hypothèse d’une annulation, les mêmes organes et les mêmes personnes réorganiserons le nouveau scrutin. Ne craignez-vous pas de les voir reproduire les pratiques que vous leur reprochez aujourd’hui ?

Le plus urgent est d’apaiser et de rassurer la population. Ensuite, nous allons demander que se tienne une large concertation afin de définir les modalités de la nouvelle transition. Il faudra tirer toutes les leçons de cet échec. Que les dysfonctionnements soient corrigés avec lucidité.

Changerez-vous d’avis si le recomptage des voix fait de vous le vainqueur ?

Il vaut mieux remettre les compteurs à zéro. Ne jouons pas avec l’avenir de notre pays. Si j’étais proclamé vainqueur, cela ne dissiperait pas pour autant le soupçon. On me dira que l’élection a été mal organisée. On dira que je suis mal élu. C’est un problème de crédibilité et de légitimité. Mieux vaut reconnaître que ça ne s’est pas bien passé et tout annuler pour mieux organiser une présidentielle qui mettra tout le monde d’accord.

Et si la Cour confirmait la victoire d’Ali Bongo ?

Compte tenu de la situation sociale, économique et politique du pays, nous sommes assis sur une bombe. Le calme apparent cache des frustrations et des rancœurs qui peuvent se transformer en une colère difficile à contrôler. Je m’emploie depuis des semaines à appeler les uns et les autres au calme. Mais la situation peut déraper car ce n’est plus un problème d’individu. Il s’agit de l’avenir du Gabon. Les juges constitutionnels résident et travaillent dans ce pays comme nous tous et devraient considérer la situation actuelle de manière lucide et responsable. Certains pays ont déjà félicité Ali Bongo pour sa victoire… C’est une erreur de leur part. On ne devrait adresser des félicitations qu’à un président ayant prêté serment au terme d’un processus conforme à la législation du pays. Reconnaître un candidat comme président de la république avant même la fin du contentieux, c’est préjuger de la décision des juges. Je pense également que le candidat proclamé vainqueur aurait dû s’abstenir d’effectuer des déplacements où il était reçu avec les honneurs réservés aux chefs d’Etats. Le Gabon ne peut avoir qu’un seul chef de l’Etat à la fois. Aujourd’hui, contrairement aux apparences, le président de tous les Gabonais s’appelle Madame Rose Francine Rogombé.

Beaucoup de vos partisans se sont inquiétés de votre sécurité après les élections. Est-ce que vous vous sentez en sécurité actuellement ?

Non. Ni moi, ni de nombreux Gabonais. Aujourd’hui, il y a de nombreuses arrestations arbitraires, des violences qui s’exercent sur les citoyens. A tout moment on peut vous arrêter à votre domicile ou sur les routes. Et cela est le fait de militaires ! Les journalistes sont intimidés, arrêtés. On brouille le signal de chaînes de télévision, les téléphones sont sur écoute. En matière de liberté publique au Gabon nous avons beaucoup reculé.

La coalition constituée notamment avec Pierre Mamboundou et Zacharie Myboto n’a pas éclaté jusqu’à ce jour…

Nous combattons ensemble. Un mois et demi après les élections, qu’un front aussi large conteste les résultats est bien le signe que la situation politique est préoccupante.

Y a-t-il eu des tentatives de conciliations ?

Chacun campe sur ses positions. Je peux même vous dire qu’il va être très difficile d’évoluer si l’on s’obstine à refuser de respecter le suffrage des Gabonais. Ce problème devrait être un problème qui devrait être abordé avec responsabilité et sérieux.

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