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27/08/2009 à 10:24
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Ali Bongo Ondimba : « Le Gabon, mon père et moi » Ali Bongo Ondimba : « Le Gabon, mon père et moi » © Desirey Minkoh/Afrik Images pour Jeune Afrique

Une élection à un tour, le 30 août, qui s'annonce très ouverte. Vingt-trois candidats en lice - une première au Gabon. Parmi eux, le fils du président Omar Bongo Ondimba. Qui est-il vraiment? Quel est son projet pour le pays? Eléments de réponse dans cet entretien, réalisé mi-août.      

Rumeurs, chif fres en cascade, tous invérifiables et la plupart fantaisistes, pronostics contradictoires… Le scrutin présidentiel du 30 août réveille un Gabon qui n’a jamais connu élection aussi ouverte. Un réveil brutal, qui donne parfois l’impression que le pays, sans repères, s’apprête à faire un saut dans le vide.

Avant, tout était balisé, carré, simple. C’était Omar Bongo Ondimba (OBO) qui décidait et faisait tout. Chef de l’État, père de la nation, ami, ennemi, chef de famille, banquier… Aujourd’hui, c’est l’aventure. Circuler dans Libreville, mesurer l’état des forces en présence, soupeser les chances des uns et des autres, comprendre les vraies aspirations des Gabonais et la réalité électorale d’un grand pays à la petite population relève de la gageure.

On entend tout et, donc, n’importe quoi. À l’heure où ces lignes prenaient le chemin de l’imprimerie, un chiffre, un seul, qui en dit long sur la nébuleuse gabonaise : 1,2 million d’inscrits sur les listes électorales… Sur une population d’un peu moins de 1,5 million d’habitants ! La rumeur, véhiculée par certains candidats, fait pourtant son chemin sans que nul y trouve à redire. La vérité : entre 600 000 et 700 000 inscrits.

Les hommes de confiance des principaux candidats ? Togolais, Sénégalais, Guinéens, etc., mais surtout pas Gabonais. On craint les doubles jeux, les agents dormants et les taupes. Ambiance…

FOIRE D’EMPOIGNE

Après plus de quarante ans de pouvoir, Omar Bongo Ondimba laisse un pays désemparé. Lui parti, c’est la foire d’empoigne. Sa succession attise toutes les convoitises. Parmi les vingt-trois candidats, nombre de personnalités qui, à un moment ou à un autre et plus ou moins longtemps, ont profité de ses largesses en échange de leur soutien. Certains ont accepté de se taire, d’autres ont préféré le confort du pouvoir à l’ascèse, hélas inhérente à l’Afrique, de la vie d’opposant. Les portefeuilles ministériels, entre autres, ont souvent eu raison des velléités contestataires. Ainsi allait le système, qui savait éteindre les braises avant que l’incendie ne se déclare. Ou, qui, comme au début des années 1990, quand le pouvoir d’OBO vacillait dangereusement, permettait de retourner une situation qui semblait – presque – perdue d’avance.

Les zones d’ombre sont légion, et les différents candidats ne font rien pour éclairer notre lanterne. Entre ceux qui n’ont que peu de chances de succès, les ennemis d’hier qui s’allient aujourd’hui, les ex-amis qui ne se parlent plus, les anciens « chefs de chantier électoral » d’OBO qui crient à la manipulation des listes dont ils avaient la charge deux mois auparavant, les caciques de « l’ancien régime » qui vantent les mérites du changement et les « vrais » opposants qui se font d’une rare discrétion, allez comprendre…

Mais une chose est sûre : le club des vainqueurs potentiels est très, très restreint. Parmi eux, Ali Bongo Ondimba, Pierre Mamboundou, Zacharie Myboto et, dans une moindre mesure, Casimir Oyé Mba. Les deux premiers cités se disputeront certainement le fauteuil présidentiel. À 50 ans, le premier dispose d’un parti qui, loin de s’être effondré après la mort du « patron », constitue une formidable machine électorale. Et ne manque pas d’argent, cet autre nerf de la guerre.

Le second est le seul à pouvoir se vanter de ne pas avoir cédé aux sirènes du pouvoir – ou, en tout cas, beaucoup moins que les autres. Il dispose lui aussi d’un parti efficace, bien implanté partout. Nous les avons sollicités tous deux pour s’exprimer dans nos colonnes. Seul Ali Bongo Ondimba nous a répondu. Il nous a reçu à son domicile de La Sablière, un quartier huppé de Libreville, à la mi-août. Décontracté, sûr de lui – et de son destin –, il n’a éludé aucun sujet. Ou presque…

JEUNE AFRIQUE: Vous avez tout, le pouvoir, l’argent…Ne pourriez-vous vivre sans présider aux destinées du Gabon?

ALI BONGO ONDIMBA: Si, j’aurais très bien pu faire un autre choix de vie, plus tranquille certainement. Mais c’est un virus que j’ai attrapé auprès de mon père. Très tôt, j’ai éprouvé le besoin de l’aider. Petit à petit, il m’a associé à certains dossiers. Nous échangions, il prenait le temps de m’expliquer un certain nombre de choses. Chemin faisant, j’ai pris goût à la politique. Et aujourd’hui, je pense que mon pays doit évoluer différemment, se développer plus et mieux. Et je compte bien être celui qui l’y aidera.

Selon les mauvaises langues, vous ne vous présentez que pour préserver le patrimoine familial…

C’est ridicule et stupide. Pourquoi devrais-je me présenter pour cela ? Nous tous, les membres de la famille, pourrions fort bien faire autre chose.

Le prochain président et son administration pourraient vous demander des comptes sur la gestion des « années Bongo »…

À condition que ce président n’ait pas lui-même participé à cette gestion…

Pouvez-vous être le président de tous les Gabonais?

Dans toutes les fonctions que j’ai occupées, je me suis toujours comporté en rassembleur et j’ai toujours tenu compte de la représentativité des uns et des autres. Je n’ai pas cherché à m’entourer exclusivement de membres du clan, de la tribu, ou simplement d’amis. C’est ma façon de travailler et c’est aussi celle de mon parti, le PDG. Toute autre politique serait vouée à l’échec, comme l’avaient bien compris Léon Mba [le premier président gabonais, NDLR] et Omar Bongo Ondimba.

Vos adversaires mettent par avance en cause la transparence et la régularité du scrutin du 30 août. Quelles garanties pouvez-vous leur donner?

C’est presque une coutume chez nous, comme ailleurs en Afrique. On entend ça avant chaque élection. Est-ce une manière de se préparer à la défaite ? Comme moi, le PDG ne veut qu’une chose : être légitime, donc bien élu. Nous veillerons à ce que l’élection se déroule dans la plus grande transparence. Quant à ceux qui crient le plus fort aujourd’hui, je constate qu’ils ne sont pas toujours attachés à ce que les choses se déroulent dans la plus grande clarté…

Vous êtes à la fois le fils d’Omar Bongo Ondimba, le candidat du parti au pouvoir et le seul prétendant à la succession à avoir conservé son ministère, celui de la Défense qui plus est. Est-ce vraiment démocratique?

Il faudrait savoir ! On répète à l’envi que quatre décennies de règne de Bongo et du PDG, cela suf fit. Logiquement, le fait d’être son fils et le candidat du parti au pouvoir devrait constituer un handicap plus qu’un avantage, non? Quant àmon maintien au gouvernement, il s’agit d’un faux procès. Soyons clairs : je suis le candidat du PDG, qui dirige ce pays. Pour que nos adversaires soient rassurés, faudrait-il que je démissionne et que mon parti transfère la direction de ce pays à je ne sais quelle organisation bâtarde? Aucun texte de loi n’impose de quitter ses fonctions pour se présenter à une élection présidentielle. Nous appliquons la loi, rien que la loi. C’est d’ailleurs ce que nous faisons depuis le décès du président Omar Bongo Ondimba.

Votre fortune, dit-on, est immense. Sans commune mesure, en tout cas, avec les moyens financiers dont disposent vos adversaires, ce qui est source d’inégalité. Seriez-vous disposé à déclarer votre patrimoine?

Tout responsable politique gabonais doit déclarer son patrimoine. Je l’ai donc déjà fait.

Retrouvez l'intégralité de cette interview dans Jeune Afrique n°2536-2537 en Kiosque du 16 au 29 Août 2009

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