Omar Bongo Ondimba a donc décidé, pressé par son entourage, de prendre du recul pour se requinquer (voir pp. 12 à 15 du JA n°2522). Cette « suspension momentanée » de ses activités, dont le terme n’a pas été fixé, se déroule en dehors des frontières du Gabon. Une première en plus de quatre décennies de pouvoir, qui plonge son pays dans une profonde incertitude.
Certains chefs d’État du continent savent parfaitement gérer leur état de forme (ou de santé) et organiser leurs absences, longues ou répétées. Ainsi du Camerounais Paul Biya, qui aime à prendre de la distance et s’éloigner du Palais présidentiel d’Etoudi pour de longs séjours, en Europe ou ailleurs. L’organisation du pouvoir camerounais est ainsi faite que personne, ou presque, ne s’aperçoit de son absence. Le pays enclenche alors le mode « pilotage automatique » et la vie continue. Ce n’est pas le cas d’Omar Bongo Ondimba, à qui l’on peut reprocher beaucoup de choses mais certainement pas de s’économiser : le « patron », comme l’appellent ses collaborateurs, s’occupe de tout, sait tout et reçoit visiteurs officiels ou officieux du matin au soir, sept jours sur sept. L’hôte du Palais du bord de mer aux abonnés absents, difficile de ne pas imaginer un Gabon paralysé…
Au Maghreb, les Marocains sont habitués aux fréquents voyages et séjours à l’étranger du roi, qui n’empêchent personne de dormir et encore moins le pays de fonctionner. Le voisin algérien, lui aussi, a su faire la preuve que même sans Abdelaziz Bouteflika, qui ne quitte jamais le pays plus de quelques jours, la boutique tournait. Comme lors de son hospitalisation, fin novembre 2005 à Paris, et de la longue convalescence qui a suivi. En Tunisie, la question ne se pose pas : Zine el-Abidine Ben Ali ne franchit que très rarement ses frontières, et jamais pour longtemps. Personne n’ose d’ailleurs imaginer comment fonctionnerait le pays en cas d’absence prolongée du président, tant son emprise sur les affaires de l’État et son omniprésence médiatique semblent gravées dans les gènes de la nation et des Tunisiens.
Souvenons-nous aussi d’Houphouët et de Mobutu. En fin de règne et malades, ils ont tous deux multiplié les séjours à Genève, Lausanne, Paris ou Roquebrune-Cap-Martin. Sans parler de leurs exils intérieurs, à Yamoussoukro ou à Gbadolite, ce qui, au fond, ne changeait pas grand-chose : les chefs, loin de la capitale et diminués, n’étaient plus au cœur du « système ». Houphouët plongea son pays dans de longs mois d’inquiétude et de doutes.
Mobutu, lui, accéléra la déliquescence de son pouvoir en même temps que celle du Zaïre tout entier.
Le Gabon n’en est pas là. Pas encore, en tout cas…

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