14/12/2008 à 12h:51 Par Propos recueillis par Dominique Mataillet
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Le chef de la délégation rwandaise au Sommet de la Francophonie revient sur les raisons qui ont conduit Kigali à choisir l’anglais comme langue d’enseignement.

Les autorités rwandaises ont décidé, le 14 octobre, de remplacer le français par l’anglais comme langue d’enseignement et d’administration. Annoncée à la veille du Sommet de Québec (17-19 octobre), cette décision a jeté un froid sur les assises de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Jeune Afrique : Cette décision a été perçue comme une nouvelle marque de rupture avec la France…
Charles Murigande : La décision de promouvoir l’anglais est dictée par la position géostratégique qui est la nôtre. Le Rwanda a adhéré à la Communauté est-africaine, qui utilise l’anglais comme langue de travail. Nous appartenons aussi au Marché commun d’Afrique orientale et australe (Comesa), qui est à 90 % anglophone. Et tous nos échanges se font avec les pays de cette organisation.

Concrètement, comment les choses vont-elles se passer ?
Nous allons d’abord aider tous les fonctionnaires de l’État à maîtriser l’anglais pour qu’ils puissent participer pleinement aux activités de la Communauté est-africaine. Mais, au-delà de ce besoin immédiat, nous avons choisi de faire de l’anglais la langue d’enseignement, de l’école primaire à l’université.

L’anglais sera-t-il la langue d’enseignement dès le début du primaire à la place du kinyarwanda ?
On a donné une instruction au ministère de l’Éducation afin d’étudier les voies et moyens pour faire de l’anglais la langue d’enseignement. Il est vrai que les pédagogues recommandent que l’enfant étudie dans sa langue maternelle pendant les trois premières années du primaire. Nous n’irons pas contre ces recommandations. Mais les enfants apprendront l’anglais dès la première année, tout comme ils apprennent aussi le français.

Que va devenir le français ?
Cette mesure concernant l’anglais ne se fera pas aux dépens du français. On va continuer à l’enseigner. Notre objectif est que les Rwandais terminent leurs études en étant parfaitement bilingues.

La Constitution ne sera pas révisée ?
Non, l’anglais, le français et le kinyarwanda restent les trois langues officielles. Nous essayons seulement d’amener l’anglais au niveau où est le français aujourd’hui. Nous avons besoin de cette langue pour mieux nous intégrer dans ce monde et mettre l’accent sur le développement scientifique et technologique.

Dans l’immédiat, le clivage entre ceux qui parlent anglais et ceux qui ne le parlent pas ne va-t-il pas s’accentuer ?
Il n’y a pas de clivage. C’est le désir de tous de parler plusieurs langues. Les francophones sont demandeurs. Ils ont envie de maîtriser l’anglais pour pouvoir mieux profiter des opportunités qu’offre l’intégration régionale.

Le Rwanda ne sera-t-il pas isolé de l’Afrique centrale ?
Pas du tout. Nous continuons à apprendre le français. Nous faisons partie de l’Afrique centrale du fait même de notre bagage francophone. On l’a, on le garde.

Votre pays restera-t-il membre de la Francophonie ?
Nous resterons membre de l’OIF. Quand bien même on arrêterait d’enseigner le français dans cinquante ans, le Rwanda compterait encore plus de francophones que l’Albanie ou le Laos.

Tout de même, l’annonce de votre décision à la veille du Sommet de Québec n’était pas fortuite…
Lorsque nous avons discuté de cette question de l’enseignement de l’anglais, nous ne nous sommes pas préoccupés de ce que la Francophonie allait en penser. Ce n’est pas une décision antifrancophone. Apprendre une autre langue ne devrait poser aucun problème à une Francophonie qui clame haut et fort la diversité culturelle et le multilinguisme.

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