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13/12/2008 à 23:22
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La descendante du premier chef de l’État du pays est de retour. Et se porte candidate aux élections législatives du 7 décembre prochain.

Le cortège de Samia Nkrumah soulève la poussière des rues de Jomoro, en route vers une nouvelle étape de sa campagne électorale. Malgré le nuage rouge de latérite qui s’élève au passage des voitures, la candidate se tient debout, le buste émergeant du toit ouvrant de son véhicule. Elle sourit et salue la foule, puis se met à agiter les bras dans un mouvement circulaire. Les badauds se précipitent vers elle, dansant, chantant et faisant comme elle des moulinets avec leurs mains, criant en rythme : « Yeresesamu ! » Le geste et le mot, en nzema, ont une même signification : le « changement ».
Fille de Kwame Nkrumah, premier président du Ghana, Samia est rentrée au pays en avril dernier, il y a à peine sept mois, pour se présenter aux législatives, qui auront lieu le 7 décembre. Après avoir vécu vingt-quatre ans à l’étranger, en Égypte et en Europe, elle a rejoint le Convention People’s Party, le mouvement de son père dont elle revendique aujourd’hui l’héritage politique.
« La vision de Kwame Nkrumah pour le développement du Ghana est de retour, cela ne fait aucun doute », clame Samia Nkrumah. « C’est la seule méthode qui a fonctionné dans ce pays. Nous savons que nous ne serons jamais aussi performants que lui. Nous sommes ses étudiants, nous essayons de suivre son enseignement, de rallumer sa vision », poursuit-elle.
Kwame Nkrumah conserve un statut de héros au Ghana. Père de l’indépendance, acquise en 1957, il a été élu président en 1960 et lança, dès le début de son mandat, une réforme des secteurs sociaux et de l’éducation. Le champion incontesté du panafricanisme fut l’un des fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), ancêtre de l’actuelle Union africaine. Ce qui n’empêcha pas sa popularité de s’effriter rapidement.
Nkrumah a creusé l’endettement du Ghana, laissé la corruption gangrener le pays et assisté au dérapage incontrôlé de l’inflation. Il a aussi réduit les libertés publiques et peu à peu concentré tous les pouvoirs, jusqu’à se proclamer en 1964 président à vie. Deux ans plus tard, il fut renversé par un coup d’État et contraint à l’exil avec sa famille, dont la petite Samia, alors âgée de 5 ans.
Des années plus tard, Samia fait campagne dans la région natale de son père. Les heures sombres de la dictature ont, dans la mémoire collective, été peu à peu remplacées par celle du « père de l’indépendance », du champion de l’Afrique unie. « Nous aimons Samia parce qu’elle est la fille de Kwame Nkrumah. C’est pour ça qu’on lui fait confiance », déclare une groupie, Bright Akah, étudiante. « Kwame Nkrumah nous a consacré sa vie, renchérit John Etua, un fermier de la région. C’était le héros de la nation, il nous a apporté la liberté et la justice. » Samia a pu mesurer, sur le terrain, la popularité de son père. De village en village, elle délivre le même discours que lui à la foule de supporteurs et fait sans cesse référence à sa politique.
« Kwame Nkrumah disait que nous devions être proches du peuple, lance-t-elle. Nous devons parler aux gens du peuple, manger avec eux, nous devons être à leur service et, par-dessus tout, nous devons écouter ce que le peuple veut nous dire. Nous sommes déterminés à marcher sur les traces de Kwame Nkrumah. »
 Le changement que la population de Jomoro attend se résume à une chose : l’accès aux services de base. Dans un district comprenant 54 villages et 111 000 habitants, il n’y a que 1 hôpital et 2 écoles secondaires. La plupart des maisons sont dépourvues d’électricité, et les foyers qui en ont doivent supporter de multiples coupures du réseau. L’eau potable est rare et les puits souvent à sec.
Samia Nkrumah, qui se veut pourtant optimiste, a préparé un programme pour le développement de la région. « Jomoro a besoin d’investissements, dit-elle. Ici, nous ne parlons pas d’un sol stérile, notre terre est riche. Nous pouvons faire beaucoup avec ce que nous avons. »
La candidate a sa propre idée du panafricanisme. « D’une façon ou d’une autre, nous devons d’abord nous débarrasser de notre obsession de l’ethnie. Rien ne devrait être basé sur l’appartenance ethnique. Nous devons ouvrir l’esprit des gens. Il faut toujours penser plus grand, ne pas se restreindre à notre petite communauté », explique-t-elle.
Jusqu’à récemment, Samia vivait en Italie, où elle travaillait comme journaliste pigiste. Elle est rentrée au Ghana avec son mari, l’acteur italien Michele Melega, et leur fils de 11 ans, Kwame Melega, laissant derrière elle sa vie de femme « ordinaire ».
« J’ai décidé de rentrer au Ghana. Le parti a pris contact avec moi et m’a demandé de faire campagne. J’ai voulu revenir vers ce à quoi j’appartiens. Revenir, c’est assumer mes responsabilités et rendre honneur à mon père. Ici, les gens me donnent de la force, ils me transmettent leur énergie pour aller de l’avant. »
Malgré l’accueil chaleureux qu’elle a reçu, Samia n’est pas réellement préparée à faire son entrée dans l’arène politique ghanéenne. Elle n’a aucune expérience dans ce domaine, et sa longue absence du pays lui vaut de nombreuses critiques. « Je ne crois pas que Samia Nkrumah soit en mesure de comprendre ce qu’est la lutte pour survivre au jour le jour, estime Kwesi Jonah, professeur de sciences politiques à l’Université du Ghana. L’héritage de son père est toujours là mais, pour en bénéficier, il faut qu’elle se dépêche d’apprendre », ajoute-t-il.
À ces critiques, Samia répond que les besoins des gens sont évidents. « N’importe qui, même quelqu’un qui ne serait pas ghanéen, voit ce qu’il manque ici et ce qu’il faut faire, juste en voyageant à travers le pays et en parlant avec les gens. » Alors que sa caravane repart pour une nouvelle journée de campagne, Samia Nkrumah baisse la vitre de son auto et salue ceux qui lui font une haie d’honneur, décrivant des moulinets avec les mains pour dire une nouvelle fois qu’ils attendent le changement.

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