Le gendre du chef de l’État organise le 15 novembre à Yamoussoukro la première convention de son parti, l’Union des nouvelles générations. Avec l’ambition de jouer un rôle clé lors des prochaines législatives.
Il a à peine 28 ans, mais joue déjà dans la cour des grands. Après avoir entamé une carrière d’homme d’affaires, Stéphane Kipré s’engage sur le terrain miné de la politique. Gendre du chef de l’État, on dit de lui qu’il roule pour Simone Gbagbo, la première dame. Il s’en défend et assure avoir des ambitions d’abord pour lui-même.
Le 15 novembre, c’est dans les marbres et les dorures de la Fondation Houphouët-Boigny, à Yamoussoukro, que Stéphane Kipré a convoqué la première convention de son parti, l’Union des nouvelles générations (UNG). Il y attend quelque 5 000 délégués, venus de tout le pays, même si sa formation recrute d’abord dans sa région d’origine, l’Ouest. C’est un jeune homme déjà bien établi qui prétend aujourd’hui se faire une place dans un paysage politique très encombré.
Avant d’entrer en politique, Stéphane Kipré s’est en effet consacré à ses affaires, avec un certain succès. Il y a à peine cinq ans pourtant, il était un parfait inconnu. Muni d’un master en marketing et management industriel obtenu dans une université américaine, il rentre en 2003 dans une Côte d’Ivoire en guerre. Natif de Toroguhé, un village de la région de Daloa, il monte avec trois associés en 2004 la société Mécanique, métallurgie, électricité, chaudronnerie (Mecaf), qu’il installe à Treichville, un quartier d’Abidjan. Quelques années plus tard, il se déplace en Hummer, le véhicule américain venu des zones de guerre, la voiture préférée de tous les m’as-tu-vu du continent.
Il est fort probable que, sans son mariage, ses affaires n’auraient pas prospéré aussi vite. Depuis le 29 juin 2007, Stéphane Kipré est l’époux de Marie Laurence Djaya Gbagbo, l’une des jumelles du couple présidentiel. La rencontre avec sa femme va changer son destin politique. Il milite à l’époque dans une petite formation de l’opposition, le Mouvement des forces de l’avenir (MFA), présidée par Anaky Kobenan. Il prend même la tête du mouvement de la jeunesse de ce parti. Sa liaison avec la fille du président met fin à son engagement dans le camp des houphouétistes. Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié se méfient désormais de lui. Et s’il veut plaire à ses beaux-parents, il n’a guère d’autre choix que de changer son fusil d’épaule.
Proche des patriotes
Un mois après son mariage, en juillet 2007, il crée donc l’Union des nouvelles générations. Dans la foulée, il acquiert une imprimerie, crée Idéal Communication et, comme c’est le cas pour la quasi-totalité des partis politiques ivoiriens, dote l’UNG d’un organe de presse, Le Quotidien. Le journal est dirigé par Robert Kra, qui a longtemps travaillé au Matin d’Abidjan, le porte-voix des Jeunes patriotes de Charles Blé Goudé. Stéphane Kipré recrute également Allan Aliali, venu de Notre voie, le journal du Front populaire ivoirien, le parti de son beau-père.
« Mon action s’inscrit en trois étapes : à court terme, implanter le parti à travers tout le pays ; à moyen terme, avoir des élus ; à long terme, prendre le pouvoir d’État », annonce-t-il avec l’aplomb de celui qui ne doute de rien. Il est vrai que le jeune loup est efficace. En moins d’un an, l’UNG revendique 30 000 membres, la jeunesse du parti, de son côté, affiche une centaine de sections et quelque 6 000 militants.
Les proches de Stéphane Kipré prétendent qu’il a déjà investi un demi-milliard de F CFA dans son mouvement. L’UNG dispose d’un siège dans le quartier huppé de la Riviera Palmeraie, un bâtiment neuf de deux étages, plus imposant que le bâtiment du FPI ou celui du RDR. En un an, Stéphane Kipré a mis en place plus de 100 délégations locales de son parti, il a parcouru 50 000 kilomètres et animé quelque 300 réunions publiques. Ses tournées sont généralement de véritables shows, avec cortèges de 4x4 et défilés d’hommes en costume sombre et lunettes noires. Si personne ne connaît l’état réel de ses finances, en tout cas, le jeune Kipré flambe. À tel point que l’on s’interroge de plus en plus sur l’origine de ses fonds.
Il a beau assurer qu’il finance son parti et sa carrière politique grâce aux bénéfices dégagés par Mecaf, certains cadres du FPI voient derrière cela la main du couple présidentiel. « Nous ne sommes pas dupes. Nous savons que le chef de l’État l’utilise pour affaiblir certains barons locaux réputés très gourmands et pas assez mobilisateurs », explique un haut dirigeant du FPI qui préfère garder l’anonymat.
L’UNG a débauché des cadres du FPI, dont Arouna Koné, un proche de Simone Gbagbo et ancien directeur de la Société nationale des transports terrestres (Sonatt). Il a aussi recruté le syndicaliste Serge Koffi, filleul de Pascal Affi Nguessan, président du FPI. Ancien dirigeant de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci), Serge Koffi est l’un des membres influents des « patriotes ».
« L’arrogance du parvenu »
Ils sont nombreux au FPI a se méfier de Kipré et de son parti, n’hésitant pas à fustiger « l’arrogance de ce jeune parvenu ». Mais, campagne présidentielle oblige, tous privilégient, pour le moment, le rassemblement des soutiens à Laurent Gbagbo. Pas question de fragiliser par des querelles internes le chef de l’État, dont la réélection est loin d’être acquise. La consigne reste d’avancer en rang serré.
« La reconduction du mandat du chef de l’État, c’est l’essentiel pour nous. Et pour les échéances locales, il va falloir conclure des alliances », indique Sébastien Dano Djédjé, membre influent de la direction du FPI et ministre de la Réconciliation nationale, chargé des relations avec les institutions de la République. Et sur le terrain local, Kipré compte bien devenir un interlocuteur incontournable.
Légalement trop jeune et objectivement trop peu expérimenté pour s’engager dans la course à la présidentielle, Stéphane Kipré va d’abord devoir faire ses preuves lors des législatives de 2009. « Nous allons présenter des candidats partout, notre objectif étant de dépasser la barre de dix députés pour pouvoir former un groupe parlementaire », indique Kipré, qui ajoute, sans doute à l’intention des barons du FPI : « Nous sommes dans une démocratie. La Côte d’Ivoire n’est la chasse gardée de personne. »

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