Extension Factory Builder
13/12/2008 à 22:50
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Nouveau rebondissement dans le feuilleton qui oppose le second opérateur mobile du pays aux autorités. Sa maison mère réclame un arbitrage international.

Ça passe ou ça casse. Le 11 novembre, le bras de fer engagé entre l’État sénégalais et le numéro deux de la téléphonie mobile, Sentel (qui opère la marque Tigo), s’est durci : le groupe suédois Millicom International Cellular (MIC), maison mère de Sentel, a saisi le Centre international de règlement des différends liés aux investissements (Cirdi), organisme d’arbitrage lié à la Banque mondiale. « Si la décision est en faveur de Millicom, le Sénégal devra s’y conformer », affirme un avocat proche du dossier, qui refuse que son nom soit cité.
Dans cette affaire, Dakar a tiré la première salve le 31 octobre en menaçant de suspendre la licence GSM du numéro deux de la téléphonie mobile dans le pays, avec 1,8 million d’abonnés (3 millions pour Orange). Engagées dans des négociations serrées, les deux parties ne parvenaient pas à un accord. En 2000 déjà, Abdoulaye Wade, nouvellement élu à la présidence, avait annulé le contrat de Sentel, négocié en 1998 contre une redevance annuelle, au motif de défaillances et de non-respect de certaines clauses. Mi-2002, une entrevue entre le président Wade et les dirigeants de MIC débloquait la situation. Tigo pouvait poursuivre « provisoirement » ses activités, les termes de l’exploitation de son réseau devant être révisés lors de l’octroi futur d’une nouvelle licence GSM. Ce qui arriva en septembre 2007, quand le soudanais Sudatel remporta une licence globale (fixe, mobile et Internet) pour 200 millions de dollars. Annoncé pour mars 2008, puis pour octobre, le démarrage d’Expresso (la marque de Sudatel) ne cesse d’être différé. Mais les tensions entre Sentel et l’État ont repris de plus belle.
La procédure d’arbitrage international qu’a engagée MIC n’est pas anodine et démontre sa volonté d’aller jusqu’au bout. Coûte que coûte. « Le groupe devra démontrer au Cirdi que payer 200 millions de dollars n’a aucune justification économique », explique Devine Kofiloto, consultant senior au cabinet Teleplan, en Norvège. Jusqu’où MIC, présent au Tchad, au Ghana, en Tanzanie, Sierra Leone, RD Congo et à Maurice, mais aussi en Amérique latine et en Asie, est-il disposé à aller ? Est-il prêt à perdre le marché sénégalais, le plus fort contributeur à sa croissance en Afrique ? « Si Tigo quitte le pays, l’arbitrage du Cirdi peut aussi servir à réclamer une compensation financière au Sénégal », complète Devine Kofiloto.
Injoignables, les responsables de MIC laissent la porte ouverte à toutes les hypothèses. Certains avancent qu’ils accepteraient de payer, mais à la condition d’obtenir une licence globale. Comme Sudatel.
À Dakar, au Palais présidentiel, qui gère l’affaire en direct, la marge de manœuvre apparaît étroite. Suspendre vraiment le réseau, c’est s’exposer à la colère de 400 employés (et 40 000 emplois indirects) et de près de deux millions d’abonnés. « Le recours au Cirdi montre que Millicom a épuisé toutes les solutions amiables, explique Hamid Gharavi, avocat spécialiste de l’arbitrage international, basé à Paris. C’est aussi leur dernière cartouche pour obliger l’État à relancer les négociations. » Le Sénégal, dont le déficit budgétaire atteignait 293 millions de dollars mi-2008, selon le FMI, cédera-t-il au chantage ? Seule certitude, le Cirdi ne se prononcera pas avant dix-huit à vingt-quatre mois.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
L’Afrique orpheline

Article pr�c�dent :
Du Burkina à la conquête de l’Afrique de l’Ouest

Sénégal

Que faut-il retenir de la visite de Mohammed VI au Sénégal ?

Que faut-il retenir de la visite de Mohammed VI au Sénégal ?

Le souverain marocain, Mohammed VI, quittera le Sénégal vendredi, après avoir signé de nombreux accords économiques.[...]

Le procès Habré, un tournant dans la justice africaine et la lutte contre l'impunité

Avocate au barreau du Tchad, présidente de l’Association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l’Homme (ATPDH) et récipiendaire du Right Livelihood Award en 2011, Jacqueline[...]

Sénégal-Maroc : Macky Sall et Mohammed VI signent 13 accords de coopération

À l'occasion de la visite du roi du Maroc au Sénégal, les gouvernements sénégalais et marocain ont signé jeudi, à Dakar, treize accords dans divers domaines, dont les douanes,[...]

Les femmes africaines peinent à percer le plafond de verre

Éducation, travail, indépendance... Malgré de timides avancées, le statut des femmes n'a que peu progressé en Afrique, selon les participantes du 5e forum social d’Essaouira, au Maroc, du[...]

Stromae, griot sarcastique malgré lui

Le chanteur belge Stromae est en tournée africaine. Ecoutées au premier degré ou pastichées, les chansons de son album "Racine carrée" illustrent la politique du continent.[...]

Le Sénégalais Macky Sall élu nouveau président en exercice de la Cedeao

Macky Sall, le chef de l'État sénégalais, a été élu mardi nouveau président en exercice de la Cedeao pour un an, à l'issue du 47e sommet de l'organisation ouest-africaine[...]

Le roi du Maroc entame ce mercredi au Sénégal une nouvelle tournée africaine

Mohammed VI se rend ce mercredi au Sénégal. Son périple l'emmènera ensuite en Côte d'Ivoire, au Gabon et en Guinée-Bissau. Il s'agit de la troisième tournée africaine du roi[...]

Le procès d'Hissène Habré s'ouvrira le 20 juillet à Dakar

L'ex-président tchadien a été arrêté le 30 juin 2013 à Dakar, puis inculpé le 2 juillet 2013 par le tribunal spécial. [...]

Cairn Energy prévoit un milliard de barils de pétrole au Sénégal

Cairn Energy a dévoilé son programme d'exploration au Sénégal pour les trois années à venir. Selon ses estimations, les réserves de pétrole contenues dans ses blocs au large[...]

Sénégal : Khalifa, l'autre Sall qui entretient le mystère

"Dieu seul le sait..." C'est la réponse que le maire de Dakar, Khalifa Sall, a l'habitude d'adresser à ceux qui l'interpellent sur ses intentions concernant la prochaine présidentielle.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers