13/12/2008 à 22h:48 Par Jean-Baptiste Marot
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Président du groupe Kossouka, qu’il a créé à l’âge de 18 ans, ce jeune commerçant devenu l’un des tout premiers hommes d’affaires du pays se lance dans l’industrie et l’exportation.

Les habitants de Banfora, dans le sud-ouest du Burkina, se réhabituent au bruit des machines de la minoterie voisine. Après cinq années de silence, les Grands Moulins du Burkina ont fêté mi-novembre leur huitième mois d’activité. Ils n’ont pas encore atteint leur rythme de croisière. La production mensuelle est d’à peine 2 000 tonnes de farine, moitié moins que la capacité de l’usine, de 3 500 à 4 000 tonnes. En août, les machines ont été arrêtées dix jours à cause d’une rupture de stocks de blé, importé en quasi-totalité de France. « Nous restons tributaires de la Sitarail et du port d’Abidjan », explique un responsable de l’entreprise.
Dans un pays où nombre de projets industriels privés restent sans lendemain, la relance des ex-GMB, qui avaient été placés en liquidation judiciaire en janvier 2003, est donc en bonne voie. « Mon groupe change de dimension », se réjouit Salif K. Ouédraogo, 36 ans, à l’origine du projet. Il a réuni 7 milliards de F CFA (11 millions d’euros) pour investir dans de nouvelles machines, avec l’appui de deux groupes français, les Grands Moulins de Strasbourg et Maes SA. « Il fait partie des hommes d’affaires qui émergent dans la sous-région », confirme Mahamadou Sako, directeur Afrique du cabinet d’audit Deloitte.
Autodidacte, Salif Ouédraogo est né à Kossouka, petite ville située à 160 km au nord de la capitale. Une région d’où sont originaires plusieurs figures de l’économie burkinabè, comme Oumarou Kanazoé, le roi du BTP, ou encore Alizeta Ouédraogo, PDG du groupe Tan-Aliz. Un « sérail » dont il est bien difficile d’obtenir quelque commentaire sur la marche des affaires, les leurs ou celles du voisin. Salif Ouédraogo indique d’ailleurs avec réticence le chiffre d’affaires de son groupe : « 30 à 40 milliards de F CFA ». Sa réussite fulgurante alimente les suspicions : « Il est évident qu’il bénéficie de connexions politiques au plus haut niveau », laisse entendre un journaliste qui préfère ne pas être cité à propos d’un personnage dont le nom apparaît un peu trop souvent à la rubrique faits divers.
Salif Ouédraogo affirme pour sa part qu’il a démarré à l’âge de 14 ans à Bobo-Dioulasso, capi­tale économique, comme vendeur de piles, puis de riz et d’autres denrées. Aujourd’hui, Nesko, principale filiale du groupe Kossouka (60 % du CA), est le représentant exclusif de Nestlé dans le pays (Nescafé, Maggi et Guigoz). Nesko détient également l’exclusivité des produits British American Tobacco. Se diversifiant au fil des opportunités, Kossouka est devenu représentant de groupes internationaux dans l’équipement électrique, tels que Areva, Afelec ou Inéo. En 2002, il s’est lancé dans le transport de voyageurs. Un service haut de gamme vers les centres d’affaires des pays voisins. « Depuis le début de l’année, nous utilisons dix autobus de grand tourisme que j’ai achetés au constructeur numéro un chinois, Kingdom », explique le PDG dans un français hésitant.
Son ambition est aujourd’hui de sortir de ses frontières. Il multiplie les voyages en Europe pour rencontrer ses partenaires. Sur 500 employés, son groupe compte désormais quatre Occidentaux, qui comblent ses déficits techniques ou de gestion. Déjà présent au Niger, au Togo, au Mali et au Ghana, Salif Ouédraogo compte bien exporter la production de la Société nouvelle des Grands Moulins du Burkina dans toute l’Afrique de l’Ouest et faire de son usine l’une des plus importantes de la sous-région.

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