13/12/2008 à 20h:15 Par François Soudan
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Madame Chantal Biya, première dame du Cameroun, est une femme assez épatante. Dans le petit monde très charity business des fondations pour épouses de chefs d’État, où l’on croise de tout, la sienne est l’une des plus efficientes, des plus transparentes et des plus respectables. Sous ses allures souvent ébouriffantes, elle cache, dit-on, un cœur d’or et sans doute est-ce pour cela que l’Unesco a tenu, le 13 novembre, à la nommer ambassadrice de bonne volonté… Seulement voilà : Mme Biya ne saurait veiller à tout, et manifestement pas au comportement indigne de fonctionnaires zélés, dont l’unique but semble être de dresser autour d’elle un cordon sanitaire afin d’éviter qu’elle n’entre en contact avec ses propres compatriotes. Écrivain d’art très connu au sein de la communauté africaine de Paris, éditeur de beaux livres, expert comptable et militant du combat contre le sida - maladie qu’il porte lui-même dans sa chair -, Nicolas Bissek vient de faire l’amère expérience du mépris violent avec lequel les agents du protocole et de la sécurité considèrent les Camerounais dans son genre. Invité à une cérémonie de dédicace autour de la première dame, le 14 novembre à l’ambassade du Cameroun à Paris, Bissek trouve les portes closes. Lui et plusieurs dizaines de compatriotes, pourtant dûment munis des précieux cartons, sont systématiquement refoulés alors que le service d’ordre laisse entrer quelques VIP retardataires - en majorité européens. Au bout de deux heures d’attente, n’y pouvant plus, Nicolas et ses compatriotes d’infortune forcent l’entrée. Les gros bras de l’ambassade se ruent sur lui, le soulèvent et le projettent à l’extérieur comme un sac de riz. Bissek tombe dans la foule, puis sur le sol et se blesse au bras. Il se débat malgré la douleur, crie qu’il veut simplement rencontrer Chantal Biya pour l’entretenir d’un projet de centre de traitement ambulatoire du sida au Cameroun, en partenariat avec son ami le professeur Gentilini. Pour toute réponse, un proche collaborateur de la première dame le menace : « Cesse de l’agresser, tu ne la verras pas. Dégage, ou on va s’occuper de ton cas. »
Ainsi va l’Afrique, à l’aune de cette anecdote qu’ont vécue, au Cameroun et ailleurs, des centaines d’autres Nicolas Bissek. Obsédés par l’idée de plaire à leurs chefs, malades d’une sécurité d’autant plus factice qu’elle est démonstrative, des bataillons de préposés au protocole et au gardiennage écrasent de leur morgue tous ceux qui n’ont pas l’heur d’avoir le visage qui convient - ou la présence d’esprit de leur glisser quelques billets. Les chefs en question ne le savent pas, ou ne veulent pas le savoir. À tort, car au bout du compte c’est à eux qu’on en veut. Louis XVI et Marie-Antoinette ne se croyaient-ils pas populaires ?

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