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18/01/2012 à 11:48
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Ousmane Tanor Dieng, le 1er décembre 2009 à Paris. Ousmane Tanor Dieng, le 1er décembre 2009 à Paris. © Thomas Coex/AFP

Peu importe si la coalition de l'opposition Benno Siggil Senegaal ne l'a pas choisi pour candidat. Le patron du Parti socialiste sénégalais, Ousmane Tanor Dieng, espère bien être celui qui boutera Abdoulaye Wade hors de la présidence, le 26 février. Interview.

Les Sénégalais lui ont souvent reproché sa froideur, mais aujourd'hui, Ousmane Tanor Dieng sourit, s'applique et communique, soucieux de se défaire de l'image de technocrate qui lui a longtemps collé à la peau. À 65 ans, le secrétaire général du Parti socialiste (PS) sera pour la deuxième fois – et la dernière, promet-il – candidat à la présidentielle, le 26 février. Persuadé de pouvoir faire mieux qu'en 2007 (il avait recueilli près de 14 % des voix) en dépit des divisions qui plombent l'opposition, il compte sur le maillage politique du PS, le seul parti aussi solidement implanté que le Parti démocratique sénégalais (PDS, au pouvoir) sur l'ensemble du territoire. Interview.

Jeune Afrique : Barthélémy Dias, le maire socialiste de Sacré-Cœur-Mermoz, à Dakar, a été arrêté et inculpé pour homicide volontaire. Le 22 décembre, il avait ouvert le feu contre des jeunes qui avaient encerclé sa mairie. Condamnez-vous son geste ?

Ousmane Tanor Dieng : J'ai dit mes regrets qu'il y ait eu mort d'homme et j'ai exprimé ma compassion à la famille du défunt. Mais je voudrais surtout condamner le fait que des responsables du Parti démocratique sénégalais profitent de la détresse des jeunes Sénégalais pour les enrôler comme des mercenaires.

Mais conservez-vous votre soutien à Barthélémy Dias ?

Il a été attaqué par des dizaines de nervis armés, arrivés en pick-up et décidés à lui faire sa fête… Quiconque le sait devrait comprendre ce qu'il a éprouvé et reconnaître qu'il a dû se défendre. Nous exigeons sa libération dans les plus brefs délais. La place de ce garçon n'est pas en prison.

La coalition de l'opposition Benno Siggil Senegaal avait promis un candidat unique, mais Moustapha Niasse et vous n'avez pas réussi à vous entendre. Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné ?

Au sein de Benno, quand nous avions évoqué le profil de celui qui serait notre candidat, nous avions mentionné plusieurs critères, dont celui de la représentativité. Pourtant, à l'arrivée, ce poids politique du Parti socialiste n'a pas été pris en compte. Le PS pèse bien plus que l'Alliance des forces de progrès de Moustapha Niasse, dont Benno a finalement fait son candidat !

Pourquoi ne pas vous être désisté ?

Parce que nous nous étions mis d'accord pour décider par consensus, pas pour organiser un vote interne à Benno. Le groupe de facilitation était chargé d'amener un des candidats à se désister, mais, à la place, il a demandé aux différentes parties quelle était leur position. Ne jouons pas sur les mots : c'était bien un vote, et cela, nos textes ne le prévoient pas. D'ailleurs, quitte à voter, il fallait consulter les 3 000 élus locaux de Benno. Ça, au moins, ç'aurait été démocratique ! Mais on a fait voter des partis politiques d'inégales importances. Parfois, même, une seule personne a pu avoir son mot à dire.

Éprouvez-vous de l'amertume contre Moustapha Niasse, qui ne s'est pas désisté alors qu'il a obtenu près de 6 % des voix en 2007, soit un score très inférieur au vôtre ?

J'ai effectivement trouvé la situation injuste.

Pourquoi ne pas avoir accepté de former un ticket avec lui ?

C'était l'idée du groupe de facilitation : Niasse à la présidence et moi à la primature. En tête à tête, je lui ai dit qu'il me semblait préférable que je sois le candidat de Benno et que je m'engageais à ne faire qu'un seul mandat, dans un régime d'inspiration parlementaire où les pouvoirs gouvernants seraient entre les mains d'un Premier ministre désigné par l'Assemblée. Je lui ai proposé de diriger la liste pour les législatives et de devenir président de l'Assemblée. Il m'a répondu qu'il avait déjà été ministre ou Premier ministre et qu'il n'avait pas envie de recommencer une carrière parlementaire.

Abdoulaye Wade a des méthodes de corruption extraordinaires. C'est un orfèvre en la matière.

Doutez-vous de la transparence de l'élection présidentielle ?

Bien sûr ! Abdoulaye Wade a des méthodes de corruption extraordinaires. N'a-t-il pas promis un statut et un salaire aux chefs de village, qui sont porteurs de voix ? N'appelle-t-on pas les préfets et les sous-préfets les gouverneurs wadistes ? Wade est un orfèvre en la matière.

Qu'allez-vous faire pour vous assurer du bon déroulement du scrutin ?

Nous allons veiller à ce que l'on ne vote pas la nuit. Nous aurons des représentants dans chaque bureau de vote, nous aurons la liste des électeurs par bureau sur support papier et nous allons mettre en place une brigade antifraude, pour empêcher qu'une même personne vote au Plateau puis à Pikine [deux quartiers de Dakar, NDLR]… Nous veillerons à ce que la transmission des procès-verbaux soit accompagnée par des représentants du parti.

Devant les difficultés de Benno à trouver un candidat unique, Wade a paraphrasé Corneille et dit qu'à vaincre sans péril, on triomphait sans gloire… Vous lui répondez quoi ?

Je connais bien le chef de l'État. C'est un bluffeur, qui donne dans la frime et tourne tout en dérision. Il a même dit que l'opposition ferait mieux de garder son argent plutôt que de faire campagne… Mais s'il était si sûr de lui, pourquoi a-t-il voulu modifier la Constitution, en juin, pour faire en sorte qu'un candidat puisse être élu avec le quart des voix ?

Que ferez-vous si vous échouez ?

Je suis depuis longtemps au PS et j'y resterai jusqu'au bout. En revanche, je ne me présenterai pas indéfiniment et, quoi qu'il arrive le 26 février, ce sera ma dernière candidature.

Quitterez-vous la tête du parti ?

Que je perde ou que je sois élu, je laisserai la place. Il faut préparer les jeunes générations.

Vous pensez à Khalifa Sall, le maire de Dakar, souvent présenté comme un successeur potentiel ?

À lui, à Aïssata Tall Sall, à tous ceux qui ont aujourd'hui 30, 40, 50 ans et qui sont l'avenir du parti.

Le Conseil constitutionnel doit se prononcer à la fin du mois sur la validité de la candidature de Wade. Croyez-vous en son indépendance ?

Non, il subit des pressions.

Ses membres disent que les pressions de l'opposition sont les plus fortes…

Même si elles sont fortes, elles ne sont pas de même nature, vous le savez bien. Elles ne sont pas financières par exemple… Nous, tout ce qu'on peut faire, c'est protester.

Vous êtes très dur à l'égard du bilan de Wade. Lui reconnaissez-vous quelques réalisations ?

Aujourd'hui, le Sénégal, c'est une grosse tête sur un corps frêle, et ça ne va pas.

Ce que je critique, c'est la pertinence des choix qui ont été faits et la mauvaise allocation des ressources. On a beaucoup investi à Dakar, sur la corniche et sur la VDN [voie de dégagement nord], mais la moitié de ce qui a été dépensé suffisait. On n'avait pas besoin d'un tunnel de 11 milliards de F CFA [16,8 millions d'euros] dans le quartier de Soumbédioune. Cet argent aurait pu servir au désenclavement des régions… Aujourd'hui, le Sénégal, c'est une grosse tête sur un corps frêle, et ça ne va pas. Il fallait utiliser l'argent de manière plus équilibrée et ne pas miser que sur les infrastructures. Si je suis élu, l'agriculture sera l'une des priorités de mon mandat. Au moins 10 % du budget de l'État devrait y être alloué.

Mais le Sénégal n'est pas en plus mauvais état que quand Wade a pris le pouvoir après quarante années de socialisme…

Il n'est pas en meilleur état non plus, et il aurait dû l'être ! Les résultats obtenus en matière d'éducation ou de santé sont catastrophiques, et il y a cette impunité ambiante… Aujourd'hui, chacun fait ce qu'il veut. Les valeurs traditionnelles de notre société ont été laminées.

Wade a été le premier chef d'État africain à reconnaître les nouvelles autorités libyennes, il est allé à Tripoli, il a soutenu l'opération de l'Otan… Avait-il raison ?

Non, il n'avait pas à se faire le coursier de Nicolas Sarkozy. C'est indigne.

Vous êtes proche du Parti socialiste français et de Martine Aubry, que vous avez reçue à Dakar… Êtes-vous déçu qu'elle ait perdu face à François Hollande?

Je suis aussi proche d'elle que de François Hollande. Cette primaire était une question interne à la France, et le candidat qui a été choisi a tout mon soutien.

Vous avez longtemps soutenu l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo. Que pensez-vous de son transfert à La Haye?

J'y suis absolument opposé. Je ne vois pas pourquoi il n'y aque les Africains que l'on envoie là-bas. Il fallait le juger, lui-même souhaitait pouvoir s'expliquer, mais en Côte d'Ivoire. Par ailleurs, le soutien que j'avais pour Gbagbo est celui que j'ai pour tous les socialistes. Quand il s'est avéré qu'il avait perdu l'élection, je lui ai maintenu mon amitié. Ce n'est pas parce qu'un ami a perdu qu'il faut aller à son enterrement.

___

Propos recueillis à Dakar par Anne Kappès-Grangé.

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