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18/01/2012 à 15:54
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Alassane Ouattara, le 22 octobre, au palais du Plateau, à Abidjan. Alassane Ouattara, le 22 octobre, au palais du Plateau, à Abidjan. © Issouf Sanogo/AFP

À Abidjan, le palais présidentiel du Plateau a changé de propriétaire, mais aussi de style. Rien n'est laissé au hasard. Pointilleux, le chef d'État ivoirien Alassane Dramane Ouattara s'est entouré de quelques personnes de confiance. Enquête au cœur du pouvoir.

« Il nous faudra encore environ cinq mois pour que nous soyons totalement installés et opérationnels. Je ne m'attendais pas à trouver un pays à ce point dévasté et pillé… » Dans l'immense bureau du palais du Plateau où il nous reçoit, le chef de l'État ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, a les traits tirés. Devant lui, une pile de parapheurs qui attendent sa signature, trois fauteuils club en cuir marron pour accueillir ses interlocuteurs et une télévision qui diffuse en boucle les programmes d'une chaîne française d'informations en continu. L'écrin du pouvoir ivoirien, là où tout ou presque se décide, en impose. Mais il a changé de propriétaire, donc de fonctionnement et de style.

Jadis ouverte aux quatre vents, la présidence n'a plus rien à voir avec la fourmilière aux allures de capharnaüm de l'ère Gbagbo. Ce dernier aimait avoir son hétéroclite tribu autour de lui, au point qu'il était parfois difficile de discerner les officiels et les confidents des simples factotums. Le palais lui-même, endommagé par les combats et la « bunkerisation » du régime pendant les derniers feux de sa résistance, est l'objet de toutes les attentions : bureaux refaits à neuf par l'architecte Pierre Fakhoury, grand nettoyage de locaux à peine entretenus pendant dix ans – dont la salle de réception « des pas perdus », où furent découvertes armes et munitions – et réhabilitation de l'immeuble voisin destiné à abriter certains services administratifs de la présidence.

Désormais, on n'y croise que le personnel strictement habilité, et la salle d'attente n'est autorisée qu'à ceux qui ont un rendez-vous dûment consigné dans les registres des huissiers. Fini le temps des demandes d'audience impromptues et des visiteurs (plutôt du soir à l'époque) incrustés dans les fauteuils en cuir, qui avaient fini par épouser leurs formes. Tout est « carré », organisé. Les conseillers du « patron », toujours tirés à quatre épingles et équipés d'un iPad, sont dix fois moins nombreux que sous les refondateurs, mais chacun remplit un rôle bien précis.

Les hommes (et la femme) du président

« Le président aime déléguer, nous explique son chef de cabinet, Sidi Tiemoko Touré. Ce qui ne l'empêche nullement d'être très exigeant. Mais il a besoin d'avoir une confiance totale dans ses collaborateurs. » Ouattara choisit donc ceux qui l'accompagnent avec une extrême prudence, que seul le temps viendra estomper. Il entretient des relations étroites avec le Premier ministre, Guillaume Soro, mais également avec le ministre d'État, ministre de l'Intérieur, Hamed Bakayoko, dont il est très proche depuis longtemps. Viennent ensuite le ministre des Finances, Charles Diby Koffi, ceux de la Justice, Jeannot Ahoussou, des Affaires étrangères, Daniel Kablan Duncan, ou des Infrastructures, Patrick Achi.

À la présidence, tout s'articule autour d'une « troïka » – l'expression est de Ouattara : le secrétaire général Amadou Gon Coulibaly, fidèle parmi les fidèles ; le directeur de cabinet, Marcel Amon Tanoh ; et le directeur des Affairesadministratives et financières (et frère du chef de l'État), Téné Birahima Ouattara, dit « Photocopie » du fait de sa ressemblance frappante avec son aîné. Sans oublier sa nièce, Masséré Touré, pour tout ce qui a trait à la communication, et son chef de cabinet, Sidi Touré. Ouattara le définit lui-même comme son « special assistant », le premier et le dernier qu'il voit chaque jour, celui qui coordonne son agenda et les différents services, mais aussi la logistique de ses déplacements. Cet ancien cadre du privé (chez Schneider Electric), membre des jeunes du Rassemblement des républicains (RDR), est aux côtés de Ouattara depuis que ce dernier est rentré d'exil, en 2006.

Les conseillers sont dix fois moins nombreux que sous Laurent Gbagbo.

Amadou Gon Coulibaly, 53 ans, est la pierre angulaire de ce système. Le chef del'Étatetluiseconnaissent depuis 1990. Il était directeur des études économiques aux Grands Travaux quand Ouattara a été appelé par Houphouët pour présider le Comité interministériel de la coordination du programme de stabilisation et de relance économique, avant d'être nommé Premier ministre. « Nous avons d'abord fait connaissance sur un plan strictement professionnel, se souvient Gon Coulibaly. Il m'a ensuite confirmé comme conseiller technique quand il est devenu chef du gouvernement. Mais notre vraie rencontre date du 5 octobre 1990. Il prononçait un discours lors du congrès du PDCI-RDA. Je suis allé le saluer et il m'a immédiatement donné rendez-vous pour que l'on se revoie… » Depuis, les deux hommes sont inséparables. « C'est lui qui m'a formé, ma carrière se fera toujours à ses côtés », conclut-il.

Amadou Gon Coulibaly est le bras, les yeux et les oreilles du chef de l'État. Il a la charge du suivi de l'action du gouvernement et de l'administration territoriale, ainsi que des relations avec les institutions et les structures rattachées à la présidence (comme le BNETD, le Bureau national d'études techniques et de développement, l'inspection générale, etc.). Sans oublier les questions d'ordre judiciaire.

À la tête du cabinet, Marcel Amon Tanoh, 60 ans. Il a rencontré Ouattara « grâce à la première dame Dominique », en avril 1993. Sociologue de formation, il a occupé le poste de secrétaire général de la mairie de Cocody, avant de se lancer dans les affaires et le secteur privé (café, cacao, textile). Directeur de cabinet au sein du RDR dès 1999, il fera son entrée au gouvernement en 2002, au poste de ministre des Transports. Une fois encore, un long compagnonnage… Amon Tanoh a, sous sa tutelle, la défense et la sécurité, la diplomatie, les droits de l'homme et, évidemment, le fonctionnement du cabinet – une vingtaine de conseillers aujourd'hui, contre près de trois cents sous Laurent Gbagbo, dont certains n'avaient jamais mis les pieds au palais.

Troisième tête de la troïka, le « DAF », Téné Birahima Ouattara, 56 ans, qui a rang de ministre. Depuis Houphouët, la présidence avait toujours fonctionné autour de deux entités : le secrétariat général et la direction du cabinet. La nouveauté, avec Ouattara, c'est l'autonomie de cette direction administrative et financière, jadis rattachée au secrétariat général. C'est « Photocopie » qui a mené le grand nettoyage financier – et donc forcément humain – à la présidence, qui accusait une situation d'endettement préoccupante en avril 2011, avec des encours auprès des fournisseurs de plus de 16 milliards de F CFA (24 millions d'euros). Entre les sites de Yamoussoukro et d'Abidjan, près de 900 salariés ont été licenciés, mis à la retraite ou à disposition de la Fonction publique, soit une éco-nomied'environ 500 millions de F CFA par mois.

Ces trois hommes sont essentiels dans le dispositif Ouattara, dont le style de gouvernance – dixit l'un des proches – à plus à voir avec celui d'un chef d'entreprise qu'avec celui d'un homme politique. Même si, compte tenu de la manière dont il est arrivé au pouvoir et de la situation sécuritaire, il est contraint de faire des concessions,deremer-cier les uns, par des postes politiques, et de faire patienter les autres.

Alassane Ouattara avec Amadou Gon Coulibaly (à g.) et Marcel Amon Tanoh (à dr.), le 28 avril à Abidjan. (Crédit photo : Issouf Sanogo/AFP)

Présidence, mode d'emploi

Le chef de l'État arrive à son bureau vers 9 h 30. Il fait systématiquement un point de la situation sécuritaire avec les directeurs de la gendarmerie ou de la police. Premiers interlocuteurs au palais à son arrivée, son chef de cabinet, Sidi Touré, puis sa responsable de la communication, Masséré Touré. À 10 h 30, il passe en revue l'ordre du jour avec les membres de la troïka. À 11 h 30 commencent les audiences officielles. La plupart des déjeuners sont ensuite consacrés à des réunions de travail : les lundis avec la troïka, les mardis avec Guillaume Soro et les jeudis avec quelqu'un de l'extérieur, personnalité, visiteur étranger ou chef d'entreprise.

Le style Ouattara, c'est plus celui d'un chef d'entreprise que celui d'un homme politique classique.

Le vendredi, jusqu'à une période récente en tout cas, Ouattara essayait de travailler chez lui, dans le quartier de la Riviera (domicile qui est en cours d'extension pour accueillir bureaux et sécurité), puisqu'il refuse d'habiter la résidence officielle de Cocody, où aimait vivre son prédécesseur et ennemi intime Laurent Gbagbo. Tout cela en attendant de s'installer à Yamoussoukro, « mais ce ne sera pas avant deux ou trois ans, précise le chef de l'État, le temps de transférer certains services et administrations ». D'ici là, le système Ouattara aura certainement évolué, les ministres auront changé, peut-être même le premier d'entre eux, Guillaume Soro, que l'on pressent à la tête de l'Assemblée. En revanche, sauf coup de théâtre, la troïka veillera toujours sur le Palais. À Abidjan ou à Yamoussoukro…

Énigmatique M. Serey Eiffel

On prête à Philippe Serey Eiffel, l'ancien directeur des Grands Travaux sous Houphouët (1992-1994), et descendant de Gustave Eiffel, une influence considérable sur le chef de l'État. Très proche de lui depuis l'époque où il était Premier ministre, ce Français (ce qui n'est pas étranger aux attaques dont il est l'objet) de 58 ans a occupé la vice-présidence de son Institut pour l'Afrique. Depuis qu'il a été nommé conseiller économique chargé des infrastructures et coordonnateur général des conseillers à la présidence, certains - et ils sont nombreux - n'hésitent pas à le décrire comme le « vice-Premier ministre chargé des Finances ». Réponse de Ouattara : « C'est un grand professionnel, mais cette réputation n'a aucun sens. Il travaille sous la direction d'Amadou Gon Coulibaly. Et je ne l'ai vu qu'une seule fois depuis qu'il nous a rejoints, en juin dernier... »

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