27/03/2005 à 00h:00 Par Faouzi
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Ancien international ivoirien de football

Au premier abord, il n'a rien d'un athlète. Râblé et court sur jambes (1,67 m pour 74 kg), rien ne semble distinguer Abdoulaye Traoré du commun des mortels... hors d'un terrain de football. Car sur la pelouse, c'est un autre homme. Un toucher de balle félin, un sens du but et du geste technique quasi unique. « Ben Badi », comme l'appellent la plupart de ses compatriotes, est né le 4 mars 1967 à Abidjan. Et a grandi dans le quartier populaire d'Adjamé, plus précisément à Dallas. Il apprend à maîtriser le cuir dans la rue et les terrains vagues en compagnie de son copain Jean Lorougnon Soro, fait l'école buissonnière. Son père, qui élève onze enfants, se fâche et l'« exile » à Katiola, à 400 km de la capitale. Peine perdue. L'élève dissipé revient à Abidjan.
Un jour, alors qu'il tape dans la balle sur la pelouse du stade Champroux à Marcory, deux entraîneurs du Stella Club, Richard Gnon et Nemlin Ayé, le remarquent et le sollicitent. Le papa donne son accord. Il signe sa première licence de joueur en 1979, réussit l'examen de passage avec les cadets. En 1982, Abdou est en équipe nationale des juniors, mais n'est pas du voyage au Mexique, pour le Championnat du monde. À 16 ans, il fait des débuts fracassants au poste de numéro 10, avec l'équipe fanion des Magnans d'Adjamé et remporte son premier titre de champion de Côte d'Ivoire. La saison 1983-1984 à peine bouclée, voilà le surdoué qui accepte l'offre de l'Asec. Le Stella met son veto. Abdou est suspendu par la fédération. Le ministre de tutelle, Laurent Dona Fologo, intervient et valide le transfert chez les Mimos, qui ne profitent que quelques mois de leur recrue.

Juillet 1985, Ben Badi, en stage avec la sélection nationale (les Éléphants) à Yamoussoukro, s'échappe vers la France grâce à l'aide d'un agent de joueurs franco-portugais, Manuel Garcia. Une cavale de cinq ans qui l'amène au FC Metz (où il est barré par le Sénégalais Jules Bocandé), au Sporting de Braga (Portugal), Metz de nouveau puis Sète (où il retrouve ses compatriotes Oumar Ben Salah et Gadji Celli), Toulon (où il a pour coéquipiers les Camerounais Joseph-Antoine Bell et Cyril Makanaky, le Sénégalais Roger Mendy et l'Ivoirien Laurent Zahui) et Avignon. À cinq reprises, il tente l'aventure professionnelle. En vain. Inaptitude à la vie exigeante des pros, incompatibilité d'humeur avec les entraîneurs ou les dirigeants, aléas du règlement. « J'ai manqué, explique-t-il, d'encadrement sérieux. »
Au moment de rompre avec Avignon, Abdou reçoit une offre du Widad de Casablanca et une seconde des États-Unis. Il choisit de répondre à un appel de Me Roger Ouégnin, le président de l'Asec, et rentre à Abidjan. Il retrouve la joie de jouer et de marquer, et enthousiasme les fans des Mimos. Il gagne six titres de champion et une Coupe de l'Ufoa avec le club jaune et noir. Avec les Éléphants, il ne cesse d'engranger les buts, boucle cinq participations à la Coupe d'Afrique des nations (1986-1994) et fait partie de la sélection couronnée championne d'Afrique, en 1992, à Dakar. Le président Félix Houphouët-Boigny le décore et lui offre une villa. En 1995, il convole en justes noces avec la charmante Rita. De leur union naîtront trois enfants. La même année, il dispute et perd avec l'Asec la finale de la Coupe d'Afrique des clubs face aux Orlando Pirates d'Afrique du Sud.

Un échec qui met fin à ses amours avec les Mimos. Ben Badi s'envole vers l'Arabie saoudite. Il échoue à Al-Ourouba, un club divisionnaire. L'exil dure deux ans. Et c'est la retraite. Prématurée mais irrémédiable. « Symphonie inachevée pour un artiste capricieux », titre un magazine local. « La chance, reconnaît l'intéressé, ne m'a pas servi. Je me suis contenté de peu. Je n'ai pas su aller jusqu'au bout de mes moyens. Ma carrière a été un demi-échec. Mais je ne pleurniche pas. J'ai donné beaucoup de joie aux Ivoiriens et j'en suis fier. »
Ben Badi se réinstalle à Abidjan, où il ouvre un magasin d'articles de sport. Il rêve de créer une fondation au service des footballeurs. Mais les événements que connaît son pays depuis septembre 2002 freinent la réalisation du projet. À 38 ans, Abdou n'hésite pas à rechausser les crampons pour des matchs d'exhibition qui lui permettent de retrouver ses compagnons de route comme Gadji Celli et Youssouf Fofana. Il aimerait s'occuper des jeunes et leur transmettre l'amour du beau geste et de la virtuosité technique. Abdou ne tait pas son admiration pour Jean-Marc Guillou, le « père » des célèbres Académiciens. Tous « ses » enfants sont titulaires dans des grands clubs européens. Avec les Éléphants, ils se qualifieront pour la Coupe du monde. Lui rêve de réunir ses amis d'hier pour fêter la fin de sa carrière juste avant le Mondial... 2006, qui se tiendra en Allemagne.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
Abdoulaye Traoré

Article précédent :
Vers une dévaluation ?

AUTRES

France - Maroc : le roi Mohammed VI reçu à l'Élysée par François Hollande

France - Maroc : le roi Mohammed VI reçu à l'Élysée par François Hollande

En visite privée en France, le souverain marocain Mohammed VI a été reçu à l’Élysée, ce jeudi 24 mai, dans l’après-midi. Il est le premier chef[...]

Gabon : les étudiants affrontent une nouvelle fois les forces de l'ordre à Libreville

Quatre étudiants de l'Université Omar Bongo de Libreville (UOB) ont été arrêtés et un autre, blessé, après des heurts avec les forces de l’ordre jeudi 24 mai, a affirm&e[...]

Présidentielle égyptienne : le premier tour s'achève dans le calme

Jeudi 24 mai marquait la fin du premier tour de l’élection présidentielle égyptienne, deuxième jour d’un scrutin historique qui se joue entre des islamistes et des caciques de l’anci[...]

Nord-Mali - Aqmi : Abdelmalek Droukdel appelle à imposer "graduellement" la charia

L’émir d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Abdelmalek Droukdel, a appelé mercredi 23 mai les membres de son organisation à imposer "graduellement" la Charia au Nord-Mali. Avec pour but[...]

RDC : droit de réponse de l'ambassadeur congolais à Paris

Suite à la publication de l’article sur les dettes contractées par l’ambassade de RDC à Paris envers l’un de ses avocats, l’ambassadeur Ileka Atoki a tenu à nous faire part des[...]

Football : les damnés des stades

Corruption, racisme, violence...Le syndicat international des joueurs professionnels de football dénonce les dérives dont de nombreux pays sont le théatre. Surtout en Europe de l'Est.[...]

Livre : la traque minière haletante de Christophe Boltanski

Le journaliste Christophe Boltanski explore un recoin bien sombre de la mondialisation dans un livre-enquête passionnant, qui le fait voyager du Nord-Kivu jusqu'en Malaisie.[...]

France : Benguigui et Canfin ministres, un accident de parcours

L'une, Yamina Benguigi, est une femme d'images. L'autre, Pascal Canfin, un journaliste de sensibilité altermondialiste. On ne les attendait pas forcément au gouvernement français. On avait tort.[...]

Pointe-Noire : Ponton sur les ondes de DVS

Depuis 2006, le groupe de radio et télévision de Martin Diafouka tente de tirer son épingle du jeu dans un contexte congolais très concurrentiel.[...]

Pointe-Noire : Diosso, un patrimoine en sursis

À 25 km de Pointe-Noire, l'ancienne capitale du royaume de Loango abrite l'unique musée du Congo. Un lieu hautement symbolique et menacé, faute de moyens.[...]

Pointe-Noire : attractions littorales... et économiques

Carrefour d'affaires, lieu de villégiature des familles d'expatriés ou havre balnéaire pour Brazzavillois en vacances, la cité portuaire ne manque pas de visiteurs. On y a construit plus d'hôtels [...]

Pointe-Noire : recherche logement abordable désespérément

Malgré un marché de la construction en plein essor, à Pointe-Noire, l'offre immobilière est cruellement déficitaire. Les prix s'envolent et deviennent prohibitifs.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers