17/12/2006 Ă  00h:00 Par Elise
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Le Nigérian Atiku Abubakar et le Sud-Africain Jacob Zuma ont consacré leur vie à la politique, gagné la vice-présidence, puis dégringolé - à coup d'accusations de pots-de-vin - du piédestal menant à la magistrature suprême. Avant de rebondir et de se remettre en selle. Leurs parcours se ressemblent étrangement. Leurs deux pays également, qui passent pour être les puissances économiques du continent, gangrenées par la violence et en lutte acharnée contre la corruption.
Atiku Abubakar et Jacob Zuma sont arrivés à un moment charnière de leur carrière politique, en guerre ouverte avec les présidents Olusegun Obasanjo et Thabo Mbeki, constitutionnellement tenus de quitter le pouvoir, respectivement en avril 2007 et avril 2009. Refus de passer la main trop facilement ? Craintes pour l'avenir des pays qu'ils ont dirigés pendant sept ans ? Seule certitude : le profil des deux chefs d'État ne correspond en rien à celui de leurs désormais ex-poulains.
Nés à quatre ans d'écart, l'un en 1942 dans le KwaZulu Natal, l'autre en 1946 dans l'Adamawa State, Jacob Zuma et Atiku Abubakar ont accédé à la vice-présidence quasiment en même temps. Choisi par le Congrès national africain (ANC, au pouvoir) sur le ticket Mbeki, le premier arrive au pouvoir le 17 juin 1999, tandis que le second avait fait son entrée au gouvernement fédéral d'Abuja le 29 mai de la même année. Très vite considérés comme de potentiels successeurs, ils confortent leurs statuts en rempilant avec leurs aînés pour un second mandat (2004 pour Zuma, 2003 pour Abubakar). Populaires, charismatiques, originaires de régions puissantes bien qu'en marge du pouvoir central, les deux hommes ont tout pour plaire à leurs électorats respectifs. Zuma, pacificateur du KwaZulu Natal au début des années 1990, peut permettre à l'Afrique du Sud d'être dirigée par un Zoulou, après quinze ans de « règne » xhosa. Abubakar, lui, vient de la partie nord-est du Nigeria, majoritairement terre d'islam, et bénéficie du soutien - direct ou indirect - des dirigeants du Nord, qui appellent de leurs vœux un rééquilibrage de la donne politique en leur faveur, à défaut de profiter directement de la manne pétrolière concentrée dans le Sud. Mais la transition n'est pas aussi simple, et la justice s'en est mêlée. Fruit de complots organisés en haut lieu, par ceux-là mêmes qui les ont mis en selle, ou mauvaise conduite réelle ? Les deux hommes se sont en tout cas retrouvés accusés de corruption, à quelques mois d'échéances importantes.
La « vendetta » dont Abubakar estime avoir été l'objet s'est pour le moment calmée. Des rapports transmis par la présidence au Sénat lui reprochaient d'avoir volé 125 millions de dollars du Petroleum Development Trust Fund et d'avoir vendu une licence de téléphonie mobile moins chère qu'au prix du marché à une entreprise dans laquelle il est actionnaire. Le 28 novembre, la Haute Cour de Lagos a jugé que les accusations n'étaient pas suffisamment étayées pour donner lieu à des poursuites. Le 25 novembre, jour de son soixantième anniversaire, Abubakar avait déjà confirmé sa candidature à la présidentielle du 21 avril 2007. Non sans avoir insisté sur la prétendue haine d'Obasanjo à son encontre, depuis qu'il s'était opposé à une révision constitutionnelle qui aurait permis à l'ancien général de briguer un troisième mandat. Et non sans diviser le People's Democratic Party (PDP, au pouvoir), dont il a été exclu. Faisant cavalier seul, il estime néanmoins pouvoir rallier de nombreux suffrages.
Susceptible d'être soutenu par des leaders influents et des groupes d'électeurs de poids, Zuma est tout aussi populaire, malgré ses déboires autrement plus complexes avec la justice sud-africaine. Accusé de viol, puis de corruption, il est tiré d'affaire. Pour le moment seulement, car le procureur général n'a pas encore abandonné la bataille et pourrait bien faire comparaître à nouveau l'ancien vice-président, limogé par Mbeki en juin 2005. Resté numéro deux de l'ANC, Zuma a, comme Abubakar, crié au scandale et déclenché au sein du parti une guerre intestine qui pourrait avoir des conséquences désastreuses lors de sa conférence nationale prévue pour décembre 2007, quand les militants devront élire leur candidat à la présidentielle de 2009.
Mbeki et Obasanjo, qu'ils accusent de tous les maux, ne sont peut-être pas des faiseurs de destin. Mais Abubakar et Zuma, qui s'engagent dans une course contre la montre, auront-ils malgré tout le temps de parvenir à leurs fins ?

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