17/07/2005 à 00h:00 Par Cheikh
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« L'affrontement », « L'étau », « La journée des longs couteaux »... Les titres des quotidiens sénégalais du 15 juillet rivalisent de formules chocs pour marquer l'escalade dans le bras de fer qui oppose le président Abdoulaye Wade à son ex-homme de confiance et ancien Premier ministre Idrissa Seck. Dans la matinée de ce jour que certains ont qualifié d'« historique », ce dernier est convoqué et entendu par les limiers de la Division des investigations criminelles (DIC). Il n'en fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres. À Dakar ainsi qu'à Thiès (la ville située à 70 km de la capitale et dont il est le maire), ses partisans envahissent les rues, affrontent les forces de l'ordre et leurs gaz lacrymogènes. De par la qualité des protagonistes, c'est du jamais vu depuis l'époque où l'actuel chef de l'État affrontait le défunt régime socialiste, à la fin des années 1980. Et encore !
Les choses se sont emballées dans la soirée du 13 juillet, lorsque Wade, profitant d'un meeting, annonce qu'il a transmis à la justice le rapport de l'Inspection générale d'État sur les « chantiers de Thiès » (voir pages 48-50), et que Seck devra bientôt s'expliquer devant les tribunaux sur l'utilisation de quelque 40 milliards de F CFA.
L'ancien chef du gouvernement, qui n'attend pas d'en arriver là avant de dire sa part de vérité, rompt le silence dans lequel il s'était emmuré depuis son limogeage, le 21 avril 2004, proclame son innocence dans une déclaration qu'il lit sur un ton solennel à l'antenne des radios privées. Et tient dans l'après-midi du 14 juillet une conférence de presse où l'humour, la dérision et les références au Coran font apparaître un homme détendu, sûr de son fait, prêt à combattre. « Je n'ai pas peur de la prison, lance-t-il notamment. Elle sera pour moi un raccourci vers le palais. »

Face à ce qui passe pour une « provocation », le pouvoir réagit sans attendre, et envoie quatre éléments de la DIC à son domicile dakarois pour le cueillir. L'un de ses avocats, Boucounta Diallo, réussit cependant à différer l'échéance jusqu'au lendemain, invoquant l'heure tardive de la convocation. Mais le 15 juillet, pendant que Seck répond aux questions de la DIC, l'Assemblée nationale s'affaire à réactiver la Haute Cour de justice (HCJ), dont la composition a été arrêtée en février 2002. Compétente pour connaître des crimes et délits commis par les membres du gouvernement dans l'exercice de leurs fonctions, la HCJ s'apprête donc à juger celui que Wade appelait « mon fils ». Ce sera l'une des toutes premières fois dans l'histoire politique du Sénégal qu'un ancien Premier ministre sera traduit en justice.

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