Paul Derreumaux : « Les banques panafricaines sont des pionnières de l’intégration »

Par Jeune Afrique

Paul Derreumaux est administrateur du holding Bank of Africa. © Vincent Fournier/JA

Témoin de la vaste conquête panafricaine, le fondateur de BOA explique comment le secteur bancaire favorise le développement des sous-régions du continent.

Après avoir lancé Bank of Africa (BOA) en 1982, Paul Derreumaux en a fait un véritable groupe panafricain, désormais contrôlé par le marocain BMCE. Cet observateur privilégié des évolutions du secteur bancaire du continent reste administrateur du holding BOA et président des filiales malienne et française.

Propos recueillis par Nicolas Teisserenc.

Jeune afrique : L’expansion des banques panafricaines connaît-elle un coup d’arrêt ?

Paul Derreumaux : Tout à fait, depuis deux ans, et ce pour deux raisons. Tout d’abord il faut digérer l’énorme mouvement d’expansion auquel on a assisté entre 2005 et 2010. Ce fut notamment le cas des banques marocaines et d’Ecobank. Ensuite, cette dynamique et le respect de la réglementation exigent des fonds propres très importants. Il faut du temps pour accumuler le capital nécessaire. Au Maroc et, de manière encore plus visible, au Nigeria, les banques centrales y veillent.

Quelle logique justifie une telle expansion ?

Il s’agit de construire de grands réseaux pour atteindre une taille critique et réaliser des économies d’échelle, de répondre aux besoins des grands acteurs économiques et de s’imposer sur des marchés à fort potentiel. C’est grâce à cette stratégie que le système bancaire subsaharien est devenu crédible. Il finance la croissance tout en étant l’un de ses moteurs ; il fait progresser la bancarisation et aide les entreprises à se moderniser. Les banques suivent ainsi leurs principaux clients, qui développent tous une approche régionale. Leur essor est facilité par le fait que beaucoup d’aspects du modèle bancaire sont quasi semblables dans l’ensemble des pays subsahariens, même s’il existe des différences entre les zones anglophone et francophone.

N’y a-t-il pas un problème d’intégration régionale, traditionnellement faible en Afrique ?

C’est aux entreprises de prendre en main l’intégration économique, les banques sont des pionnières en la matière. Il est donc souhaitable que les groupes régionaux aillent plus loin et jettent des ponts entre plusieurs zones. Les établissements bancaires, par leur présence simultanée dans l’UEMOA [Union économique et monétaire ouest-africaine] et la Cemac [Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale], contribueront à transformer ces deux zones en un espace économique et financier intégré.