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Mention bien pour les étudiants subsahariens

Écrit par Yasmina Lahlou

Persévérants, travailleurs et ambitieux, ils jouissent d'une excellente image auprès des enseignants. Mais leur vie quotidienne n'est pas de tout repos.

Depuis quelques années, le nombre d’étudiants subsahariens inscrits dans les établissements publics marocains connaît une progression continue. En 2005-2006, ils étaient déjà 4 821 sur un total de 7 038 étudiants étrangers, contre 1 040 en 1994-1995. Aujourd’hui, ils sont plus de 7 500 sur quelque 10 000 étudiants originaires d’une trentaine de pays. Outre les Mauritaniens et les Sénégalais, majoritaires, on dénombre des Togolais, des Maliens, des Comoriens, des Burkinabè, des Cap-Verdiens, etc.
Si les étudiants viennent essentiellement des pays francophones d’Afrique de l’Ouest, le royaume chérifien s’ouvre progressivement aux pays lusophones et anglophones. Dans cette optique, l’Agence marocaine de coopération internationale (AMCI)1, chargée de l’accueil et de l’encadrement des étudiants étrangers, prévoit un cursus de mise à niveau en français dont bénéficient chaque année environ deux cents d’entre eux. Des cours optionnels d’arabe sont également dispensés gratuitement pour favoriser l’accès des jeunes à la culture locale. Les jeunes gens venus d’Afrique subsaharienne ont d’abord été sélectionnés dans leur pays d’origine puis, sur dossier, par l’AMCI. Sur le plan pédagogique, ils jouissent d’une excellente image auprès des enseignants, qui reconnaissent volontiers leurs mérites : ils sont persévérants, travailleurs et ambitieux. En témoigne, par exemple, le taux de réussite aux examens des diplômés du troisième cycle : 70 % !
« L’engouement des étudiants subsahariens pour le Maroc, explique-t-on à l’AMCI, est dû aux liens historiques et traditionnels entre Rabat et plusieurs pays africains, à la priorité accordée par le royaume à la coopération Sud-Sud et à la qualité et à la diversité des formations proposées. » Le royaume propose en effet un large éventail de formations. La Confédération des élèves, étudiants et stagiaires africains au Maroc (Cesam) a recensé pas moins de 370 établissements publics et privés offrant des possibilités d’accueil aux étrangers. Parmi les filières les plus prisées : médecine, lettres, sciences juridiques, économie, écoles d’ingénieurs, ainsi que certaines formations techniques en tourisme ou en agriculture.
Si l’attrait du Maroc est indéniable, le quotidien d’un certain nombre d’étudiants n’en est pas pour autant facile. Certes, leurs problèmes sont les mêmes que ceux de tout expatrié (déracinement, isolement), mais à cela s’ajoutent d’autres difficultés.
Le coût de la vie est relativement élevé dans les grandes villes. Même pour ceux qui bénéficient d’une bourse, une aide financière parentale est souvent nécessaire. Il arrive même que les deux cumulées ne suffisent pas. Entraide, solidarité, débrouille et petits boulots sont alors de mise pour mettre un peu de beurre dans les épinards. Des étudiantes burkinabè ou ivoiriennes proposent par exemple, contre 100 ou 200 dirhams, de faire « la coiffure rasta », ces tresses africaines qui ont la cote auprès des lycéennes marocaines. En outre, nombre de Subsahariens se disent victimes de discrimination sociale, voire de racisme, et se sentent ghettoïsés. Ainsi doivent-ils, lorsqu’ils trouvent un propriétaire qui ne rechigne pas à leur louer un logement, cohabiter avec un ou plusieurs de leurs compatriotes dans des conditions sommaires. Et subir des relations tendues avec le voisinage. Motifs de récrimination les plus couramment invoqués par la population locale : « Ça sent toujours mauvais chez eux. Ils cuisinent avec des épices très odorantes. » Ou encore : « Il y a déjà bien assez de misère et de harragas [candidats à l’émigration clandestine] chez nous sans qu’ils viennent en rajouter ! »
Car beaucoup de Marocains pensent que l’objectif des A’zzias (terme à connotation raciste désignant les Noirs) est de rejoindre l’Espagne, créant ainsi un amalgame entre les ressortissants légaux et les clandestins. Après les drames de Ceuta et Melilla en 2005, le Maroc reste une zone de transit où ont été installés de nombreux camps de rétention, à Tanger, Oujda et Tétouan notamment.

Les atouts du royaume
Face à la multiplication des contrôles d’identité, les étudiants subsahariens doivent se munir en permanence de leur carte de séjour. « Je comprends que l’on me contrôle au sein d’une gare ou dans la rue, mais de là à nous demander nos papiers d’identité dans une buvette en face de la faculté, cela devient de l’acharnement », témoigne Josias, un étudiant togolais, dans le quotidien national Libération. Entre racisme et indifférence, tel est le quotidien de ceux que les Marocains appellent « les Africains » (comme si eux-mêmes ne l’étaient pas).
En dépit de ces « points noirs », le Maroc a néanmoins des atouts incontestables susceptibles d’attirer les étudiants originaires des pays du Sud-Sahara. Ceux qui allaient traditionnellement poursuivre leurs études au Togo ou en Côte d’Ivoire – culturellement et géographiquement plus proches -, avant que ces pays ne soient secoués par des troubles politiques, se sont rabattus sur le royaume chérifien, situé à la pointe nord-ouest du continent, limitrophe de la Mauritanie et de l’Algérie, et plus stable politiquement que ses voisins. L’espace Schengen, lui, est devenu presque inaccessible, les consulats du Vieux Continent délivrant des visas au compte-gouttes.
Mais cet engouement s’explique aussi par le fait que le système pédagogique marocain, conforme aux normes internationales, facilite la mobilité interuniversitaire et l’insertion professionnelle. L’enseignement est dispensé en français dans la plupart des filières et les diplômes délivrés sont reconnus dans de nombreux pays. Par ailleurs, le Maroc mène une politique active de coopération avec les pays du continent ; la formation y est financée en grande partie par l’État puisqu’elle relève du ministère des Affaires étrangères. Le nombre d’inscriptions et de bourses est fixé par quota et dépend des liens diplomatiques entretenus avec le pays d’origine. Enfin, le Maroc est conscient qu’en formant l’élite africaine de demain il contribue à son propre rayonnement et que, de retour chez eux, où ils brigueront des postes à responsabilités, ces cadres de haut niveau formeront un réseau « marocophile ».

1. L’Agence leur alloue une bourse de 750 dirhams par mois (46 000 F CFA, soit 70 euros), qui s’ajoute à celle que la plupart des étudiants reçoivent de leur propre pays.
Pour en savoir plus : www.amci.ma

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