Djibouti : en attendant le réveil de Tadjoura

Chantier du port minéralier, qui doit voir le jour à la fin de 2015. © Halloyta Abou

La deuxième ville du pays, qui envoûta Rimbaud et Henri de Monfreid, mais où la vie est devenue plutôt languissante, possède un réel potentiel touristique et halieutique.

De l’autre côté du golfe, face à Djibouti, la ville aux sept mosquées, qui fascina Arthur Rimbaud, est à la recherche de sa splendeur passée. Évoquée déjà dans les récits d’Ibn Battuta, le grand voyageur arabe du XIVe siècle, Tadjoura est célèbre pour avoir accueilli quelques-uns des premiers compagnons du Prophète, au temps de la fondation de l’islam.

Mais le transfert, en 1896, du chef-lieu de la colonie française d’Obock à Djibouti scella le destin de la cité : elle se retrouva dans l’ombre du port, construit dans la nouvelle capitale par le gouverneur Léonce Lagarde, qui allait détourner l’essentiel des activités commerciales 130 km plus au sud.

Plaies

Dans la région, 59 % des jeunes de 17 à 34 ans sont au chômage.

Durement frappée par la guerre civile des années 1991-1994, qui causa la destruction de son minaret le plus emblématique, la ville blanche panse doucement ses plaies.

Si la « route de l’Unité », réalisée par des ingénieurs yougoslaves, a permis son désenclavement, cette région de 87 000 habitants reste la plus touchée par le chômage, avec 59 % des jeunes de 17 à 34 ans inemployés, dont beaucoup de diplômés.

« La force des attaches familiales et sentimentales est telle que nombre de ceux qui ont étudié à Djibouti reviennent à Tadjoura à l’issue de leur cursus, explique un enseignant. Le drame, c’est que l’économie locale ne leur offre pas suffisamment de débouchés. »

Glace

À ce mal endémique s’en ajoute un autre : la sédentarisation des pasteurs nomades afars, qui ont perdu l’essentiel de leur cheptel lors de cinq années de sécheresse consécutives (de 2009 à 2013).

La ville et la région disposent pourtant de réelles potentialités touristiques, agricoles et halieutiques, encore largement inexploitées. « Les pêcheurs ne sortent que quelques heures par jour et en sont restés au stade de la pêche artisanale. Pourtant, ils ne demandent qu’à travailler, explique le commissaire (l’équivalent du préfet) Abdel Malik. Le problème, c’est qu’ils ne possèdent pas de glace réfrigérante pour conserver leurs prises en haute mer. » La France promet depuis des années de fournir le matériel adéquat. Mais rien ne vient…

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Port en eau profonde

Un élément pourrait changer la donne : la construction d’un port minéralier en eau profonde. Financé par le Fonds arabe pour le développement économique et social et le Fonds saoudien pour le développement à hauteur respectivement de 61 millions de dollars (environ 45 millions d’euros) et de 25 millions de dollars, cet important projet, d’une capacité de stockage de 8 millions de tonnes par an, verra le jour fin 2015. Les travaux, qui ont commencé en décembre 2012, sont menés par une société chinoise, Baoye Hubei Construction Group.

L’ouvrage permettra d’évacuer la potasse éthiopienne de la région voisine du Tigray, dont les réserves sont estimées à plusieurs centaines de millions de tonnes. La construction de la route destinée à l’acheminement du minerai accuse, quant à elle, un certain retard que les autorités espèrent combler rapidement.

L’entrée en service du port minéralier ne réglera certes pas tous les problèmes. Mais elle donnera un coup de fouet à l’économie locale et renforcera l’attractivité de la ville. Avec, à la clé, plusieurs milliers d’emplois. Pour Tadjoura la belle endormie, plus qu’une lueur d’espoir, c’est peut-être la promesse d’un renouveau.

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