Cameroun : guerre d’actionnaires chez IBC

Adolphe Moudiki est le patron de la Société nationale des hydrocarbures. © Kepseu Jean Pierre

Déficitaire, International Business Corporation, le spécialiste camerounais des métaux industriels est au coeur d'un bras de fer entre son fondateur Léopold Ekwa Ngallé et la Société nationale des hydrocarbures, dirigée par Adolphe Moudiki.

Mise à jour du 7 juillet 2014 à 19h17CET : Ajout de la réaction des actionnaires fondateurs (texte en encadré)

Il y a, d’un côté, la puissante Société nationale des hydrocarbures (SNH), qui gère les intérêts de l’État camerounais dans le secteur pétrolier, dirigée par Adolphe Moudiki. Et, de l’autre, Léopold Ekwa Ngallé, propriétaire du holding d’investissement LEN Holding. Depuis fin avril, les deux parties se livrent une guerre sans merci pour le contrôle d’International Business Corporation (IBC), spécialiste camerounais des aciers et métaux industriels créé en 1993 par Ekwa Ngallé et codétenu à 61 % par la SNH depuis 2007.

Les actionnaires fondateurs réagissent

Suite à l’enquête ci-contre, nous avons reçu du PDG Léopold Ekwa Ngallé, agissant au nom des fondateurs, une réaction dans laquelle il insiste sur la responsabilité de la SNH dans la dégradation de la situation d’IBC sur les plans financier, réputationnel et commercial. Le déficit mentionné dans notre article ne saurait être, d’après M. Ekwa Ngallé, le fait des actionnaires fondateurs qui ont réussi le pari, « au prix de 14 ans d’efforts, de sacrifices et d’attachement à une qualité de service de transformer le capital initial de dix millions en des actifs de plus de deux milliards. »

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Rayonnement sous-régional

Seule société d’Afrique centrale à posséder, depuis 2010, une usine de transformation – un investissement de 4,8 milliards de F CFA (7,3 millions d’euros) essentiellement financé par la SNH -, l’entreprise avait vocation à rayonner dans toute la sous-région. Las, IBC n’a jamais atteint cet objectif, et son usine n’a jamais tourné à plein régime. La société, déficitaire, a vu sa situation se dégrader au cours des trois dernières années, si bien que les dirigeants ont dû arrêter l’activité de l’usine et mettre plus de 150 personnes au chômage. Fin 2012, les pertes cumulées d’IBC s’élevaient à 2,7 milliards de F CFA.

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Explications de Léopold Ekwa Ngallé : « Il fallait constituer un important fonds de roulement et acheter suffisamment de matière première pour entamer la production. Nous nous sommes tournés vers la SNH afin qu’elle produise une lettre de confort auprès des banques, en vain. » Faux, rétorque-t-on du côté de l’actionnaire majoritaire : « Nous avons fait des avances de plusieurs milliards de F CFA et produit des lettres de garantie sans que l’on sache à quoi a servi cet argent. »

Évincé

Résultat : la SNH a décidé de reprendre les choses en main. Le 28 avril, elle a nommé un nouveau président du conseil d’administration, Bernard Bayiha, puis, un mois plus tard, un directeur général, Antoine Bikoro Alo’o, évinçant ainsi Léopold Ekwa Ngallé de son fauteuil de PDG. Sentant le coup venir, le patron de LEN Holding avait saisi dès juillet 2012 la Cour commune de justice et d’arbitrage de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada), à Abidjan. Le 15 janvier, le tribunal arbitral lui a donné tort et l’a condamné à payer plus de 2,2 milliards de F CFA à la SNH, une décision contre laquelle il a déposé un recours. En attendant, le conseil d’administration a proposé une augmentation de capital de 4 milliards de F CFA.