Où s’arrêtera Atlas Mara ?

Par Jeune Afrique

Ashish Thakkar (à gauche) et 'Bob' Dimaond sont à l'origine du fonds. DR ©

Fondé en décembre 2013, le holding d'investissement sera bientôt présent dans six pays d'Afrique subsaharienne. Et ne semble pas vouloir s'en tenir là...

Qui n’a pas entendu parler d’Atlas Mara ? En à peine plus de six mois, ce holding coté à Londres a levé plus de 600 millions de dollars (441,3 millions d’euros) avec un programme simple : acquérir et consolider des participations dans des banques en Afrique subsaharienne (hors Afrique du Sud). Et une ambition : en tirer 20 % de rentabilité annuelle.

Et Atlas Mara Co-Nvest a déjà réalisé une partie de la promesse faite à ses souscripteurs (seuls deux d’entre eux sont connus, Clough Capital et Owl Creek Asset Management, des hedge funds américains qui détiennent respectivement 10,8 % et 8 % de la structure), à savoir boucler en moins d’un an au moins un rachat de banque africaine. Le holding a même fait mieux en reprenant deux établissements.

Bientôt présent dans six pays, Atlas Mara figurerait déjà, avec les 1300 millions d’euros de total d’actifs de BancABC, parmi les 200 premières banques du continent.

Acquisitions

En mars, il annonçait les acquisitions de BancABC, un groupe régional situé au Botswana, et de la société d’investissement allemande African Development Corporation (ADC), également actionnaire de BancABC (47,1 %) et d’Union Bank of Nigeria (9,1 %).

Ce qui lui a permis de prendre pied dans cinq pays d’Afrique orientale et d’Afrique australe tout en posant une option sur le marché nigérian. Quelques semaines plus tard, Atlas Mara s’emparait de la branche commerciale de la Banque rwandaise de développement (BRD), fruit d’un démembrement de la banque publique et cédée par le gouvernement.

Bientôt présent dans six pays, Atlas Mara figurerait déjà, avec les 15,8 milliards de pulas botswanais (près de 1,3 milliard d’euros) de total d’actifs de BancABC, parmi les 200 premières banques du continent. « Atlas Mara a démontré trois qualités, décrypte un banquier londonien. D’abord, sa rapidité pour identifier des cibles. Ensuite, son habileté à négocier, le prix payé pour BancABC se situant dans le bas de la fourchette d’estimations. Enfin, sa capacité à attirer des talents, clé de la réussite opérationnelle. » Sur ce point cependant, la communauté bancaire africaine reste dubitative, consciente que l’aptitude à gérer ces participations sera cruciale.

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Talents

Sur qui Atlas Mara peut-il compter ? Le holding est surtout issu de la stratégie du banquier anglo-américain Robert Diamond, via sa structure Atlas Merchant Capital. Son partenaire initial, Mara Group, société familiale dirigée par l’Anglo-Ougandais Ashish Thakkar, active dans les technologies de l’information, n’a aucune compétence opérationnelle dans la banque.

« Bob » Diamond, lui, maîtrise le métier. Débarqué de la direction de Barclays, l’un des plus grands groupes bancaires mondiaux, lors du scandale du Libor (une affaire de manipulation de ce taux interbancaire calculé à Londres), il avait gagné ses lettres de noblesse en rendant incontournable la banque d’investissement de Barclays.

Atlas-Mara JA2790À ce duo se sont ajoutés le Nigérian Arnold Ekpe, ex-directeur général d’Ecobank devenu président d’Atlas Mara, et deux directeurs non exécutifs, le Nigérian Tonye Cole, cofondateur de Sahara, spécialisé dans l’énergie en Afrique de l’Ouest, et l’Américaine Rachel Robbins, ancienne directrice juridique de la Société financière internationale (IFC).

Pour étoffer son équipe, Atlas Mara a aussi recruté Jyrki Koskelo comme directeur de la stratégie. Spécialiste du secteur bancaire africain, le Finlandais a piloté les investissements de la filiale du groupe Banque mondiale dans le domaine, à commencer par Ecobank. Et John Vitalo, qui dirigeait les activités de banque d’investissement de Barclays en Afrique, a été nommé directeur général d’Atlas Mara. Une « équipe sans équivalent », selon Arnold Ekpe.

Intentions

Il est peu probable qu’elle arrête sa politique d’acquisition à ce stade. Le Nigeria est ainsi l’une de ses cibles officielles. D’après un administrateur d’Ecobank, Atlas Mara aurait déposé une offre sur les 10,4 % de capital de la banque panafricaine détenus par Amcon, la structure de défaisance mise en place par la Banque centrale du Nigeria. Un businessman sud-africain estime qu’opérer « un coup de force sur Ecobank, à travers une alliance avec PIC [premier actionnaire du groupe, avec 18,2 %] ou via une offre publique d’achat sur les minoritaires, paraît envisageable ».

Interrogé sur les intentions d’Atlas Mara à l’égard d’Ecobank, Ashish Thakkar a refusé de répondre, déclarant que « les spéculations servent à tout le monde, y compris aux cibles potentielles ». Arnold Ekpe, lui, estime qu’Atlas Mara « n’a pas l’intention d’imiter le modèle d’Ecobank »… Les 450 millions de dollars dont le holding dispose en banque ne lui suffiront pas pour s’offrir l’établissement.

Mais l’acquisition de la branche commerciale de la BRD intrigue par sa taille modeste. Selon un banquier installé à Londres, « cet établissement rwandais servira de laboratoire. Atlas Mara y testera un modèle fondé non pas sur le déploiement d’agences, mais sur les nouvelles technologies, grâce auxquelles l’encadrement entend concurrencer les acteurs traditionnels. Et l’association avec Mara Group, qui entretient des relations avec les opérateurs télécoms à travers sa filiale Mara Ison, entre dans cette logique ». Un début d’explication sur le modèle qu’Atlas Mara appliquera ? À suivre…

Diamond l’Africain

Le banquier n’a pas découvert le continent en 2013. Dès 2011, il faisait la promotion du potentiel africain dans une tribune publiée par le magazine britannique The Economist dans son édition annuelle. Patron de Barclays, l’une des banques européennes les plus présentes sur le continent, il a été l’artisan de sa stratégie africaine.

Arrivé aux commandes de l’établissement en 2011, il lance le programme « One Bank in Africa », qui prévoit de revendre les filiales africaines de Barclays au sud-africain Absa, dont la banque britannique a acquis 56% en 2005. Sur un plan personnel, Bob Diamond a également mis en place la Diamond Family Foundation, qui soutient de nombreux projets caritatifs sur le continent.

Nicolas Teisserenc