Sankara et la France : secrets de famille

Écrit par Frédéric Lejeal

Les archives confidentielles de l'ambassade de France à Ouagadougou révèlent la véritable nature des relations franco-burkinabè.

Incompréhension mutuelle, défiance, chantages diplomatiques ainsi pourrait-on résumer les relations entre le Burkina de Thomas Sankara et la France de 1983 à 1987. Elles ne pouvaient d’ailleurs commencer plus mal, le fougueux capitaine rendant l’ancienne puissance coloniale directement responsable de son arrestation, le 17 mai 1983, alors qu’il était Premier ministre de Jean-Baptiste Ouédraogo. Principal visé : Guy Penne, le conseiller de François Mitterrand aux affaires africaines qui partage depuis peu son bureau avec Jean-Christophe Mitterrand au sein de la cellule africaine de l’Élysée. Il faut dire que, pour Paris, Thomas Sankara est un très mauvais scénario. Après le coup d’État du 4 août 1983, la France devient la principale cible de la rhétorique révolutionnaire. Conspuée dans des discours ou l’anti-impérialisme perle à chaque phrase, celle-ci fait l’objet des plus vives critiques. Dans le discours d’orientation politique prononcé par le bouillonnant capitaine le 2 octobre 1983, elle est même accusée de s’être rendue coupable, vingt-trois années durant, « d’exploitation et de domination impérialistes ».
Savamment orchestrée le jour, la rupture sémantique fait néanmoins place à un discours plus policé la nuit venue. Pour le chef du CNR, un seul impératif : critiquer Paris pour satisfaire les extrémistes de son camp, mais éviter le point de non-retour avec la France. En poste à partir de novembre 1983 à la suite du renvoi de son prédécesseur réclamé par le pouvoir burkinabè, le nouvel ambassadeur, Jacques Le Blanc, est en première ligne pour juger de cette attitude schizophrénique, sans pour autant cautionner à tout prix la politique française. Télex après télex, mais aussi dans son rapport de fin de mission – des documents auxquels Jeune Afrique a eu accès -, il ne cesse d’alerter son ministère de tutelle sur « les effets pernicieux » que le désintérêt des officiels français vis-à-vis de la révolution occasionne et « les dégâts » que les réserves à l’égard du régime ne manquent pas de provoquer. « Il convient de garder à l’esprit que la révolution voltaïque est plus l’aboutissement d’un processus amorcé en novembre 1980 qu’un nouvel avatar dans une succession de coups d’État sans lien entre eux », prévient-il dans une dépêche datée du 19 mars 1984.
Une relation complexe donc. Il est vrai que Paris n’a rien fait pour jouer l’accalmie, son attitude risquant à chaque instant de mettre le feu aux poudres. La preuve en est très vite apportée lors du sommet France-Afrique de Vittel, en octobre 1983. Alors que Sankara a décidé de s’y rendre pour « apprécier et évaluer » ce type de rencontre malgré l’opposition des orthodoxes du régime, il est accueilli à sa descente d’avion par Guy Penne. Une grave bévue protocolaire que le chef du CNR exploite à fond en refusant d’assister le soir même au dîner donné en l’honneur des chefs d’État africains.
Au gré des impératifs révolutionnaires, les accalmies alternent avec les moments de tension. Homme de la nuit, Sankara reçoit ses hôtes à une heure souvent tardive. L’ambassadeur de France est fréquemment « convoqué » à l’improviste à 22 heures, voire plus tard. « Venez à mon bureau, je vous y attends », lui commande Sankara. À chaque fois, le ton est posé mais ferme. Les reproches fusent. Le premier d’entre eux est que les autorités françaises ont tendance à « minimiser l’étendue et la cohérence de la révolution » (entretien lors de la remise des lettres de créance). Il l’ignore, mais à Paris le CNR est qualifié « d’équipe de militaires imprévisibles et marxisants aux décisions desservies par l’amateurisme et l’inconséquence, et peu soutenus par une population encore attentiste ». Assurément, pour les diplomates du Quai d’Orsay, cette révolution est temporaire, voire éphémère.

Sur le terrain, Le Blanc ne manque pourtant pas d’alerter sa hiérarchie sur les « risques de laisser progressivement glisser ce gouvernement vers des pays comme la Libye ». Et de prévenir sur la contagion possible du « phénomène Sankara » aux pays environnants. Dans un télex du 19 mars 1984, il explique : « [Il] a derrière lui, avec la jeunesse, toute la frange de la population qui descend volontiers dans la rue. Nul ne se hasarderait à contester le bien-fondé de cette révolution, de son inspiration, l’intégrité de ses dirigeants et le dévouement à la cause publique des membres du Comité. » En d’autres termes, « la mise en difficulté du régime signifiera sa radicalisation, soit sa résistance avec repli ou appui sur la base arrière ghanéenne avec une aide libyenne. C’est pourquoi tout ce qui pourrait gêner le régime actuel serait lourd de conséquences non seulement pour la Haute-Volta mais également pour l’ensemble de la sous-région. »
Pour mieux se faire comprendre, le chef du CNR n’hésite plus à user, au besoin, de la menace. À cet égard, l’affaire « Sigué » est révélatrice de la capacité de chantage diplomatique exercée par un pays démuni. Chargé de mission à la présidence burkinabè, Vincent Sigué est l’un de ces missi dominici occultes qui ne se déplacent jamais sans leur revolver. Il est arrêté lors d’une fouille à l’aéroport de Roissy. Le 10 janvier 1984, il est 21 heures lorsque Sankara demande à voir immédiatement l’ambassadeur. L’atmosphère est lourde. Le masque grave, le président du CNR, qui reconnaît les erreurs de Sigué, trouve « inacceptable » qu’une autorité étrangère puisse le juger. « Il appartient à nos camarades d’accomplir cette tâche. Nous exigeons son retour » (télex du 11 janvier 1984).
En cas de refus, les menaces seront plus précises. « La vie des Français de Ouagadougou ne sera, certes, pas mise en cause – jamais je ne me permettrai cela -, mais [ils] seront soumis à des limitations de l’ordre de celles dont M. Sigué fait actuellement l’objet », explique-t-il froidement. De quoi est-il question ? Ni plus ni moins d’assigner à résidence tous les Français expatriés. Si l’affaire sert de véritable test quant aux dispositions de Paris à l’égard de Ouagadougou, elle permet surtout aux autorités burkinabè d’exercer un « chantage inacceptable » pour faire valoir leur demande. Un chantage que la France entendra. Sigué sera relaxé quelques jours plus tard.

Plus que sa compréhension, le CNR attend de la France sa neutralité bienveillante, notamment en ce qui concerne les opposants burkinabè exilés sur son sol. Nombreuses sont les occasions de forcer Paris à coopérer sur ce dossier sensible. « Ne serait-ce que pour effacer l’affront fait par Guy Penne », souligne Sankara (entretien téléphonique du 27 janvier 1985). C’est ainsi qu’à cette date, le conseiller du président français reçoit régulièrement les listes mises à jour des noms et des adresses connus des opposants voltaïques établis dans l’Hexagone ainsi que les précisions sur ce qui leur est respectivement reproché. Sans le dire ouvertement, c’est leur surveillance et, le cas échéant, leur « neutralisation » qui est demandée.
« Nous ne vous demandons ni d’extrader ni d’expulser les intéressés, mais de vérifier la matérialité des griefs formulés à leur encontre par Ouagadougou et de leur faire comprendre qu’ils ne peuvent rester sur le territoire français s’ils ne mettent pas un terme à leur activité politique », explique Sankara.

Malgré cela, les mêmes opposants sont à l’origine de deux incidents diplomatiques majeurs. Le 3 février 1984, lorsque Le Blanc est froidement reçu par le ministre des Affaires étrangères, Arba Diallo, et le 8 mars, lorsque le même diplomate est promptement éconduit par Sankara avant que deux officiers français ne soient expulsés. Motif ? « Les sympathies de la France pour certains opposants qui jouent de réseaux d’amitié dont ils disposent dans les milieux de la majorité politique française » et qui « prépareraient une tentative de déstabilisation », explique Sankara à Le Blanc (dépêche du 19 mars 1984). Des propos qui visent clairement Joseph Ki-Zerbo, proche du Parti socialiste. « Nos relations sont empoisonnées par le reproche qui nous est fait de ne pas apporter de restriction aux agissements des opposants présents sur notre sol », explique le diplomate à son département (télex du 19 mars 1984). L’amertume est d’autant plus grande pour Sankara qu’il pensait obtenir des socialistes, au pouvoir depuis mai 1981, une certaine convergence de vues : « Tant que ces malentendus persisteront, les relations entre nos deux pays ne pourront s’améliorer », affirme pour sa part le ministre des Affaires étrangères, Arba Diallo, présent à l’entretien. De fait, la mise au jour d’un complot en juin 1984 ne fait qu’assombrir ce contexte. Alors que plusieurs conjurés sont exécutés, cette tentative donne lieu à des rencontres explosives entre Le Blanc et les plus hautes autorités burkinabè. Des entretiens dont « il n’apprécie guère la tonalité ». Il parle même « d’une mise en cause particulièrement déplaisante », notamment lorsque Jean-Baptiste Lingani lui affirme que « des soupçons pèsent sur la France » (télex du 13 juin 1984).
« Les relations entre nos deux pays vont-elles être encore longtemps soumises à ce qui me semble relever de l’obsession ? » lance-t-il au ministre. Problème : la tentative déjouée coïncide avec une visite officielle de Blaise Compaoré à Paris, qui reçoit un accueil polaire. Numéro deux du régime, il est à peine reçu au niveau ministériel. Quant au Parti socialiste, il refuse toute entrevue.
À Ouaga, Sankara s’interroge sur la sincérité de Paris vis-à-vis de son régime. « Lorsque je vois l’empressement de la France à aider la Guinée ou le Mali, je m’interroge sur sa volonté de nous aider », s’interroge-t-il lors d’un entretien avec l’ambassadeur le 14 septembre 1984. Sankara se lance dans un réquisitoire estimant, au final, que les relations entre les deux pays restent « mauvaises » : « La France répond par des actes hostiles aux ouvertures que nous faisons dans sa direction. Le Parti socialiste, qui n’a jamais démenti son soutien à Ki-Zerbo, a infligé un camouflet à Blaise []. Vous vous contentez d’une situation de clandestinité avec nous. L’ostracisme dont nous faisons l’objet de la part des autorités françaises qui sillonnent l’Afrique suscite ici de très sérieuses questions. »

Sans emportement, Sankara renchérit : « Comment nos rapports peuvent-ils s’améliorer ? Avons-nous une chance d’établir une compréhension mutuelle si la France se dérobe indéfiniment au dialogue ? Qu’avez-vous contre notre révolution ? Le discours tiers-mondiste de François Mitterrand [à Cancún au Mexique en 1982, NDLR] ne sert-il qu’à l’usage interne français et implique-t-il vraiment que, pour ce qui est de l’Afrique, on ne puisse bénéficier de la considération de la France que si l’on reste dans son giron ? »
Médusé, son interlocuteur rétorque : « Monsieur le Président, le double langage et certaines dérives en matière de libertés individuelles et de droits de l’homme ne constituent pas forcément de grands éléments de séduction pour nous. Nous avons, par exemple, lieu de nous inquiéter sur la place que prennent certains pays étroitement liés à l’Union soviétique. »
« C’est le droit du Burkina de s’adresser à ces pays. Mais c’est aussi celui de la France de s’inquiéter de ce qui pourrait résulter de ces rapprochements. [] Le double langage existe également du côté français. Les médias en particulier ont une attitude plus que déplaisante. Le correspondant de l’AFP est toujours à l’affût de ce qui ne va pas ici. Seule RFI affiche un louable souci d’objectivité. En matière de droits de l’homme, nous n’avons de leçons à recevoir de personne. Les exécutions du 11 juin sont une réponse à une tentative de déstabilisation qui aurait coûté beaucoup plus de vies humaines que celles des fusillés. En ce qui concerne les relations avec le bloc soviétique, nul n’a le droit de penser qu’elles ne sont pas conformes à un souci d’alignement. Si la France avait le souci d’être aussi présente que ces pays, il est bien évident que les orientations qui vous préoccupent ne connaîtraient pas le développement actuel. » Et Sankara d’ajouter : « Je suis profondément déçu par la France. »
À la fin de l’entretien, l’ambassadeur lance, comme pour le tester :
« Dois-je en tirer la conclusion que vous jugez la situation irrémédiable ?
– Bien sûr que non ! Je suis déçu, mais je ne veux pas désespérer. » En raccompagnant son hôte, il ajoute : « Je viens d’adresser un cadeau accompagné d’un petit mot à Jean-Christophe Mitterrand pour sa petite fille, dont je viens d’apprendre le baptême par Le Canard enchaîné. »
Radoucies, les relations franco-burkinabè ? Toujours est-il que Sankara continue d’exhorter Paris à reprendre le dialogue. « L’occasion est là. Il faut la saisir. Je n’aurai pas toujours les mains aussi libres qu’aujourd’hui. J’attends en échange une aide accrue en matière de coopération » (télex du 7 octobre 1984).

L’avenir n’arrangera rien à cette incompréhension, même si, « d’une entreprise incertaine, la réalité de la révolution est devenue incontournable en Afrique de l’Ouest », continue de soutenir l’ambassade. Volontairement ou non, la France se révèle incapable de satisfaire les revendications élémentaires des autorités burkinabè. Le 26 novembre, les directeurs des banques locales sont convoqués et se voient signifier que les transferts d’opérateurs économiques français sont suspendus jusqu’à nouvel ordre. « Aucune explication n’a été donnée sur les raisons de cette initiative liée, à n’en pas douter, à l’avertissement déjà intervenu dans le contexte des préoccupations que suscitent ici nos dispositions à l’égard du projet de construction de barrage sur la Kompienga », écrit Le Blanc (télex du 27 novembre 1984). En décembre, Ouaga prend parti pour l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, position affichée dans une lettre adressée à Edgar Pisani, nommé délégué du gouvernement français dans le territoire d’outre-mer, et ami de Sankara.
L’apartheid est un autre sujet d’intenses frictions. Le Burkina voit d’un très mauvais il la visite en France d’abord du Premier ministre sud-africain Pieter Botha (juin 1984), puis celle du ministre des Affaires étrangères, Pik Botha (février 1985). Aussitôt, il adresse une lettre à François Mitterrand pour dénoncer « une complaisance coupable » (télex du 15 février 1985). Parallèlement, une protestation est envoyée au président de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), le Tanzanien Julius Nyerere. « C’est l’une de ces foucades dont le régime burkinabè est coutumier. La publicité donnée à ces initiatives [les lettres ont été lues sur les ondes nationales] est tout aussi inadmissible », estime l’ambassadeur (télex du 16 février 1985). Sur l’insistance de l’Union soviétique, certains partis d’obédience communiste, qui comptent des ministres au gouvernement, exigent du chef de l’État qu’il rompe les relations diplomatiques avec la France.
Reçu le 27 février, deux semaines après sa demande d’audience, l’ambassadeur affronte un Sankara hors de lui. « Je ne comprends pas que vous receviez un homme aux mains dégoulinantes du sang des Noirs d’Afrique du Sud alors que vous avez refusé de recevoir Blaise Compaoré sous prétexte que ses mains dégoulinaient d’un sang dont je ne vois pourquoi je devrais avoir honte. » À l’issue de l’entretien, le chef de la révolution espère toutefois que les relations du Burkina avec la France ne pâtiront pas de cet incident : « Notre initiative répond avant tout au souci de parler à l’Afrique. » Le Blanc l’avertit : « Prenez garde contre les répercussions que de telles sorties sont susceptibles d’avoir sur les dispositions de la France » (télex du 28 février 1985).

Mais la rupture est toujours soigneusement évitée. Bien que Sankara persiste dans le registre inquisiteur (lors d’un nouvel entretien avec l’ambassadeur le 13 juin 1985, il accuse la France d’armer le régime malien de Moussa Traoré), il réaffirme lors d’une autre entrevue, le 24 septembre 1985, que le Burkina est lié à la France par « tant d’attaches ». Le Blanc prétexte de la conférence internationale sur l’arbre et la forêt organisée à Paris en février 1986 pour lui suggérer de se rendre en France. Sankara accepte avec, cependant, une priorité : rencontrer François Mitterrand. « C’est d’une importance déterminante sur les relations entre nos deux pays []. Je ne demande rien de compliqué ni de formaliste, mais simplement un tête-à-tête sans cérémonie » (entretien téléphonique du 5 décembre 1985). Quelques mois plus tard, le chef de la révolution assiste bien à cette conférence, mais il ne pourra rencontrer son homologue.
La défiance redevient une norme de comportement tout au long de l’année 1986, en particulier à partir du mois d’août, alors que se tendent les rapports avec la Côte d’Ivoire et le Togo. La thèse du complot extérieur bat son plein. À Paris, l’heure est à la cohabitation. Si le Burkina n’est pas « d’un intérêt majeur pour la France », selon Jean Audibert, conseiller de François Mitterrand chargé des affaires africaines, ce pays fait malgré tout l’objet d’une « surveillance ».
En août 1986, Le Blanc, qui n’a plus de contact avec Sankara depuis plusieurs semaines, fait l’objet d’une demande de rappel immédiat, sans explication. Une requête qui n’aboutira pas, mais qui illustre la nervosité du CNR alors que la révolution se heurte à un nombre croissant d’écueils. La crispation atteint son paroxysme en novembre 1986, lors de la visite officielle de François Mitterrand à Ouagadougou, le 17 novembre, au lendemain du sommet France-Afrique de Lomé. « Cette venue devrait permettre de faire craquer le vernis révolutionnaire. Sankara ne ménagera pas ses attentions », estime le diplomate (télex du 7 novembre 1986). Des attentions certes, mais aussi un échange aigre-doux improvisé lors du dîner officiel. Tantôt chaleureux, tantôt virulent, Sankara interpelle son hôte sur le registre de la lutte antiapartheid. La réponse de Mitterrand ne se fait pas attendre : « C’est un homme dérangeant, le capitaine Sankara. [] Il ne vous laisse pas la conscience tranquille []. J’admire ses qualités qui sont grandes, mais il tranche trop. Il va plus loin qu’il ne le faut. Je l’encourage mais pas trop. Ce n’est pas parce qu’il y a une jeune équipe dérangeante, quelquefois un peu insolente, au verbe libre, que nous devons faire moins et nous retirer sur la pointe des pieds []. Vous avez 35 ans, j’en ai le double, il vous faudra mûrir. » Malgré cette réponse, Mitterrand est furieux. En France, c’est une levée de boucliers de la part des parlementaires qui fustigent « l’impertinence » du président du CNR. En décembre, l’approbation par le Burkina d’une résolution proposée par les pays du Pacifique tendant à accorder une large autonomie à la Nouvelle-Calédonie est vécue comme résolument hostile. Sankara est de plus en plus vilipendé.
Faut-il y voir comme le début du déclin du chef du CNR ? En août 1987, une pause est décrétée dans la révolution. Jacques Le Blanc a terminé sa mission depuis le mois de juin. « La position du capitaine Compaoré est ambiguë », souligne-t-il dans son rapport de fin de mission : « On sait que c’est grâce à lui que le coup d’État d’août 1983 a réussi. Militaire dans l’âme, il affiche une répugnance pour les jeux politiques et se tient ostensiblement à l’écart de ces derniers, comme de la capitale, confortant ainsi la popularité [on dit Blaise mais Sankara] dont il jouit tant au sein de l’armée que dans l’opinion en se taillant progressivement un profil de recours ou d’arbitre au cas où » Prémonitoire ? Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est assassiné.