Le Maroc se penche sur son capital immatériel

Par Jeune Afrique

Le roi Mohammed VI célèbre ses 15 ans à la tête du Maroc. © Sipa

À l'initiative de Mohammed VI, le Maroc se penche sur la question du capital immatériel du pays, cette richesse que les indicateurs économiques habituels, PIB en tête, tendent à omettre. Cela tombe bien, la Banque mondiale place le royaume chérifien parmi les pays les mieux dotés dans ce domaine.

Dans son discours annuel le roi Mohammed VI a demandé à la Banque centrale et au Conseil économique, social et environnemental de mener « une étude permettant de mesurer la valeur globale du Maroc entre 1999 et fin 2013, prenant en compte le « capital immatériel » du pays.

Ce nouveau paramètre doit permettre d’estimer « la pertinence des politiques publiques et la portée de leur impact effectif sur la vie des citoyens ». Mohammed VI espère ainsi faire émerger une meilleure appréhension de la richesse du Maroc dans une perspective de lutte contre la pauvreté, la précarité et les « disparités sociales ».

L’épineuse question de la richesse des nations

La question de l’évaluation de la réussite de l’économie d’un pays anime depuis plusieurs années déjà les débats aussi bien chez les experts que chez les hommes politiques. La stricte notion de produit intérieur brut comme mesure absolue des performances d’une nation apparaît pour le moins incomplète. Contrairement à une idée répandue, le PIB ne désigne pas la richesse d’un territoire, mais sa production sur une période donnée.

Pour la Banque mondiale, le « capital immatériel » est la différence entre la « richesse totale » dérivée des consommations futures et le capital matériel et naturel d’un pays.

La richesse d’une nation est la somme de tous les actifs du pays. Lorsque la Banque mondiale a fait ce calcul, en 2005, en additionnant les « actifs tangibles » (également dénommés « richesse tangible » ou encore « capital matériel ») issus de l’activité humaine – actifs financiers, bâtiments, machines, terrains urbains, etc. – et les actifs naturels – matières premières brutes, terres agricoles, forêts, zones protégées -, elle s’est retrouvée face à un problème statistique.

En effet, l’institution internationale estime qu’en moyenne le rendement des actifs d’une nation, soit le ratio revenu/capital, tourne autour de 5 % par an. Or au niveau mondial, pour l’année 2005, le ratio PIB/richesse tangible tel qu’évalué par la Banque mondiale est de 17 %. Les résultats sont similaires pour 1995 et 2000, soit bien plus que les 5 % attendus. Le PIB étant un indicateur relativement fiable, une telle différence amène à s’interroger sur ce qui compose la « richesse » d’une nation telle qu’on la définit couramment. L’institution internationale en a conclu que cette dernière ne peut pas être assimilée aux seuls actifs matériels (« tangibles »).

Où est la « richesse des nations » ?

Ainsi, dans son rapport de 2005, « Where is the wealth of nations? », la Banque mondiale a posé les bases d’une nouvelle approche de la richesse des pays. Celle-ci n’est plus considérée comme la somme des actifs tangibles, mais plutôt comme le fruit d’un calcul complexe se basant sur les consommations futures des ménages, des entreprises et de l’État. La différence entre cette « richesse totale » dérivée de l’évalutation des consommations à venir et la « richesse tangible » telle qu’estimée par la Banque mondiale est le capital immatériel. 

Avec ce nouveau calcul de la richesse, le ratio « PIB/richesse totale » au niveau mondial est de 6,6% pour 2005, un chiffre plus proche des rendements ordinaires du capital. En 2005, la Banque mondiale estimait la richesse globale à 707 000 milliards de dollars, tandis que le capital immatériel atteignait lui 541 500 milliards de dollars, soit 76,5 % en proportion.

Le Maroc bien doté

D’après les chiffres de la Banque mondiale, le Maroc est doté d’un fort capital immatériel représentant près de 75 % de sa richesse globale en 2005, soit 712 milliards de dollars pour une richesse totale de 955 milliards. Un résultat qui se rapproche des 80 % affichés par les pays riches de l’OCDE.

Le royaume chérifien surperforme très largement les pays ayant un revenu par habitant similaire – États dans lesquels ce ratio se situe autour de 50 % – et les autres pays de la région, exception faite de la Tunisie, où cette proportion est proche de 80 %.

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Résidu d’un calcul complexe, les contours de cette notion restent encore flous et flexibles. Pour la Banque mondiale le capital immatériel se compose du « capital social, humain et institutionnel ». L’OCDE donne une définition plus large à ce qu’elle appelle « actifs intangibles », notion qui englobe tous les actifs qui n’ont pas une « matérialisation physique ou financière ».

Selon une étude de 2013 menée par l’institution basée à Paris, le capital humain représente à lui seul près des trois quarts de ce capital immatériel dans les pays riches.

Quand Mohamed VI annonce vouloir intégrer à la mesure de « la valeur globale du Maroc entre 1999 et fin 2013 » le capital historique, culturel, humain et social, la qualité de vie, ou encore l’environnement, il semble plus s’inspirer des travaux de la Banque mondiale sur cette notion nouvelle que reprendre la stricte définition proposée par l’institution internationale. L’intention est claire, la méthodologie paraît, pour le moment, plus libre.

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