Sénégal : le jour où le Joola a fait naufrage

L'épave du Joola, au large de la Gambie, le 27 septembre 2002. © AFP/Marine nationale

Le 26 septembre 2002, le ferry sénégalais "Le Joola" faisait naufrage, emportant près de 2 000 vies. Retour sur une des pires tragédies maritimes de l'Histoire. Un article publié en septembre 2007 par Jeune Afrique.

Sur le port de Dakar, ce matin du vendredi 27 septembre 2002, une foule toujours plus dense et plus inquiète se presse sur le quai : le Joola, ce transbordeur d’eaux côtières à fond plat qui assure la liaison entre Ziguinchor, en Casamance, dans le sud du pays, et la capitale sénégalaise, n’est toujours pas arrivé à destination. D’abord, on veut croire à un simple retard, ou à un de ces accidents techniques dont le navire est coutumier. Mais les spéculations cèdent bientôt la place à une rumeur qui rapidement se propage avant que les autorités militaires qui gèrent la ligne maritime n’en confirment la teneur : le Joola aurait chaviré en pleine mer au cours d’un violent orage.

L’annonce de la catastrophe porte l’angoisse des familles à son comble, mais personne, à ce moment, ne se doute encore de l’ampleur du drame qui s’est produit la veille au soir loin, bien loin de Dakar, à 40 km au large des côtes gambiennes. Quinze jours auparavant, le Joola sortait des chantiers du port de Dakar avec un nouveau moteur bâbord, après un an d’immobilisation pour réfection. Il était alors, selon le ministère des Forces armées et celui des Transports, fin prêt pour reprendre la navigation et contribuer à nouveau au désenclavement de la Casamance, région coupée du reste du territoire sénégalais par la Gambie, ce petit pays de 350 km de long qu’on ne peut traverser ou contourner qu’à ses risques et périls, notamment à cause des embuscades dressées par les rebelles du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC).

Lorsqu’il appareille sous une pluie battante pour son dernier voyage, à 18 heures, le Joola emmène près de 2 000 passagers à son bord, soit presque quatre fois sa capacité d’accueil maximale de 552 personnes.

Rentrée scolaire

Le jour du drame, le jeudi 26 septembre, l’affluence est particulièrement forte lors de l’embarquement à Ziguinchor. Depuis la réouverture tant attendue de la ligne, nombre de commerçants se pressent sur le quai. Le poids du fret embarqué dépasse vraisemblablement les normes de sécurité, fixées à 550 tonnes. À quoi s’ajoutent les nombreuses familles casamançaises, établies à Dakar, qui souhaitent rentrer chez elles avant le week-end, veille de rentrée scolaire. Lorsqu’il appareille sous une pluie battante pour son dernier voyage, à 18 heures, le Joola emmène près de 2 000 passagers à son bord, soit presque quatre fois sa capacité d’accueil maximale de 552 personnes.

C’est vers 23 heures qu’un orage – habituel pendant la saison d’hivernage – va faire basculer l’odyssée dans l’horreur. Pour échapper aux bourrasques, la foule des passagers dormant sur les ponts se précipite subitement à bâbord. Les véhicules et les marchandises de la soute, non arrimées, accentuent le déséquilibre. « Le bateau s’est levé, n’est pas revenu à sa position normale et s’est renversé doucement, tout doucement. Cela s’est passé très vite, le bateau s’est retourné en quelques minutes », témoignera le surlendemain un rescapé français.

Attente interminable

En moins de cinq minutes, l’eau s’engouffre par les hublots inférieurs et le Joola chavire, prenant au piège de ses parois métalliques la majorité de ses occupants. Les canots, sanglés, ne s’ouvrent pas automatiquement. Seul un radeau de sauvetage a pu être déplié, recueillant vingt-cinq personnes, tandis que vingt-deux autres réussissent à grimper sur la coque du navire. L’attente des secours est interminable : à Dakar, l’équipe de surveillance de la Marine nationale n’a pas, cette nuit-là, assuré sa vacation. À terre, personne ne s’inquiète du silence du Joola depuis son dernier message radio, à 22 heures. Les premiers sur les lieux du naufrage sont des pêcheurs qui, vers 7 heures du matin, donnent l’alerte et recueillent les premiers rescapés. La Marine nationale, elle, n’arrivera qu’à 18 heures le lendemain. Trop tard.

Le bilan, sans cesse revu à la hausse, s’élèvera officiellement à 1 863 morts, dont quelque 600 corps seulement seront retrouvés.

Une heure plus tôt, le bateau, d’où sortaient encore des appels à l’aide désespérés, a sombré en emportant avec lui les derniers espoirs de retrouver des survivants. Le décompte macabre des victimes commence, d’autant plus insoutenable qu’il s’étalera sur plusieurs semaines. Le bilan, sans cesse revu à la hausse, s’élèvera officiellement à 1 863 morts, dont quelque 600 corps seulement seront retrouvés. Au total, 64 personnes auront survécu à ce naufrage considéré comme l’une des plus importantes catastrophes maritimes de l’Histoire en temps de paix. Mais le plus tragique réside, peut-être, dans l’impossible deuil des familles des centaines de disparus. Dont certains reposent aujourd’hui encore, par 18 mètres de fond, dans leur tombeau d’acier.

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