Les mercenaires de Mobutu s’emparent de Kinshasa

Écrit par Louis-Philippe Dalembert

Depuis son accession à l’indépendance, en juin 1960, l’ex-Congo belge n’a jamais connu que la guerre civile, tantôt ouverte, tantôt larvée. En octobre 1965, le président Joseph Kasavubu a démis de ses fonctions le Premier ministre Moïse Tshombe. C’est l’occasion qu’attendait le lieutenant-général Joseph-Désiré Mobutu, le commandant en chef de l’armée congolaise. Le 24 novembre 1965, il lance une horde de mercenaires sur Kinshasa et s’empare du pouvoir sans coup férir.
Ce n’était pas la première fois qu’il s’interposait dans un conflit entre le chef de l’État et l’un de ses Premiers ministres. En septembre 1960 déjà, il avait été l’artificier du coup d’État qui avait déboulonné son « ami » Patrice Lumumba. Pour Mobutu, qui n’était à l’époque que colonel, il s’agissait « d’une simple révolution pacifique » destinée à « neutraliser » les politiciens. Lumumba sera néanmoins déporté au Katanga, puis assassiné. Depuis, Mobutu avait dû partager le pouvoir avec d’autres. Kasavubu d’abord, dont il tenta vainement de se débarrasser lors du coup de 1960. Tshombe ensuite, qui avait fait main basse sur le Katanga (aujourd’hui, le Shaba), la province la plus riche du Congo avec ses mines de cuivre, de cobalt et d’uranium. Il avait fallu l’intervention des forces des Nations unies pour mettre fin, en janvier 1963, à la sécession. Parti en exil, Tshombe reviendra au pays avec l’aide de la Belgique et des États-Unis, avant d’être nommé Premier ministre en juillet 1964. Ses relations avec Kasavubu ne cesseront de se dégrader jusqu’à la destitution, au mois d’octobre 1965, et l’interposition de Mobutu, un mois plus tard.

Parallèlement, Mobutu avait dû faire face à la fronde de députés lumumbistes, mais ce n’était encore qu’un hors-d’oeuvre. À la fin de 1963, tout juste rentrés de Chine, Pierre Mulele, un ancien ministre de Lumumba, et son ami Théodore Bengila déclenchent une insurrection armée dans l’ouest du pays. En avril 1964, c’est au tour de l’Est de se soulever. En août, la rébellion contrôle près des deux tiers du pays. Grâce à l’intervention des soldats belges, les soulèvements sont réprimés dans le sang.
Mobutu tire les leçons de ces événements. Il comprend qu’il serait suicidaire de se mettre à dos les États-Unis et la Belgique, plus que jamais intéressés par les richesses du pays, notamment les mines de diamant du Kasaï. Il fait donc allégeance et recrute des mercenaires pour combattre la rébellion. Des Européens (Belges notamment), des Sud-Africains et des Katangais tout juste revenus d’Angola.

Proclamé président de la République le lendemain du coup d’État, Mobutu règne enfin sans partage. Il crée le Mouvement populaire pour la révolution (MPR), seul parti autorisé, et instaure une dictature fondée sur l’élimination physique de ses adversaires et la corruption. À ses proches, il dit : « Boyibaka na mwa mayele » (« volez intelligemment »). Les amis d’hier sont écartés ou assassinés. Plusieurs membres de l’état-major qui l’ont aidé à prendre le pouvoir aussi. Accusé de complot et condamné à mort, Tshombe est d’abord exilé à Madrid, puis enlevé et incarcéré en Algérie, où il décédera en 1969. Moins dangereux, Kasavubu est autorisé à se retirer à Boma, où il meurt la même année que son vieux rival. Réfugié à Brazzaville, Pierre Mulele profite de la grâce présidentielle de 1968 pour rentrer au pays : il est exécuté deux jours plus tard. Lumumba continue d’être un mythe ? Il est déclaré héros national et martyr.
En 1970, Mobutu lance une campagne d’« africanisation du Congo », qu’il rebaptise Zaïre. Au passage, lui-même prend le nom de « Sese Seko Kuku Ngbendu Waza Banga » (« le guerrier qui vole de victoire en victoire sans que personne ne puisse l’arrêter »). Le maréchal-président Mobutu Sese Seko restera au pouvoir jusqu’en mai 1997.

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