Réduire la fécondité africaine, une priorité

Écrit par John May et Jean-Pierre Guengant.
Financial Ti

Réduire la croissance démographique était l’une des priorités internationales dans les années 1960 et 1970. C’est ainsi que des programmes de population ont été mis en oeuvre en Asie et en Amérique latine et ont connu un certain succès, illustré par la baisse de la croissance démographique dans ces deux régions : de + 2,5 % par an dans les années 1960 à + 1,2 % par an aujourd’hui. À l’inverse, le manque d’intérêt des dirigeants et des élites en Afrique s’est traduit par l’adoption, beaucoup plus tard, de programmes peu efficaces. En conséquence, la croissance démographique en Afrique subsaharienne s’est maintenue autour de 2,5 % par an au cours des cinquante dernières années, sauf en Afrique australe.
L’attention internationale s’est déplacée sur d’autres sujets « d’urgence » tels que l’épidémie de sida, les crises humanitaires et la bonne gouvernance. Les préoccupations récentes concernant le changement climatique ont aussi contribué à marginaliser la dimension démographique des discussions sur le développement. Pourtant, si la transition vers des taux de fécondité plus bas ne s’amorce pas vite, les efforts de développement de l’Afrique risquent fort d’être condamnés à l’échec.
L’extrême jeunesse de la population africaine – deux Subsahariens sur trois ont moins de 25 ans – et le maintien d’une forte fécondité impliquent la poursuite de la croissance démographique, en dépit de l’épidémie de sida. À la mi-2007, la population de l’Afrique subsaharienne était estimée à 788 millions de personnes, soit 12 % de la population mondiale. En 2050, cette proportion devrait s’élever à 18 %, et la population subsaharienne à 1,8 milliard. Encore cela suppose-t-il que chaque femme africaine n’ait alors que 2,5 enfants en moyenne, contre 5,5 aujourd’hui, selon les projections de 2006 des Nations unies. Ces projections s’appuient cependant sur l’hypothèse d’un déclin rapide de la fécondité, qui est loin d’être acquis, sauf en Afrique australe. Des effectifs plus élevés de population, atteignant 2 milliards de personnes, voire plus, pourraient donc être atteints en 2050 si la fécondité baisse plus lentement.
Pourtant, les problèmes démographiques sont totalement absents du débat sur l’Afrique. Les dirigeants africains et leurs partenaires au développement n’ont pas voulu poser ces questions ouvertement. Bien sûr, amorcer un déclin de la fécondité, notamment dans les zones rurales, reste un objectif très difficile à atteindre. Mais il est urgent que la fécondité soit mieux maîtrisée. D’abord afin de réduire les tensions que connaissent les pays en matière de sécurité alimentaire, d’accès à la propriété foncière, de dégradation de l’environnement et de gestion de l’eau. La maîtrise de la fécondité aidera aussi à réduire les problèmes sécuritaires, qui sont souvent le résultat de conflits pour le contrôle de ressources rares, dont la pénurie est exacerbée par la forte croissance de la population et le chômage des jeunes.
Ensuite, du fait de la croissance démographique actuelle, des taux de croissance économique de l’ordre de 6 % par an ne se traduisent en réalité que par une hausse de moitié du revenu par tête. Ce qui menace les efforts de réduction de la pauvreté et empêche les pays d’atteindre leurs objectifs.
Enfin, il est aussi urgent de réduire les taux élevés de fécondité du point de vue sanitaire. Beaucoup de femmes veulent avoir accès à la contraception. De fait, de nombreux facteurs les en empêchent : les inégalités entre les sexes, les traditions culturelles et religieuses ainsi que des services insuffisants de planification familiale. Répondre à ces besoins contribuera beaucoup à améliorer la santé des femmes en réduisant la mortalité maternelle et en les aidant à développer leur potentiel économique. Réduire le rythme de la croissance démographique apparaît comme un prérequis pour améliorer la qualité du capital humain de l’Afrique. L’attitude des dirigeants africains au sujet de la croissance démographique évolue, mais timidement. En prenant cette question en main, les leaders africains seront mieux à même de relever les défis du continent, où trop de pays connaissent toujours la pauvreté, la famine et la guerre civile.