Sécurité

Tunisie – Affaire Saber Laajili : le principal témoin soupçonné de fabrication de preuves

Une voiture de la police tunisienne à Sousse. © Darko Vojinovic/AP/SIPA

Arrêté le 3 août, le principal informateur dans l'affaire Saber Laajili, ayant conduit à l'arrestation de ce haut responsable sécuritaire en juin 2017, pour atteinte à la sûreté de l’État, a reconnu implicitement ses mensonges.

Rebondissement dans l’affaire Saber Laajili. Les éléments à charge, ayant conduit en juin 2017 à l’inculpation de l’ancien chef de la brigade antiterroriste pour atteinte à la sécurité de l’État et collusion avec une puissance étrangère, tombent les uns après les autres et mettent le Premier ministère dans une position incommode.


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Cet agent sécuritaire, connu sous le pseudo d’« El Ouachi », qui faisait office de secrétaire à la brigade antiterroriste, avait dénoncé aux services du chef de gouvernement son supérieur Saber Laajili, en l’accusant d’avoir rencontré plusieurs fois Chafik Jarraya, lui-même poursuivi pour les mêmes motifs depuis mai 2017, et tenté d’obtenir la libération de présumés terroristes. Son témoignage, qu’il a délivré par écrit et présenté au Premier ministère au lieu d’emprunter la voie hiérarchique, se voulait accablant.

« El Ouachi », donne de nombreux détails. Mais à vouloir trop en dire, ses contradictions et ses approximations éveillent les soupçons des enquêteurs, d’autant qu’il était lui-même poursuivi dans d’autres dossiers pour dénonciation calomnieuse.

Leurs investigations et les écoutes téléphoniques ont abouti à l’arrestation d’« El Ouachi », le vendredi 3 août. Il a été entendu par le juge d’instruction pour avoir falsifié des documents administratifs nécessaires à lever les scellés sur un véhicule dans le cadre d’une affaire de terrorisme. À son tour, il est ainsi tombé sous le coup d’une inculpation pour atteinte à la sûreté de l’État.

Soupçonné de fabrication de preuves

Selon l’avocat de Laajili, Kamel Boujeh, « El Ouachi » est également soupçonné de fabrication de preuves dans l’affaire Laajili. Un coup de théâtre qui indispose la Kasbah. En effet, le Premier ministère avait coordonné la procédure à l’encontre de Laajili avec le procureur général et non le procureur de la République ou le département de l’inspection du ministère de l’Intérieur. « Un circuit réservé aux avocats et qui, dans ce cas, est anormal car il court-circuite la hiérarchie », assure l’avocat Walid Boussarsar.

Aux arrêts, « El Ouachi » reconnaît implicitement ses mensonges et menace de dévoiler les dessous de l’affaire Laajili s’il n’était pas immédiatement libéré. Celui qui fait figure de barbouze laisse entendre qu’il a été instrumentalisé pour servir les fins du gouvernement qui avait enclenché, en mai 2017, une guerre contre la corruption et qui souhaitait consolider son palmarès par l’arrestation de personnes en vue.

Résultat : une fausse affaire d’espionnage qui devient une affaire d’État dont le gouvernement, pris dans une tourmente politique, aurait bien fait l’économie.

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