Diplomatie

Vers une trêve entre Israël et le Hamas ?

Des sauveteurs évacuent un blessé, lors d'affrontements entre Palestiniens et forces de l'ordre israéliennes à la frontière Gaza-Israël le 3 août 2018. © Khalil Hamra/AP/SIPA

Les intenses tractations menées par l’Égypte et l’ONU semblent porter leurs fruits. Mais le président palestinien Mahmoud Abbas menace de torpiller tout accord qui ne rétablirait pas son autorité à Gaza.

« Nous sommes proches d’un cessez-le-feu avec le Hamas », a confié lundi un haut responsable israélien, sous couvert de l’anonymat. Une déclaration prudente qui tranche à peine avec le communiqué laconique publié la veille par le bureau du gouvernement, à l’issue d’une réunion spéciale de ses principaux ministres à Tel Aviv : « Le chef d’état-major des forces de défense israéliennes, Gadi Einsenkot, a informé le cabinet de sécurité de la situation à Gaza. L’armée se tient prête à tous les scénarios. »

L’option militaire est la dernière que nous privilégions

Car pour l’État hébreu, l’équation reste fragile : un échec des négociations entamées le mois dernier en vue d’obtenir une trêve à Gaza risque d’aboutir à un conflit armé avec le Hamas et les autres factions palestiniennes.

« L’option militaire est la dernière que nous privilégions », tempère le ministre israélien de l’Intérieur, Gilad Erdan, dont la position ne fait pas consensus. Le 12 juillet, selon les médias israéliens, Benyamin Netanyahou se serait vigoureusement opposé à son ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, sur le point de déclencher une opération aérienne contre le Hamas après une nouvelle journée d’escalade frontalière.


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Marge de manœuvre limitée

À Gaza, le mouvement islamiste palestinien maintient également ses troupes en « état d’alerte maximal » tout en se montrant disposé à accepter, à tout moment, un arrêt des hostilités en échange d’une levée total du blocus imposé à la bande de Gaza. Il sait sa marge de manœuvre limitée face à l’état de la situation humanitaire dans le territoire sous son contrôle et au désarroi, grandissant, de la population.

« Nous avons pris la décision de mettre fin au calvaire des habitants de Gaza. Nous sommes dans la dernière ligne droite et nous battrons jusqu’à notre dernier souffle afin d’obtenir le meilleur pour notre peuple », a déclaré samedi, Khalil al-Hayya, l’un des chefs du Hamas, en marge d’une réunion de l’ensemble des factions palestiniennes à Gaza.

Au Caire, deux hommes travaillent sans répit pour éviter à la région une nouvelle guerre dévastatrice : le russe Nikolay Mledanov, coordinateur de l’ONU au Proche-Orient, et Abbas Kamel, l’influent patron des services de renseignements égyptiens. Leur plan, à l’égard duquel le Hamas aurait donné son accord de principe, s’articulerait en plusieurs étapes.

D’abord et en priorité, un cessez-le-feu incluant l’arrêt des jet de ballons incendiaires contre l’État hébreu – 3 000 hectares brûlés depuis le 30 mars – en échange de l’ouverture de tous les points de passage servant à la circulation de marchandises et de personnes entre l’enclave palestinienne et Israël.

Cet allègement significatif du blocus s’accompagnerait de mesures destinées à améliorer les conditions de vie des Gazaouis, comme la fourniture en électricité limitée actuellement à quatre heures par jour. Si la trêve donne satisfaction, l’Égypte s’engagerait alors à construire un port et un aéroport dans la péninsule du Sinaï qui desserviraient exclusivement Gaza.

Il y a une volonté méthodique de la part du Fatah de saboter les efforts égyptien

Enfin, le Hamas et Israël engageraient de nouvelles discussions en vue d’un échange de prisonniers qui aboutiraient au rapatriement des dépouilles de soldats tombés lors de la dernière guerre à Gaza, en 2014.

Le Fatah veut peser

Cet accord, ambitieux, reste largement tributaire du bon vouloir de Mahmoud Abbas. Le vieux raïs, isolé à Ramallah, refuse de voir le Hamas s’entendre avec Israël au détriment de son organisation, le Fatah, et plus largement de la réconciliation interpalestinienne toujours au point mort.

« Il y a une volonté méthodique de la part du Fatah de saboter les efforts égyptiens », affirme le porte-parole du Hamas, Sami Abu Zohari. L’exigence d’Abbas : réimposer coûte-que-coûte son autorité à Gaza dont il est évincé depuis 2007, au risque de continuer à bloquer le salaire des fonctionnaires palestiniens employés par le Hamas.

Pour résoudre ce blocage, les responsables égyptiens viennent de demander au mouvement islamiste d’accepter que trois ministres du Fatah intègrent le pouvoir de Gaza, en attendant la mise en place d’un gouvernement d’unité nationale et d’hypothétiques d’élections générales dans les territoires palestiniens.

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