Économie

Maghreb : un vent social se lève dans l’aérien

Un Boeing de la Royal Air Maroc. © Konstantin von Wedelstaedt/Wikimedia Commons

Difficile de s’envoler pour le Maghreb ces derniers jours... Après la Royal Air Maroc, c’est au tour d’Air Algérie de faire face aux revendications de ses employés. En Tunisie, l’Office de l’aviation civile et des aéroports menaçait elle aussi d’une grève générale, avant de se raviser au dernier moment.

Incompréhension à l’aéroport d’Alger, mardi matin. Pendant quelques heures, les passagers ont cru au déclenchement d’une grève des techniciens de la maintenance d’Air Algérie, semblable à celle que connaît Royal Air Maroc depuis deux semaines. En réalité, il ne s’agissait que d’un bref rassemblement au niveau de la base de maintenance, en signe de protestation contre la non augmentation de leurs salaires par la direction. « Aucune perturbation des vols n’a eu lieu », a certifié Reda Toubal Seghir, le PDG d’Air Algérie, dans un communiqué.

« Ce sont les techniciens qui ont veillé à cela », assure de son côté à Jeune Afrique Ahmed Boutoumi, le président du SNTMA (Syndicat national des techniciens de la maintenance des avions d’Air Algérie). « Ils se sont organisés entre eux de manière à ce que certains restent à leur poste, pendant que d’autres participaient au rassemblement ».

La veille, le SNTMA avait annoncé le gel « temporaire » de la grève illimitée – dont le lancement était initialement prévu le 31 juillet -, suite à la décision de la cour de Dar El Beïda qui ordonnait le gel du préavis de grève.

Deux plaintes

La direction d’Air Algérie a déposé deux plaintes contre le syndicat. La première pour non-respect du délai juridique du préavis de grève (21 jours), fixé dans la convention collective, et la deuxième auprès de la Chambre sociale, pour non-respect de la convention collective.

Un premier jugement a été rendu dimanche 29 juillet, demandant le gel du préavis de grève jusqu’à ce que la deuxième affaire ne soit tranchée par la Chambre sociale, à partir du 5 août. Dans son communiqué publié lundi, le SNTMA a répondu à toutes les accusations de la direction. Le syndicat assure avoir déposé le préavis de grève le 9 juillet 2018, soit 23 jours avant le début de la grève. Concernant l’accusation venant de la direction de ne pas lui avoir accordé le « privilège du dialogue », le syndicat affirme qu’une « commission paritaire a été installée suite à un accord signé en date du 16/05/2017, et dont la date butoir pour l’aboutissement à un compromis était le 31/12/2017. Six mois de discussion sans aucun résultat ».

Les techniciens de la maintenance ont été les principaux laissés-pour-compte », déplore Ahmed Boutoumi

Les techniciens réclament principalement une amélioration de leurs salaires et de leurs primes. Selon Ahmed Boutoumi, le président du syndicat, la grille salariale prévue dans la convention collective de 1999 n’est plus respectée. « Les différentes corporations ont connu des augmentations salariales à un rythme et à des taux inégaux. Les techniciens de la maintenance ont été les principaux laissés-pour-compte », déplore-t-il.

Crise en parallèle chez les deux voisins

Une crise sociale que traversent également les voisins de l’Algérie. En Tunisie, le ministère des Transports, lui, l’a pourtant échappé belle. En pleine reprise du secteur touristique, l’Office de l’aviation civile et des aéroports (OACA) avait annoncé une grève générale dans tous les aéroports du pays les 1er et 2 août, pour demander l’application des mises à jour des primes négociées en février 2018. Après une journée de négociations, qui s’est tenue le 30 juillet, le ministère a réussi à convaincre la Fédération générale du transport relevant de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) d’abandonner la grève.

« Cette décision de l’annulation de la grève a été prise suite à un accord portant satisfaction des revendications des agents », indique un communiqué de l’UGTT publié sur sa page Facebook officielle. L’accord a été conclu entre des représentants de la Fédération générale du transport et des représentants du ministère des Transports et celui des Affaires sociales. Aucun détail sur son contenu n’a cependant été révélé.

Au Maroc aussi, une crise perdure à la Royal Air Maroc, opposant la direction de la compagnie aérienne à l’Association marocaine des pilotes de ligne (AMPL). Les pilotes dénoncent un programme aérien trop chargé.

Si leur stratégie de protestation n’implique pas de grève à proprement parler selon l’AMPL, ils refusent d’opérer leurs astreintes, qu’ils estiment « irréalisables ». Plus d’une centaine de vols ont pour le moment été annulés. L’AMPL demande de nouveaux recrutements, à travers la réouverture de la Royal Air Academy (fermée depuis 2014), et l’allègement du planning des vols.

Les négociations sont toujours au point mort.

Il est normal que cette période soit privilégiée par les syndicats pour arriver à faire pression

Les départs à la Mecque menacés

Si ces mouvements se chevauchent dans les trois pays, ce n’est pas un hasard selon le PDG du cabinet de conseil Ectar, Cheikh Tidiane Camara : « Avec la saison touristique et le retour des résidents à l’étranger, entre autres, il est normal que cette période soit privilégiée par les syndicats pour arriver à faire pression sur les gouvernements et sur les compagnies aériennes », analyse-t-il.


>>> A LIRE – Crise à la Royal Air Maroc : des négociations pour sauver le Hajj


Ces mouvements surviennent également au moment des départs au pèlerinage, qui ont débuté la semaine dernière. En Algérie, le syndicat avait même prévu d’épargner les vols à destination des lieux sains. « La loi exige 30 % de service minimum sur l’activité et il sera assuré à travers les vols pour le Hajj », avait alors affirmé le SNTMA.

En Tunisie, Moncef Ben Romdhane, le secrétaire général de la Fédération générale du transport, avait également déclaré être ouvert à la discussion, lors d’un entretien à la radio privée Express FM, avant le début des négociations le 30 juillet. « Surtout en cette période de pèlerinage, nous aimerions à tout prix éviter une grève mais nous devons d’abord obtenir des garanties », avait-t-il rétorqué.

La Royal Air Maroc espère de son côté trouver une solution à temps pour ne pas perturber les départs. Le député Abdellatif Ouahbi, député du Parti authenticité et modernité (PAM), a d’ailleurs adressé une question écrite au gouvernement au sujet de la crise opposant Royal Air Maroc à l’AMPL et de son impact sur le Hajj 2018. Il a notamment appelé les autorités à assumer leur pleine responsabilité pour garantir la « sécurité spirituelle des Marocains ».

« Pour cela, nous vous attendons sur les mesures d’urgence que vous allez mettre en place pour protéger les droits des citoyens en facilitant leurs voyages et en leur assurant des conditions à la fois normales et confortables », a-t-il conclu.

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