Sécurité

Tunisie : Hichem Fourati, les cinq travaux du nouveau ministre de l’Intérieur

Le nouveau ministre tunisien de l'Intérieur, Hichem Fourati. © Capture d'écran Youtube / DR

Le nouveau ministre de l'Intérieur, Hichem Fourati, a du pain sur la planche. Tour d'horizon des dossiers qui l'attendent sur son bureau alors que les syndicats de forces de l'ordre et les défenseurs des libertés scrutent de près son action.

Hichem Fourati, le nouveau ministre de l’Intérieur, successeur de Lotfi Brahem, passe son grand oral devant les députés ce samedi 27 juillet. Après l’obtention de la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), l’ancien chef de cabinet du ministère, fonction qu’il exerçait depuis 2015, aura cinq chantiers prioritaires à mener à bien en plus de devoir travailler avec l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) pour préparer la présidentielle de 2019.

1- Sécuriser la saison touristique

L’attentat de Ghardimaou, au nord-ouest, le dimanche 8 juillet, a soulevé des craintes. Il s’est produit sur une route parfois empruntée par les vacanciers algériens. La fréquentation touristique vient de reprendre après trois années difficiles dues à l’attaque sur une plage de Sousse, devant un hôtel, en 2015, qui avait coûté la vie à 38 personnes. C’est la première mission de Hichem Fourati : rassurer les touristes qui ont retrouvé le chemin de la Tunisie. L’enjeu est clair : le secteur représente 7% du PIB en Tunisie, et emploie jusqu’à 12% de la population active.

2- Remonter le moral des troupes

Manque de reconnaissance, manque de moyens, limogeages et nominations en série… Hichem Fourati prend la tête d’une administration qui a le moral en berne. Le remaniement dans la hiérarchie de la garde nationale en juin 2018 par l’exécutif a suscité des interrogations dans les rangs. Ils sont nombreux à réclamer davantage de soutien du ministère de tutelle. Il va falloir rassurer, d’autant plus que les syndicats des forces de sécurité sont puissants. Certains de leurs leaders ont même serré les rangs autour des policiers accusés d’actes de torture en février 2018. Le ministre devra composer avec eux et avec une société civile qui au contraire, réclame davantage d’outils de contrôle de l’action policière. Mais il a un avantage : il connaît bien ce ministère, dont il était directeur de cabinet jusqu’à sa nomination.

3- Résoudre l’équation migratoire

C’est cette équation – officiellement du moins – qui a coûté son poste à son prédécesseur, Lotfi Brahem, après le naufrage d’une embarcation clandestine au large des îles Kerkennah. Là encore, le ministre est comme pris entre deux forces. D’un côté, la société civile tunisienne comme les ONG étrangères observent scrupuleusement les actions policières. De l’autre, les capitales européennes exigent toujours plus de Tunis. L’ouverture de « centres de débarquements » pour y placer des migrants secourus en mer par exemple, est la nouvelle exigence depuis le sommet européen du 28 juin dernier. Tunis a exprimé son refus, mais l’Union européenne dispose de forts moyens de pression financiers et logistiques. Depuis deux semaines, un navire commercial, le Sarost 5 est d’ailleurs bloqué aux larges de la Tunisie. La France, Malte et l’Italie ont refusé de le laisser accoster dans un de leurs ports, laissant la Tunisie en proie au doute entre son devoir humanitaire et ses positions politiques.

Fourati prend la tête d’un ministère qui est scruté par une société civile dynamique

4- Trouver Najem Gharsalli

Ancien ministre de l’Intérieur et ancien ambassadeur au Maroc, Najem Gharsalli est sous le coup d’un mandat d’amener. Il doit être entendu par la justice dans le cadre de l’affaire d’atteinte à la sûreté de l’État dite « affaire Chafik Jarraya ». Le hic : Gharsalli fuit la justice et ses défenseurs pointent un « procès politique ». Fourati pourrait bien avoir croisé dans les couloirs du ministère ce personnage dont l’exécutif exige l’audition.

5- Composer avec la société civile

Fourati prend la tête d’un ministère qui est scruté par une société civile dynamique. Le décès en mars 2018 d’un jeune supporter de football, Omar Laabidi, a relancé le débat sur les violences policières. Sa famille assure qu’après être tombé dans l’eau en cherchant à échapper à des agents, il leur aurait crié qu’il ne savait pas nager, avant de se noyer sans avoir été aidé. Supporters et militants associatifs ont manifesté côte à côte pour exiger la vérité sur l’affaire. Un projet de loi datant de 2015 et relatif à la répression des atteintes contre les forces armées a aussi suscité une bronca de la part de plusieurs associations ainsi que de l’UGTT : le texte serait liberticide. Dans la Tunisie post-révolutionnaire, la défiance est grande à l’égard de la police. Communication et compromis font maintenant partie des obligations d’un ministre de l’Intérieur.

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