Transport aérien

Crise à la Royal Air Maroc : des négociations pour sauver le Hajj

Siege Social de la RAM, Aeroport d'Anfa, Casablanca. © Guillaume Molle pour Jeune Afrique

Après sept jours de tensions sociales entre la RAM et ses pilotes, plus de 65 vols ont été annulés pour plus de 11 000 billets à rembourser. Un nouveau round de négociations a été enclenché.

La tension sociale entre la Royal Air Maroc et ses pilotes se poursuit pour le huitième jour consécutif. Ce 26 juillet, pas moins de huit vols au départ de Casablanca et vers différentes destinations ont été annulés et plusieurs autres sont retardés et menacés d’annulation. Cela fait monter à plus de 65 le nombre d’avions restés cloués au sol depuis le début de ce bras de fer opposant l’entreprise publique à ses salariés.

Un chiffre énorme et synonyme de pertes colossales pour une compagnie de la taille du transporteur marocain. 11 000 billets devront être remboursés, sans compter les charges liées au stationnement des avions et les taxes d’aéroport. « La note pourrait facilement atteindre les 50 millions de dirhams [4,5 millions d’euros], si on cumule l’ensemble », nous fait savoir une source autorisée au sein de la direction de la RAM. Les dirigeants de la compagnie craignent le pire pour la période du Hajj qui débute aujourd’hui.


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Pour mettre fin à cette situation, un nouveau round de négociation a débuté cette semaine à l’initiative de la direction de la RAM. « C’est dans un climat très détendu que nous nous sommes retrouvés aujourd’hui », assure notre interlocuteur à la RAM, qui se dit convaincu qu’un accord sera « rapidement » trouvé.

Revendications salariales

Amine Lamkinssi, président de la très puissante Association marocaine des pilotes de ligne (AMPL), a donc partagé, une nouvelle fois, la table des négociations avec Abdelhamid Addou, le PDG de la RAM. Le pilote, qui n’a jamais répondu à nos multiples appels, espère que son patron fera quelques concessions après cette première semaine très difficile – mais ce dernier sera loin d’être facile à convaincre, nous glisse-t-on.

« La RAM ne peut accepter la revalorisation des salaires comme demandés par les pilotes. Cela mettrait le groupe dans une situation financière très difficile alors qu’elle a déjà engagé plusieurs investissements dernièrement », nous explique notre source au sein de la RAM.

Les pilotes de la compagnie, qui touchent en moyenne 150 000 dirhams par mois, demandent une augmentation sur les trois prochaines années, de 15 000 dirhams pour pour les pilotes et commandants de bord et de 10 000 pour les copilotes. Ils revendiquent davantage de jours off, pour passer de huit jours par mois actuellement à 12 jours.

Sous-effectif

Les pilotes que nous avons pu joindre mettent également en avant le sous-effectif dont souffre la RAM. L’une de nos sources pense ainsi savoir que la compagnie « a même reçu une notification de la part de la IATA [L’association internationale du transport aérien] parce qu’on avait fait un nombre d’heures de vol très important ». « Sans dépasser la limite légale toutefois », nuance notre source, qui ne semble pas complètement convaincue par l’approche de ses collègues.

Pour mettre fin à cette situation, l’AMPL aimerait que l’école de pilotage au Maroc rouvre, après sa fermeture en 2014. D’autant qu’il devient de plus en plus difficile de rivaliser avec les grandes compagnies mondiales et recruter des pilotes étrangers, tant débutants que qualifiés. « Nous sommes actuellement 540 commandants de bord et copilotes. Avec les ambitions grandissantes de la RAM, il ne sera pas possible d’assurer toutes ces heures de vol », prévient notre pilote.

Mais selon notre interlocuteur à la RAM, la réouverture de l’école n’est pour le moment pas une option : « Son coût financier est très important, ce n’est pas du tout un bon arbitrage. »

La RAM se retrouve au pied du mur en cette période de pic où plus 28 000 passagers sont transportés quotidiennement – ce qui pourrait pousser sa direction à quelques concessions.

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