Dossier

Cet article est issu du dossier «Mali : sur un air de campagne présidentielle»

Voir tout le sommaire
Elections

Fichier électoral au Mali : les propositions du gouvernement ne sont « pas à la hauteur », estime l’opposition

Soumaïla Cissé (à g.) et Tiébilé Dramé (à dr.), le 25 juillet, lors d’un meeting de la plateforme An tè a banna ! © Emmanuel Bakary Daou

Dans un courrier adressé au Premier ministre en date du 22 juillet, dont JA a obtenu copie, le directoire de campagne de Soumaïla Cissé considère que les réponses apportées par les autorités sur plusieurs anomalies relevées dans le fichier électoral sont « insuffisantes ».

À moins d’une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, prévu dimanche prochain, la polémique enfle au Mali. Vendredi 20 juillet, le directoire de campagne de Soumaïla Cissé, le principal rival du président sortant Ibrahim Boubacar Keïta, a dénoncé l’existence d’un fichier électoral « parallèle » différent de celui audité par des experts de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en avril dernier.

Selon Tiébilé Dramé, le directeur de campagne de Cissé, ce fichier comporterait un potentiel de plus de 1,2 millions de voix fictives, sur environ 8 millions d’électeurs inscrits. De quoi, selon lui, organiser une « vaste tentative de fraude » le 29 juillet.

Face à ces graves accusations de l’opposition, le gouvernement a proposé la création d’un cadre de concertation réunissant les services spécialisés de l’État et les « experts de tous les candidats à la présidentielle qui le souhaitent ». Le matin même de ces révélations, le Premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga avait par ailleurs reçu une délégation conduite par Tiébilé Dramé pour aborder le sujet et « renouveler sa constante disponibilité au dialogue ».

Nous proposons l’organisation d’une rencontre de haut niveau

Ces gestes n’ont visiblement pas satisfait l’opposition. Dans une lettre adressée au chef du gouvernement le 22 juillet, dont JA a obtenu copie, le directeur de campagne de Soumaïla Cissé estime que ses propositions « ne sont pas à la hauteur de la gravité des irrégularités constatées sur le fichier électoral officiel ». « Nous proposons l’organisation, dans les plus brefs délais, d’une rencontre de haut niveau autour du Premier ministre, impliquant l’administration responsable de l’organisation des élections, la CENI [Commission électorale nationale indépendante], les candidats à l’élection présidentielle et les organisations internationales pour convenir des solutions qui s’imposent », écrit Tiébilé Dramé dans cette lettre.

Le bras droit de Cissé y ajoute une liste de sujets qu’il souhaiterait aborder lors de cette rencontre : « La confiance des acteurs dans le processus, le nettoyage du fichier mis en ligne le 4 juillet, les mesures complémentaires pour la transparence et la crédibilité du scrutin du 29 juillet, l’encadrement des procurations, le vote des Maliens de l’extérieur et la présence des observateurs internationaux à l’étape de la centralisation des résultats ». Sans oublier le déroulement du scrutin dans les zones d’insécurité du Centre et du Nord, où l’opposition redoute des « risques de fraude et de bourrage d’urnes ».

Soumeylou Boubeye Maïga contre-attaque

À l’issue d’une réunion avec ses services sur les préparatifs de l’élection, ce lundi, Soumeylou Boubeye Maïga a tenu à répondre aux attaques de l’opposition. « Je voudrais dire sans aucune équivoque qu’il n’y a qu’un seul fichier électoral, celui qui a été audité fin avril, et sur la base duquel les listes électorales et les cartes d’électeurs ont été imprimées. C’est aussi ce fichier qui a été mis sur internet, a déclaré le Premier ministre. Nous n’avons absolument rien à cacher dans ce processus (…) et nous nous sommes efforcés depuis plusieurs mois de faire en sorte que toutes les initiatives qui peuvent contribuer à la transparence des opérations électorales soient prises en compte. »

Quelle sera l’attitude de Soumaïla Cissé s’il estime ne pas avoir reçu assez de garanties sur la crédibilité du scrutin d’ici dimanche prochain ? Dans son courrier, son directeur de campagne réaffirme sa détermination à participer à l’élection présidentielle, mais « sur la base d’un fichier régulier ». De con côté, « Boubeye » se veut intransigeant : « Nous n’allons pas nous laisser entraîner dans une spirale de surenchères infinies. Je puis vous assurer que nous partirons aux élections bel et bien le 29 juillet. » À six jours du premier tour, le climat électoral est loin d’être apaisé à Bamako.

Lire les autres articles du dossier

«Mali : sur un air de campagne présidentielle»

Déjà 250 000 inscrits !
NEWSLETTER

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Fermer

Je me connecte