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Start-up de la semaine : en Algérie, Guiddini fait campagne pour l’utilisation du e-paiement

Mourad Mechta, fondateur de Guiddini. © Guiddini via Facebook

Malgré le vide juridique qui entoure le secteur et le manque de financement des jeunes entreprises, Guiddini emploie aujourd'hui seize personnes et son activité englobe la vente sur internet, l’aide au développement de plateformes e-commerce et l’intégration des moyens de paiement en ligne pour les professionnels

Cet été, « Génération Digitale », une caravane d’information sur le paiement électronique, sillonnera dix villes algériennes. C’est sur le front de mer de Boumerdès, l’une des villes-étapes que nous rencontrons Mourad Mechta, fondateur de la start-up Guiddini et initiateur de cette campagne de sensibilisation.

Quand il crée Guiddini sur fonds propres en 2009, Mourad Mechta commence par la vente en ligne de livres avant d’étoffer son carnet de fournisseurs et de se tourner vers l’électronique et l’électroménager. « Les produits étaient stockés directement chez nous et comme nous n’avions pas vraiment de moyens de livraison, on couvrait seulement Alger : c’est moi qui me rendais chez les clients !», se souvient le jeune entrepreneur, natif de Boumerdès. À l’époque, il emprunte 500 000 dinars (3 600 euros) à ses parents pour l’hébergement du site internet et l’achat d’un ordinateur.

Des débuts difficiles

Après avoir obtenu son diplôme de journalisme de la Faculté des sciences politiques et de l’information de Ben Aknoun dans la capitale algérienne, il intègre en 2010 l’incubateur de Sidi-Abdallah, toujours en périphérie d’Alger. Ce passionné de TIC se tourne d’emblée vers le commerce électronique, « un marché encore vierge où les opportunités sont multiples ». Il décide de peaufiner son business plan pour la création d’une plateforme de vente en ligne qu’il nommera « Guiddini » (Guide moi, en dialecte algérien). En mai 2011, il bénéficie d’une aide de l’Ansej, une agence qui met à disposition des crédits pour la création d’entreprises. Celle-ci lui fournit des ordinateurs et un véhicule pour une valeur de 3,7 millions de dinars dont 400 000 dinars pour son fonds de roulement.

« En réalité, nous avons surtout besoin de ressources financières pour des choses immatérielles comme la publicité et l’achat de logiciels, mais cette aide nous a quand même été très utile », explique l’entrepreneur de 31 ans. Celui-ci rapporte avoir eu des difficultés, au commencement, à travailler avec les livreurs « collaboraient seulement avec les acteurs de la vente traditionnelle ».

Autre difficulté : le manque de réglementation. L’entrepreneur a ainsi dû commencer son activité en s’inscrivant sur trois registres de commerce différents, car elle ne correspondait à aucune de celles réglementées par le ministère du Commerce. Il a aussi essuyé un premier refus de l’Ansej, en janvier 2010, car l’agence ne comprend tout simplement pas son concept.

Si l’achat n’est pas finalisée, alors le produit nous revient et finit dans notre stock mort

Étant donné que le paiement en ligne était inexistant, il a également fallu trouver des solutions pour les clients. « Nous avons commencé à travailler avec la société EMS Algérie, qui a été la première à mettre en place un paiement en cash à la livraison. Cela nous a beaucoup aidés, car auparavant les gens devaient se déplacer vers leur bureau de poste pour nous faire un virement », raconte le start-uper.

Le revers, c’est que l’entreprise prend des risques et enregistre de nombreuses pertes financières quand les clients se rétractent et refusent finalement le produit une fois celui-ci livré. « Lors de la commande, nous payons parfois les produits à l’avance auprès de nos fournisseurs. Si l’achat n’est pas finalisée, alors le produit nous revient et finit dans notre stock mort. Cela nous perdre du temps et de l’argent, pour l’achat lui-même et la livraison. »

Vulgariser le e-paiement

La boutique en ligne compte atteindre les 14 000 références et comptabilise déjà 100 marques avec de multiples fournisseurs. « Les livraisons à domicile sont disponibles dans 42 wilayas (départements) et le reste du territoire est couvert par des points relais et via les services de la Poste », précise Mourad Mechta.

« En moyenne nous comptons 150 000 visites mensuelles avec 30 transactions par jour, mais pour nous les services les plus rentables sont le développement des plateformes et l’intégration du paiement en ligne », explique l’entrepreneur qui s’est donc lancé dans l’organisation d’une caravane estivale à laquelle participent des institutions bancaires et des opérateurs économiques. Celle-ci passera par dix villes du Nord afin de vulgariser l’utilisation des moyens de paiement électronique dans un pays où le cash est roi et la défiance envers les banques encore grande.

« Nous informons le citoyen sur les utilisations de la carte InterBancaire (CIB) et les webmarchands et commerçants sur la façon d’intégrer les moyens de paiement par carte sur leur site internet ou bien dans leurs boutiques via des TPE », indique Mourad Mechta.


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La question du e-paiement revient sans cesse. Dans ce domaine, l’Algérie accuse « un retard sensible » sur ses voisins, admettent les autorités. Des dispositions ont d’abord été prises à travers la loi de finances 2018 qui stipule que « tout agent économique, qui offre des biens ou services à des consommateurs, doit mettre à leur disposition des terminaux de paiement électronique (TPE) pour leur permettre de régler le montant de leurs achats par carte de paiement ».

Vendre la start-up ? « Hors de question »

La loi sur le e-commerce adoptée par le Parlement au début du mois de juillet vient aussi régulariser le secteur afin de protéger les vendeurs et les acheteurs. « Cette loi stipule notamment que les plateformes doivent être hébergées en Algérie ainsi les transactions pourront être contrôlées et on pourra parler de chiffres », répond Mourad Mechta quand on l’interroge sur l’absence d’études concernant le commerce électronique en Algérie. La loi envisage par ailleurs « l’existence de la signature et l’engagement électronique afin de responsabiliser les clients », se félicite l’entrepreneur.

Il espère que la nouvelle réglementation poussera d’autres chefs d’entreprises à se tourner davantage vers les services en ligne. Le développement de plateforme de e-commerce et l’intégration de solution de paiement en ligne pourra booster son chiffre d’affaires qu’il juge encore « timide », et qui s’établit actuellement à moins de 30 millions de dinars.

Malgré les difficultés rencontrées ces dix dernières années et plusieurs propositions de rachats, l’entrepreneur n’a jamais envisagé de vendre Guiddini. « Nous avons développé cette entreprise alors que l’écosystème était inexistant. Nous avons préparé le terrain et nous sommes conscients du potentiel de l’économie numérique en Algérie. Ce n’est pas maintenant que nous allons tout lâcher », affirme-t-il avant de conclure : « Je ne peux pas vanter l’écosystème algérien mais il a ça de bon qu’il vous rend persévérant et vous pousse à ne compter que sur vous-même. »

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