Sécurité

Terrorisme au Sénégal : l’imam Ndao relaxé, jusqu’à vingt ans ferme pour les 29 co-prévenus

Des soldats sénégalais lors d'un exercice avec des militaires américains, en juin 2014 (image d'illustration). © Creative Commons / Flickr / US army Africa

Poursuivi notamment pour « apologie du terrorisme » et « association de malfaiteurs », l’imam Alioune Badara Ndao a été relaxé jeudi en première instance. Les 29 co-prévenus, dont Makthar Diokhané, le « cerveau » présumé, ont été condamnés à des peines allant jusqu'à vingt ans de prison.

Derrière sa longue barbe blanche, l’imam Alioune Badara Ndao est devenu le visage d’un feuilleton judiciaire inédit au Sénégal, sur fonds de suspicion de création d’une base jihadiste et de liens avec les organisations terroristes Daesh et Boko Haram.


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Le procès, ouvert en avril dernier, aura duré trois mois. L’imam Ndao, lui, est en prison depuis 2015. Ce jeudi 19 juillet 2018, le juge Samba Kane l’a relaxé des principaux chefs d’accusation, dont « apologie du terrorisme », « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » et « blanchiment de capitaux », pour lesquels le parquet avait requis trente ans de prison.

Le prédicateur de la mosquée de Kaolack a toutefois été jugé coupable de « détention illégale d’arme » et condamné à un mois de prison avec sursis. « La justice a démontré que les chefs d’accusation les plus lourds dirigés contre notre client étaient infondés. L’imam Ndao a été impliqué à tort dans cette affaire. Son seul malheur est d’avoir été en contact avec des gens poursuivis pour des affaires de terrorisme. Le parquet a fait un excès en l’impliquant », estime Me Babacar Ndiaye, avocat de l’imam.

Une relaxe accueillie comme un jugement divin par les fidèles de l’imam, venus en nombre et qui, à la prononciation du jugement, se sont jetés au sol en criant « Allah Akbar ».

Jusqu’à vingt ans de prison ferme

Au prétoire, les co-prévenus de l’imam ont été condamnés à des peines bien plus sévères, s’échelonnant de cinq à vingt ans de prison. La plus lourde a été attribuée à Makthar Diokhané, considéré comme étant la tête pensante de la cellule terroriste présumée.

Une décision « hasardeuse », selon l’avocat de Makthar Diokhané

Connu des services de police pour ses relations avec Boko Haram, il a été condamné à vingt ans de prison ferme. « La Cour n’a pas encore communiqué les motifs de cette décision qui nous semble hasardeuse. Dans cette affaire, « l’association de malfaiteurs » a été motivé en acte de terrorisme. C’est inédit ! martèle Me Alassane Cissé, avocat de Makthar Diokhané. Cette décision est d’autant plus caustique que le procureur avait abandonné ce chef d’accusation, estimant que mon client était seulement complice de cette infraction. Nous entendons nous battre en appel, mon client devrait être tranquillement chez lui. »

Une affaire d’une ampleur hors norme

Avec 29 co-prévenus jugés à l’ouverture du procès en avril, l’affaire de l’imam Ndao est d’une envergure sans commune mesure au Sénégal. Par son ampleur, et par la gravité des faits reprochés. En substance, les 30 prévenus sont accusés d’avoir voulu installer une base jihadiste en Casamance, dans le sud du Sénégal, afin d’établir un vaste réseau ouest-africain, étendu à la Gambie, la Guinée ou la Guinée-Bissau. Un projet tentaculaire face auquel la justice sénégalaise a souhaité faire preuve de la plus grande fermeté.

Les éléments du dossier démontrent que l’imam Ndao ne peut pas être condamné pour détention illégale d’arme », affirme la défense de l’imam Ndao

Makthar Diokhané, « cerveau » présumé du réseau, et ses avocats sont clairs sur leur intention d’interjeter appel. De leur côté, et malgré une relaxe de quasiment tous les chefs d’accusation, la défense de l’imam Ndao pourrait leur emboîter le pas : « Les éléments du dossier démontrent que l’imam Ndao ne peut pas être condamné pour détention illégale d’arme. Nous nous concerterons avec l’ensemble des avocats d’Alioune Ndao et déciderons s’il y a lieu ou non de faire appel. »

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