Société

Maghreb : polémiques et leçons de morale sur réseaux sociaux

Les réseaux sociaux ont été au cœur du Printemps arabe. © Richard Drew/AP/SIPA

En Algérie et au Maroc, les affaires de mœurs et les questions sociétales font désormais l'objet de virulents débats sur les réseaux sociaux.

Au Maroc, avec l’été, les hashtags fleurissent. « Kun Rajel » est apparu début juillet. En le partageant, des internautes et des pages Facebook comme « Conscience marocaine », « Akhbar Aajila » ou une autre encore qui réclame l’introduction d’une « vraie banque islamique au Maroc », chacune agrégeant des dizaines de milliers de fans, appellent les hommes à ne pas laisser leur(s) épouse(s) ou leurs proches de sexe féminin sortir en maillot de bain ou dans des tenues « serrées », « moulantes ».

En une dizaine de jours, le hashtag a été utilisé des centaines de fois, chaque « post » apportant son lot d’explications plus ou moins subtiles – même si un certain nombre d’internautes l’emploient aussi pour le détourner, le moquer, ou pointer du doigt son caractère misogyne.

Le précédent algérien

Une campagne en tout point similaire avait déjà eu lieu en 2015, dans le pays voisin. Des pages Facebook appelaient les Algériens à « être des hommes », avec le même usage de l’impératif, et à pousser leurs épouses à porter le voile. La campagne était devenue populaire et des internautes y avaient répliqué en publiant, par exemple, des clichés de parades patriotiques pris dans les années 1970 et sur lesquels on voyait des adolescentes défiler en jupe, dans un pur style socialiste…

La Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) assurait veiller au grain, et appelait les citoyens à signaler certains comportements, notamment la diffusion de photographies personnelles sans autorisation. La même année, la réalisatrice algérienne Sofia Djama avait ouvert une page Facebook sur laquelle elle collectait les dizaines de clichés de jambes postés par des internautes algériennes après qu’une étudiante en jupe courte avait été refoulée de la faculté de droit d’Alger.

Allers-retours entre le « online » et l’arène politique

Chaque été apporte maintenant ses cris d’orfraie saisonniers d’internautes puritains. En 2015, sur une plage d’Agadir, deux surfeurs avaient tendu une banderole avec une inscription en anglais à l’attention des baigneuses, « Respect Ramadan No Bikinis ». Un cliché est alors pris pour capturer cette injonction et il est partagé en ligne. Les réseaux sociaux s’enflamment et à ceux qui en appellent à l’interdiction pure et simple du bikini, d’autres répondent que les femmes portant le niqab font fuir les touristes occidentaux… Sur la plage et plus encore en ligne, la mesure et la retenue ne sont pas toujours de mise.

En Algérie comme au Maroc, un savant jeu d’allers-retours entre le « online » et l’arène politique ou l’espace public s’est donc installé

En matière de débats sociétaux, en Algérie comme au Maroc, un savant jeu d’allers-retours entre le « online » et l’arène politique ou l’espace public s’est donc installé, l’une influençant l’autre et inversement. Le hashtag est devenu un moyen de répondre à un homme politique tout comme des pages Facebook peuvent provoquer à un happening. En 2015, la sortie d’Abdelilah Benkirane, chef du gouvernement marocain, comparant les femmes à des lustres éclairant les foyers, avait poussé de nombreuses internautes à s’indigner en ligne en faisant circuler le hashtag #Anamachitria -« je ne suis pas un lustre »-, avant d’organiser une manifestation bien réelle, lors de laquelle des pancartes reprenant le mot-dièse sont brandies, le transformant en slogan.

Le Maroc et l’Algérie, sont des pays friands de réseaux sociaux. Selon des chiffres publiés en 2017 par Medianet, société tunisienne, l’Algérie compte 17 000 000 d’utilisateurs Facebook, soit a peu près la moitié de la population, dont 35% de femmes. Au Maroc, selon la même société, ils sont environ 13 000 000 d’utilisateurs du réseau social, soit pas loin de 40% de la population, et parmi eux, 35% sont des femmes.

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