Politique

Tunisie – Taïeb Baccouche : « Je n’exclus pas de participer au prochain processus politique »

Taïeb Baccouche est un poids lourd de la scène politique tunisienne. © Ons Abid pour Jeune Afrique

« Centres de débarquement » au Maghreb, crise en Libye, élections en Tunisie... Taïeb Baccouche, le secrétaire général de l'Union du Maghreb arabe se livre à Jeune Afrique et affiche sa vision pour son pays d'origine.

Nommé à la tête de l’Union du Maghreb arabe (UMA) depuis mai 2016, l’ex-ministre des Affaires étrangères en Tunisie, Taïeb Baccouche, veut être l’homme qui fera renaître l’union maghrébine. Dans une interview à Jeune Afrique, il dresse le bilan de ses deux ans de mandat à la tête de l’organisation et se confie sur ses ambitions politiques dans son pays d’origine.

Jeune Afrique : Alger, Tunis et Rabat s’opposent aux « centres de débarquement » de migrants sur leur territoire, souhaités par l’Union européenne. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Taïeb Baccouche : Quand j’étais ministre des Affaires étrangères en Tunisie, entre 2015 et 2016, j’avais catégoriquement refusé de tels centres, que certains pays, dont je tairai le nom, m’avaient pourtant proposé. Il est tout à fait normal que les pays du Maghreb les refusent. Je défends cette position comme une décision commune au secrétariat général de l’UMA.

S’il faut retarder les scrutins en Libye de quelques semaines ou mois, ce n’est pas dramatique

Sur le volet libyen, la date du 10 décembre a été arrêtée pour des élections présidentielle et législatives. La date est-elle tenable ?

L’essentiel est d’avoir un accord sur le principe même des élections, ce qui revient à résoudre les problèmes de manière pacifique et politique. Le principe d’élections d’abord, la date ensuite. Et s’il faut retarder les scrutins de quelques semaines ou mois, ce n’est pas dramatique.

J’ai discuté avec Monsieur Ghassan Salamé, chargé de la mission onusienne en Libye, et nous avons évoqué l’éventualité d’un désarmement des milices avant les scrutins. Cela ne sera pas simple, mais les efforts sont multiples pour faire réussir ce processus. Au sein de l’UMA, nous préparons une réunion à Tripoli des ministres des Affaires étrangères. C’est une manière de soutenir le processus politique et de manière pacifique. Là encore, nous arrivons à mener une action politique, je ne dirais pas de manière simple, mais de plus en plus efficace.

Qu’espérez-vous réaliser durant le reste de votre mandat à l’UMA ?

Outre la réunion des ministres des Affaires étrangères et des ministères sectoriels, j’ai l’espoir de réunir à nouveau le sommet de l’UMA, qui ne s’est pas tenu depuis vingt-quatre ans. Je profiterai de ce septième sommet pour amender les textes fondateurs dont certains articles sont inadaptés ou obsolètes. Par exemple, les décisions de l’UMA doivent être prises à l’unanimité, ce qui équivaut à un droit de veto. Ce système est inadapté à la structure de l’organisation.

Quand je le compare à celui du Comesa [le Marché commun de l’Afrique orientale et australe, ndlr], je vois que les choses marchent beaucoup mieux avec un système plus souple. Nous avons d’ailleurs signé un accord de coopération avec le président du Comesa. Nous essayons de coordonner notre action sur tous les niveaux. D’ailleurs, je tiens à rappeler que dans les jours qui viennent, la Tunisie va rejoindre le Comesa. 

Sur quels points l’UMA peut-elle apporter davantage que d’autres organisations, telles que l’Union africaine (UA) ou encore la Ligue arabe ?

L’essentiel est de coordonner l’action avec l’Union africaine. L’UA prend des décisions de plus en plus importantes pour une meilleure intégration au sein de l’Afrique. Et l’UMA est l’une des communautés africaines les plus importantes sur le plan de la superficie, du nombre d’habitants et du PIB. C’est une communauté qui est appelée à devenir une véritable locomotive. Il faut agir en ce sens. Nous ne pouvons pas avancer seuls, mais à l’échelle africaine nous pouvons faire davantage.

Toute la Tunisie est actuellement en difficulté et il est tout à fait normal que je participe à ma manière à essayer d’améliorer la situation

À Tunis, beaucoup vous voient un rôle en politique intérieure, notamment comme potentiel pacificateur des querelles au sein de Nidaa Tounes. Que vous inspire ces appels du pied ?

Je ne suis pas coupé de mon pays d’origine, ni de sa vie politique. Mais mon appréciation n’est pas limitée à un parti qui est en difficulté, toute la Tunisie est actuellement en difficulté et il est tout à fait normal que je participe à ma manière à essayer d’améliorer la situation.

Participer à votre « manière », que cela signifie-t-il ?

Je ne suis pas tout le temps sur place car j’ai une responsabilité à l’échelle maghrébine. Je m’occupe donc d’abord de la Tunisie en tant que pays maghrébin, ensuite je m’y intéresse aussi en tant que Tunisien.

Mais pas à travers un parti politique ?

Pour le moment, pas à travers un parti politique. Mais je n’exclus rien du tout.

Serez-vous candidat aux élections de 2019 ?

C’est prématuré. Rien n’est encore clair. J’étudie la situation, j’observe. Je discute avec tous ceux qui souhaitent me parler et je me fais mon idée au fur et à mesure, mais aucune décision ne peut être prise à la légère ou prématurément. Ce que je sais, c’est qu’il y aura prochainement un processus politique et que je n’exclus pas d’y participer.

 

Après la défaite du Maroc face à la candidature des États-Unis, du Canada et du Mexique pour l’organisation du Mondial 2026, le secrétaire général de l’UMA se veut également le promoteur d’une candidature maghrébine conjointe pour le Mondial 2030. Pour en apprendre plus sur cette initiative, retrouvez la suite de l’interview de Taïeb Baccouche dans le prochaine numéro de Jeune Afrique

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