Savimbi est-il définitivement mort ?

Écrit par Cheikh Yérim Seck

Transformer l'ex-rébellion en force politique d'ici aux élections générales de la fin 2004. Tel était l'enjeu du congrès de l'Unita, qui s'est tenu du 24 au 27 juin.

Le IXe congrès de l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita), réuni du 24 au 27 juin à Viana, dans la banlieue de Luanda, est historique : c’est le premier qui, depuis la création du mouvement, le 13 mars 1966, se tient en l’absence de son « président-fondateur » Jonas Malheiro Savimbi, mort au combat le 22 février 2002. C’est également le premier où le président et les autres responsables sont désignés à la suite d’un vote, et non par acclamation.
Mais l’enjeu de ces assises va bien au-delà de la compétition entre le secrétaire général Paulo Lukamba Gato, le chef de la mission externe du parti Isaias Samakuva, et l’outsider Dinho Chingunji, tous trois candidats au fauteuil vacant de Savimbi. Le congrès est celui de la « re-fondation » censé transformer l’instrument d’une guerre qui aura duré vingt-huit ans en un parti légal visant à s’imposer par les urnes dans un cadre démocratique. C’est un moment important de la mutation de l’Unita engagée depuis l’accord de paix du 4 avril 2002. Lequel a abouti, le 24 juin, à l’adoption par les 1 250 délégués (venus des 18 provinces du pays et de l’étranger) des nouveaux statuts du parti, fruit du travail de la commission de révision des textes mise en place le 20 août 2002. Le congrès a également arrêté un programme de gouvernement alternatif au pouvoir du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA, au pouvoir).
Mais quelle qu’elle soit, la nouvelle direction de l’Unita va au-devant d’un défi immédiat : faire fonctionner au plus vite ses nouvelles structures pour atteindre l’objectif de la victoire aux élections générales prévues fin 2004-début 2005. Pour battre le candidat du MPLA, l’actuel chef de l’État Eduardo Dos Santos, il faudra élargir la base du parti qui revendique 40 % de l’électorat (soit l’équivalent du poids démographique des Ovimbundus, l’ethnie de Savimbi établie dans la région des Hauts-Plateaux, au centre du pays). De même, l’Unita devra achever son implantation sur l’ensemble du territoire pour passer des 70 élus obtenus lors des législatives de 1992 à la majorité des 220 députés qui siègent à l’Assemblée nationale.
Seule une formation homogène peut atteindre ces résultats. D’où l’importance accordée par le congrès à la consolidation de l’unité. À commencer par une meilleure réintégration des éléments de l’Unita-Renovada, revenus à la « maison mère » le 8 octobre 2002, après une dissidence de quatre ans.
La nouvelle direction devra rassembler les hommes, mais également des moyens. L’Unita fonctionne grâce à un financement public d’environ 13 millions de dollars par an (calculé sur la base des 1 347 000 voix obtenues en 1992, chaque voix valant 10 dollars). « Cette enveloppe est insignifiante au regard des besoins du parti, à en croire Paulo Lukamba Gato. Il lui faut se donner des moyens propres à la hauteur de ses ambitions. »
Reste à débarrasser la formation de ses oripeaux de la guérilla et autres slogans révolutionnaires. « L’Unita va sortir de son congrès avec des habits neufs et rassurer l’opinion angolaise et les partenaires extérieurs du pays sur son attachement à la démocratie pluraliste, à l’économie libérale et aux valeurs universelles », rapporte un congressiste.
Une tâche qui s’annonce ardue. Le mouvement du « Galo Negro », comme on appelait Savimbi, s’est, dans son histoire récente, plusieurs fois révélé incapable de troquer son treillis de rébellion armée contre les habits d’une opposition démocratique. En 1992, il a interrompu le processus électoral pour reprendre le maquis. Si elle a fait des efforts depuis la mort tragique de son chef pour se transformer en une véritable force alternative, l’Unita risque de ne pas disposer d’assez de temps pour achever sa mue d’ici aux futures échéances électorales. Le parti est en butte à une crise d’identité, partagé entre deux tendances. D’un côté, les partisans du retour aux idées politiques du « Projet de Muangaï » (du nom de la localité de la province de Moxico où le mouvement a été créé) : l’« africanité », l’indépendance, l’égalité des chances, la souveraineté nationale, la priorité au développement rural… De l’autre, les « modernistes » qui préconisent l’adaptation des idées du « président-fondateur » aux réalités actuelles.