Tourisme

Maroc – Abderrafia Zouitene : « La rénovation de la médina de Fès a déjà des retombées économiques »

Une vue de Chouara Tannery, site du patrimoine mondial de l'UNESCO, au cœur de l'ancienne médina de Fès. © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Si la restauration de la médina de Fès doit s'achever en 2023, celle-ci permet déjà de donner une impulsion au rayonnement de la ville, soutient Adberrafia Zouitene, président de la fondation Esprit de Fès et ancien patron de l'Office national du tourisme.

Lorsqu’on se balade dans les dédales de la médina de Fès, la plus grande du Maroc, la magnificence de la bibliothèque et de la mosquée Al Quaraouiyine, ses impressionnantes tanneries ancestrales, et ses dizaines de riads cachés ici et là procurent une sensation de vertige.

Ses monuments ont valu à la vieille ville de la capitale culturelle et spirituelle du royaume chérifien d’être classée au patrimoine mondial de l’Unesco en 1981. Sa restauration achevée en 2018, dont une partie devrait s’étaler jusque 2023, pourrait lui donner un nouveau souffle, soutient Abderrafia Zouitene, président de la fondation Esprit de Fès, à l’origine du festival des musiques sacrées de la ville depuis 2014 et ancien patron de l’Office national du tourisme.

Jeune Afrique : Pour la 24e édition du festival des musiques sacrées, vous avez choisi de mettre en valeur les savoirs ancestraux. Est-ce pour célébrer la rénovation de la médina achevée en 2017, avant ce nouveau programme 2018-2023 ?

Abderrafia Zouitene : L’avenir de Fès réside dans sa médina, la plus vieille et la plus grande du monde. Célébrer les savoirs ancestraux permet de mettre en avant ce renouveau exceptionnel et ce programme de restauration et de revalorisation, en lui offrant une animation qui rappelle celle d’antan. Il est important que les habitants de la médina s’approprient également l’événement, d’où des concerts gratuits dans toute la ville.

Le cap de plus d’un million d’arrivées a été franchi pour la première fois en 2017

Sur l’année 2017, les recettes touristiques représentaient environ 72 milliards de dirhams au niveau national. La deuxième tranche de cette restauration qui vient d’être lancée, pour 1,5 milliard de dirhams, va permettre de donner une impulsion au rayonnement et au positionnement de la ville. Sur l’année 2017, les recettes touristiques représentaient environ 72 milliards de dirhams au niveau national : c’est le premier poste contributeur à la balance des devises.

À l’échelle nationale, quel est le poids du tourisme de Fès et sa région ?

Au niveau des retombées économiques, la rénovation a déjà porté ses fruits, avec le cap de plus d’un million d’arrivées franchi pour la première fois en 2017. Notre stratégie a été payante : la notoriété et l’image de la ville est plus forte aujourd’hui.

Nous avons fait en sorte de relier Fès à toutes les grandes capitales européennes, c’est devenu le quatrième aéroport du pays en termes d’arrivées

La ville a également connu la plus forte croissance de son activité touristique au niveau national, soit 30 % en 2017.

Comment expliquez-vous cette attractivité ?

Les villes qui reçoivent le plus de touristes ne sont pas les cités balnéaires. Fès possède un patrimoine d’une telle richesse, c’est un véritable musée à ciel ouvert avec notamment la plus vieille université du monde, celle d’Al Quaraouiyine. La restauration a redonné vie à l’âme de la capitale spirituelle du royaume. La région possède une véritable diversité dans l’offre touristique avec Meknès ou Azrou.

Quelles sont les perspectives et les ambitions de la région ?

Fès a l’ambition de devenir la future Séville. Nous en avons les atouts et le patrimoine, à nous de le mettre en valeur. Pour cela, nous misons sur le tourisme culturel et religieux. La région est un creuset des cultures avec la culture amazighe, arabo-islamique, hébraïque, phénicienne, romaine et africaine. De plus, il y a les pèlerinages au mausolée de Sidi Ahmed Al Tijani, avec plus de 300 millions d’adeptes dans le monde de la confrérie tijaniyya, ainsi que les mausolées de Moulay Idriss II à Fès et de Moulay Idriss Ier près de Volubilis.

Mon travail est de faire en sorte que ça devienne une région majeure du tourisme, en misant notamment sur le tourisme individuel, notamment grâce au digital. Dès qu’on emploie les mots « arabe » ou « musulman », il y a des a priori qu’il faut défaire et ce n’est pas facile. Nous communiquons sur nos valeurs de tolérance, d’hospitalité, d’art de vivre – à travers la gastronomie, l’architecture, les réalisations des maîtres artisans – qu’on a célébrées durant ce festival.

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