Politique

Tunisie : politiques, milices, imams… Le rapport sur les libertés individuelles et l’égalité fait réagir

Lors de la première Université d'automne des femmes tunisiennes et françaises, à Tunis, le 30 septembre 2016. © Amine Landoulsi/AP/SIPA

Le rapport progressiste de la Commission des libertés individuelles et de l'égalité (Colibe) suscite depuis sa publication, le 12 juin, de nombreux avis divergents, entre dénonciations virulentes et soutien inattendu.

Rendu public sur la toile le 12 juin, le rapport de la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (Colibe) a été présenté dans le détail lors d’une conférence de presse le 20 juin. L’initiative du président de la République, Béji Caïd Essebsi, est une démarche jugée aussi réformatrice qu’audacieuse mais est ancrée dans une logique. Elle consiste à une harmonisation des lois en vigueur en matière de libertés individuelles et d’égalité avec la Constitution, ainsi que les conventions internationales signées par la Tunisie.


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Les principaux partis siégeant à la constituante en 2014, dont Ennahdha, avaient adopté à l’unanimité la loi fondamentale et n’ont, par conséquent, pas, ou peu, d’arguments pour s’opposer aux propositions de la Colibe.

Le parti salafiste,Hizb Ettahrir, donne de la voix et estime durant une conférence de presse que les recommandations de la Colibe sont un « projet colonialiste qui combat l’Islam et ses dispositions ». Mais la plupart des partis politiques majeurs n’ont pas réagi, comme l’individu n’était pas l’affaire de la politique.

Offensive virulente

Pourtant le projet, porteur d’une vision sociétale considérée comme révolutionnaire à l’unanimité par les progressistes, devra être soumis pour adoption par les formations siégeant à l’Assemblée. Au cœur d’une crise politico-économique sans précédent, les conservateurs, par prudence et afin d’évaluer la situation, se sont gardés de s’exprimer directement mais ont activé une offensive sur les réseaux sociaux et laissé les activistes de leur bord prendre la parole et se répandre en calomnies.

Halima Maalej, ancienne chef de file des Ligues de protection de la révolution (LPR), milices aujourd’hui interdites, est la plus virulente. Elle insulte et invective les membres de la Colibe, considérant que ce « rapport est celui de la débauche » et exhorte le mufti de la République à prendre position sur ce rapport qui « permet au père d’épouser sa fille et au frère de faire des enfants à son frère. »

Une fronde construite sur de la désinformation, puisque le Colibe ne mentionne rien de semblable et encore moins, contrairement à ce qu’arguent certains, d’interdire la circoncision.

Une fatwa réclamée

Moins hargneux mais tout aussi intransigeant, Noureddine Khadmi, ancien ministre des Affaires religieuses, est intervenu dans le cadre de l’association de la coordination nationale de défense du Coran, de la constitution, du développement et de l’équité, pour dénoncer la fetna que ce rapport, contraire à la charia et à l’Islam, allait provoquer.

Ce rapport renonce aux concepts de la morale et de la pudeur », déclaré Noureddine Khadmi

Il réclame une fatwa et l’appui du Conseil islamique soutenant que « ce rapport renonce aux concepts de la morale et de la pudeur », avec l’annulation de l’obligation de la dot dans le mariage, la viduité, l’égalité dans l’héritage, l’abrogation de la peine de mort, la liberté d’expression et de disposer de son corps ainsi que la décriminalisation de l’homosexualité.


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« La liberté sexuelle absolue contribua à la division de la société et la polarisation idéologique au sein de la famille et de la société, annonce ainsi le prédicateur durant une conférence. Tous focalisent sur les questions de mœurs mais aucun ne s’insurge publiquement sur le réel point de discorde : l’égalité dans l’héritage ». Ils en laissent le soin à l’opinion publique, qui publie des argumentaires sur les réseaux sociaux.

Toutes les propositions émises dans ce rapport s’accordent parfaitement avec l’esprit de l’Islam », affirme Fadhel Achour

Un soutien inattendu

La Colibe a reçu néanmoins un soutien inattendu : celui de Fadhel Achour, secrétaire général du syndicat des imams, qui se réclame d’un islam éclairé.

« Toutes les propositions émises dans ce rapport s’accordent parfaitement avec l’esprit de l’Islam. D’ailleurs, je tiens à rappeler aux turbulents que seul Dieu est responsable de la préservation du Coran et de la défense de la religion, d’autant plus que la charia ne s’applique que sur les croyants », a-t-il ainsi déclaré le 22 juin, affirmant que le syndicat n’éprouve « aucune réserve » quant à ce rapport.

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