Sécurité

Mali : sécurité renforcée après l’attaque meurtrière du village peul de Koumaga

Des responsables religieux de la communauté peule de la région de Mopti avec Andrew Gilmour, Sous-Secrétaire général des Nations Unies aux droits de l’homme, en novembre 2017. © Photo : MINUSMA/ Harandane Dicko

Á un mois de l’élection présidentielle, les violences se multiplient dans le centre du Mali. En dix jours, plus de 50 personnes ont été tuées dans des attaques visant la communauté peule. Le gouvernement a renforcé le dispositif sécuritaire autour du village de Koumaga, théâtre d'une attaque samedi 23 juin.

Samedi, plusieurs hommes en moto ont lancé une attaque meurtrière contre le village peul de Koumaga, dans le cercle de Djenné, à une centaine de kilomètres au sud de Mopti. Les assaillants sont des membres du groupe Dana-Amassagou, une milice dogon dirigée par un certain Ba Sidiki. Mais là où les dozos – les chasseurs traditionnels – sont habituellement faiblement armés, les hommes de Dana-Amassagou arborent des fusils automatiques : des AK 47 avec lesquels ils ont tiré sur les villageois, tuant au moins 36 personnes – selon le bilan fourni par Tabital Pulaaku, la plus importante association peule au Mali.

Les Peuls visés

Arrivés tôt le matin, les miliciens ont encerclé le village, dont ils accusent les habitants d’aider des jihadistes se trouvant dans la zone, avant de se lancer à l’attaque. « Les premières personnes tuées ont été les bergers qui faisaient sortir les vaches du village pour aller au pâturage », rapporte Abdoul Aziz Diallo, président Tabital Pulaaku. Puis les dozos ont fait irruption dans le village et ont commencé à tirer sur les villageois : 32 personnes ont été tuées.

Des civils sans défense (…) froidement exécutés par les milices dozos alors que l’armée, qui se trouvait a 12 km de là, n’est pas intervenue


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Toutes les victimes étaient peules : « des civils sans défense (…) froidement exécutés par les milices dozos alors que l’armée, qui se trouvait a 12 km de là, n’est pas intervenue », accuse Abdoul Aziz Diallo. Des militaires maliens sont finalement arrivés à Koumaga mais en début de soirée, à 18 heures, alors que les miliciens avaient déjà pris la fuite.

Le cauchemar des villageois de Koumaga ne s’est pas arrêté là. Le lendemain de l’attaque, dimanche 24 juin, alors que l’armée s’était retirée, « les dozos sont revenus en début de soirée. Ils ont encore tué quatre autres personnes », affirme Abdoul Aziz Diallo, qui dit avoir informé le gouvernement malien, plusieurs jours plus tôt, des mouvements de la milice et accuse le gouvernement malien de n’avoir « rien fait face à cette nouvelle attaque ».

Sécurité renforcée

« Chaque jour nous recevons des centaines d’alertes, les unes plus alarmantes que les autres, venant du centre du pays. Je ne sais pas qui a eu cette information concernant une éventuelle attaque contre Koumaga », concède à Jeune Afrique, sous couvert d’anonymat, un ministre malien.

Lundi, le gouvernement a dépêché sur place deux ministres : Mohamed El Moctar, ministre de la Réconciliation nationale, et Hamadou Konaté, ministre de l’Action humanitaire se sont rendus à Koumaga.

Le ministre de la Sécurité intérieure,  le général Salif Traoré, a pour sa part assuré qu’un important dispositif militaire avait été déployé dans et autour du village « pour désarmer les milices, et tous ceux qui sont en armes ». « Les forces militaires seront bientôt renforcées dans cette zone, pour ramener le calme », a-t-il affirmé.

L’armée malienne  est composée de membres de toutes les ethnies du Mali

Le ministre remet par ailleurs en cause le bilan avancé par l’association Tabital Pulaaku. «  Nous [le gouvernement, ndlr] maintenons le bilan de 16 morts lors de ces événements malheureux à Koumaga. Ce bilan a été établi sur la base du nombre des corps retrouvés par les soldats après l’attaque », affirme le ministre à Jeune Afrique.


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Cette attaque meurtrière est intervenue une semaine après la découverte, près de Mopti, de trois fosses communes, lundi 19 juin, où ont été déterrés les corps de 25 personnes. « Une mission de vérification dépêchée sur le terrain confirme l’existence de fosses communes impliquant certains personnels des Fama [Forces armées maliennes,ndlr] dans des violations graves ayant occasionné mort d’hommes à Nantaka et Kobaka dans la région de Mopti », précisait la semaine dernière le ministère de la Défense.

Depuis plusieurs semaines, des associations peules pointent du doigt l’implication de membres de l’armée malienne ou de milices alliées aux forces de sécurité dans des attaques ciblant des membres de leur communauté. « Nous comprenons la douleur des familles endeuillées mais nous les invitons à la raison. L’armée malienne n’est pas une armée ethnique. Elle est composée de membres de toutes les ethnies du Mali et la communauté peule est présenté à tous les échelons, jusqu’au grade du général », insiste le ministre de la Sécurité intérieure.

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