Société

Bac 2018 en Algérie : la coupure Internet plombe l’activité des entreprises

Dans une salle de classe à Casablanca, au Maroc, le 22 octobre 2012. (photo d'illustration) © Hassan Ouazzani pour Jeune Afrique

Pertes de production, employés au chômage technique, activités au ralenti... Les conséquences de la coupure d'Internet, souhaitée par le gouvernement durant le baccalauréat en Algérie, se ressentent fortement au niveau des entreprises locales.

Les autorités algériennes ont décidé de couper internet durant les épreuves du baccalauréat pour empêcher les fraudes massives et les fuites de sujets qui ont entaché les sessions de 2016 et 2017. Couper internet « est la seule alternative pour consacrer l’équité et la justice pour l’ensemble des candidats », a déclaré Nouria Benghabrit, la ministre de l’Éducation nationale, faisant appel à « un effort collectif » de la part des Algériens.

Un manque à gagner de 760 millions de dinars

Les épreuves du bac, débutées mercredi 20 juin se sont terminées lundi 25 juin. Contrairement aux années précédentes, des horaires précis pendant lesquels les réseaux internet fixe et mobile étaient indisponibles ont été rendus publics. La suspension du service a été fixée aux premières heures des examens, le matin et l’après-midi, de 8h30 à 9h30 puis de 15 heures à 16 heures.

La perte de production est déjà évaluée à 760 millions de dinars (5,5 millions d’euros) pour les onze heures de coupure réparties sur les cinq jours concernés, révèle Ali Kahlane, président de l’Association des opérateurs télécoms alternatifs (AOTA). Selon cet expert des TIC, « la tolérance de panne internationale normalisée pour une connexion internet utilisée en temps réel en entreprise, en administration ou autre, ne dépasse pas 5,6 minutes par an ». Or, les perturbations provoquées dernièrement par les autorités algériennes ont généré « 660 minutes de tolérance de panne ».

Les activités digitales au ralenti

Dans le domaine du e-commerce des sociétés telles que Yassir, le « Uber algérien » qui connaît un succès fulgurant ces derniers mois, ont enregistré une baisse conséquente de leur activité.

L’entreprise a anticipé la situation en mettant en place des mesures pour faire face aux coupures. La start-up algérienne a prévenu les utilisateurs que les commandes de chauffeurs sont disponibles et qu’ils « peuvent appeler le service client opérationnel 24h/24 pour réserver leurs courses sur place sans passer par l’application », précise Lamia Achouche, directrice des relations publiques. « Nos dispatchers font une simulation des prix sur place et les communiquent aux clients afin de leur donner la même visibilité disponible sur l’application digitale », poursuit-elle.

Le directeur d’une entreprise souffre d’une perte sèche de 250 000 dinars par jour comparé à un jour de semaine normale », souligne Ali Kahlane

Des entreprises à l’arrêt

Pour d’autres sociétés, les derniers jours ont été plus difficiles avec un arrêt presque complet de leurs activités. « Le directeur d’une entreprise, créée il y a six mois et qui emploie six personnes, m’a avoué qu’il souffre d’une perte sèche de 250 000 dinars par jour (près de 1 809 euros) comparé à un jour de semaine normale », souligne Ali Kahlane.

Selon le président de l’AOTAn une autre start-up a dû mettre ses employés au chômage technique face à l’incapacité d’assurer un service continu. « Reprendre après une heure de coupure, cela ne fonctionne pas car de toute façon les clients ne sont pas là, ils se disent qu’il n’y a pas internet ou que l’entreprise est difficile à contacter », ajoute-t-il.

La situation laisse pantois les professionnels du secteur qui s’inquiètent pour l’image et la compétitivité du pays à l’heure où Houda-Imane Faraoun, ministre de la Poste, des Télécommunications, des Technologies et du Numérique, évoque une expansion de l’opérateur public Mobilis vers l’Afrique, notamment au Mali.

« Comment peut-on réellement soumissionner pour une quatrième licence (4G) à l’échelle internationale alors même que notre tolérance de panne au niveau d’internet n’est pas aux normes internationales et comment le Mali, qui est certes mal loti, peut nous prendre au sérieux quand on décide de couper internet pour un oui ou pour un non ? », s’interroge Ali Kahlane.

La situation est d’autant plus ironique que le pays doit accueillir son premier sommet international des « Smart Cities » (villes intelligentes), les 27 et 28 juin prochain à Alger.

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