Politique

Algérie – Affaire Kamel Chikhi : les politiques réagissent près d’un mois après la saisie de cocaïne à Oran

Ahmed Ouyahia, Premier ministre de l'Algérie. © Paul Schemm/AP/SIPA

En l’espace de trois jours, les langues des politiques algériens se délient au sujet de l’affaire de la saisie de 701 kg de cocaïne au port d'Oran. Après le Premier ministre Ahmed Ouyahia, c’est au tour du ministre de la Justice de s’exprimer sur le sujet.

L’affaire de la saisie de 701 kg de cocaïne à Oran, fin mai, fait – enfin – réagir les politiques algériens. Le ministre de la Justice, Tayeb Louh, est sorti de son silence lundi, pour déclarer devant l’Assemblée populaire nationale (APN) que l’affaire a révélé l’existence de plusieurs autres affaires. Au total, ce sont quatre enquêtes dans lesquelles apparaît le nom de Kamel Chikhi qui sont actuellement ouvertes, dont deux liées au trafic d’influence et une portant sur du blanchiment d’argent.

Le magnat de l’immobilier reconverti dans l’importation de viande congelée est notamment soupçonné d’avoir offert des pots de vins à des fonctionnaires afin de faciliter l’acquisition de terrains ou d’obtenir des permis de construire. Le ministre de la justice a également insisté sur l’importance de la distinction entre ces différentes enquêtes dans l’identification des témoins et des suspects.

« Tolérance zéro envers les corrompus »

Selon Tayeb Louh, c’est grâce à l’enquête préliminaire sur la saisie de cocaïne que certains éléments ont pu être révélés. Les enquêteurs se sont notamment appuyés sur l’exploitation du matériel informatique – en particulier des disques durs – et des images des caméras de surveillance saisies au bureau de Kamel Chikhi. L’homme filmait ses rencontres avec ses interlocuteurs à leur insu.

Le ministre de la Justice a également déclaré que « six personnes sont en détention » et que « 12 autres seront présentées au juge aujourd’hui ou demain [lundi ou mardi, ndlr] et pourraient être mises en prison ». Dans le dossier portant sur le blanchiment d’argent présumé, le parquet a diligenté des commissions rogatoires internationales, a affirmé le ministre, qui a martelé qu’il comptait appliquer la « tolérance zéro envers les corrompus ».

Le Premier ministre Ahmed Ouyahia a de son côté profité de sa conférence de presse à l’issue de la réunion du conseil national du RND, vendredi, pour s’exprimer – en creux – sur l’enquête. Qualifiant le trafic de drogues « d’agression (qui)  s’abat sur nos frontières de plusieurs destinations ».

La crainte des juges

« La société algérienne a montré sa fermeté et son unité et les citoyens sont unis quand il s’agit des intérêts du pays. Donc, on tente de la pourrir de l’intérieur avec la drogue qui est une arme qui attaque d’abord notre jeunesse », a-t-il ajouté avant de rappeler la position du RND en matière de lutte contre le trafic de drogues, « à savoir l’application de la peine de mort ».

« Je ne parle pas d’un jeune qui serait pris dans un contrôle avec un gramme de drogue, celui-là, la justice le jugera selon la loi. Mais je parle de ceux qui veulent détruire le pays », a-t-il lancé.

Si 18 magistrats ont été entendus par l’inspection générale du ministère de la Justice, dont 11 ont été suspendu, le Syndicat national des magistrats (SNM) a affirmé dans un communiqué que les informations relayées sur une « pseudo-implication de juges » dans l’affaire des 107 kg de cocaïne saisies au port d’Oran « sont infondées et ont pour objectif d’attenter au corps des magistrats et de faire dévier l’enquête. » Ils dénoncent un amalgame entre les différentes enquêtes dans les médias.

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