Politique

Turquie – Écoles Gülen en Afrique : « La fondation Maarif négocie avec tous les pays d’Afrique »

Birol Akgün, président de la fondation Maarif depuis 2016, lors de la 46e édition de la Fête Nationale du Cameroun en Turquie. © Facebook Fondation Maarif

Chargée de reprendre le contrôle des écoles affiliées au mouvement Gülen, dont les fermetures ont été souhaitées par le président Erdogan, la fondation Maarif, créée juste après le putsch de 2016, a depuis mis en place de nouveaux établissements. Son président, Birol Akgün, revient sur les objectifs en Afrique.

Lors de la dernière tournée de Recep Tayyip Erdogan, le président turc, en Afrique (Algérie, Mauritanie, Sénégal, Mali), en février, il était du voyage. Birol Akgün n’est pas connu du grand public. Pourtant, depuis le coup d’État du 15 juillet 2016, dont les autorités attribuent la paternité à « l’organisation terroriste » de l’imam Fethullah Gülen, il fait partie du dispositif visant à évincer les cadres de ce mouvement de tous les rouages de l’État. Police, justice, armée, enseignement ont été massivement purgés en Turquie même. Mais la lutte a des prolongements en Asie centrale, en Europe et en Afrique.

Depuis des années, le réseau Gülen y a en effet méthodiquement implanté ses ouailles et exporté son « modèle » d’un islam qui se prétend tolérant. Son fer de lance : des centaines d’établissements scolaires réputés pour leur excellence, mais dans lesquels leurs détracteurs voyaient la volonté de former des élites locales totalement dévouées à la cause d’une redoutable communauté.

Créée juste après le putsch de 2016, la fondation Maarif, que préside Birol Akgün, a pour objectif de reprendre le contrôle de ces écoles (financées sur fonds privés) ou de créer des écoles expurgées de toute influence guléniste. Avec tous les problèmes que cela implique : budgétaires, juridiques (reprise de ces établissements, expropriations de terrains parfois privés), techniques (trouver des professeurs qualifiés en nombre suffisant), le tout après des négociations avec les autorités locales.

Diplômé de la Faculté des Sciences sociales de l’Université d’Ankara (1993), Birol Akgün, 50 ans, a obtenu un master et un doctorat aux États-Unis. À son retour en Turquie, où il est professeur depuis 2009, il a occupé des postes à responsabilité dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur. Jusqu’à sa nomination à la tête de Maarif, en 2016, dont il nous détaille les objectifs en Afrique.

Jeune Afrique : Comment fonctionne la fondation Maarif ?

Birol Akgün : La Turquie a choisi d’inscrire Maarif dans le cadre du Programme du développement durable à l’horizon 2030 des Nations unies. Créée par la loi du 17 juin 2016, la Fondation dispose d’une assemblée dirigeante de douze membres (qui désigne les membres du conseil d’administration et son président) ainsi que d’un conseil d’inspection. Chaque membre du conseil d’administration s’est vu attribuer un domaine d’intervention technique et géographique. Nous avons défini sept zones d’activité : l’Amérique (Sud et Nord) ; l’Europe ; l’Europe de l’Est et les Balkans ; l’Asie-Pacifique ; l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient ; l’Afrique I (anglophone) et l’Afrique II (francophone).

Allez-vous souvent sur le terrain, en Afrique ?

Nous y sommes de façon permanente, notamment à Djibouti, au Gabon, en Gambie, en Guinée, en Mauritanie, au Niger, à São Tomé-et-Prìncipe, au Sénégal, en Somalie, au Soudan, au Tchad et en Tanzanie. Nos directeurs sont sur place, ainsi que nos enseignants (qui sont des enseignants locaux), nos élèves et leurs parents. En outre, tous nos services font régulièrement des visites de travail dans tout le continent.

Notre fondation est indépendante. Nous n’avons pas de contacts réguliers avec le président de la République

Comment travaillez-vous avec le président Erdogan ? Intervient-il directement auprès des chefs d’État africains afin de faire fermer les écoles Gülen ?

Notre fondation est indépendante. Nous n’avons pas de contacts réguliers avec le président de la République, mais sans doute les autorités turques emploient-elles des canaux diplomatiques pour faire part à leurs interlocuteurs africains de leurs préoccupations [concernant la menace guléniste, ndlr]. De notre côté, nous nous tenons prêts lorsqu’il faut apporter des solutions dans le domaine de l’éducation.

Nous ne sommes pas responsables de la lutte contre le mouvement Gülen

Combien d’écoles Gülen ont-elles été fermées en Afrique depuis le coup d’État ?

Impossible de les dénombrer. Nous ne sommes pas responsables de la lutte contre le mouvement Gülen, nous ne fermons pas d’écoles ; en revanche, nous en ouvrons ou en reprenons [aux gulénistes, ndlr]. Certains pays d’Afrique ont mis fin aux activités de ces écoles, d’autres nous les ont transférées.

Nous sommes présents dans 42 pays du monde

Combien d’ex-écoles Gülen gérez-vous ?

Nous sommes présents dans quarante-deux pays du monde. Nous créons ou gérons des établissements allant du préscolaire à l’enseignement supérieur, des laboratoires, des centres de recherche, des cours de soutien, des dortoirs et résidences étudiantes. Nous publions également des contenus pédagogiques, concluons des partenariats avec d’autres organismes éducatifs et attribuons des bourses. Nous ne sommes pas de simples gestionnaires d’établissements scolaires, mais une structure qui porte un modèle à travers le monde.

Maarif a-t-il créé des écoles en Afrique ?

Oui, en Gambie, au Niger, en Sierra Leone. Cela fait partie de notre objet statutaire et de nos objectifs.

Avec quels pays êtes-vous encore en négociation ?

Avec l’ensemble des pays africains car, dès que nous recevons une demande, que ce soit pour une ouverture ou une reprise d’établissement, nous mettons tout en œuvre pour y répondre.

Avez-vous les moyens d’assurer une bonne qualité d’enseignement, et quel est votre budget ?

Il repose sur des fonds publics, issus directement du budget de l’État, auxquels s’ajoutent des dons et les revenus de nos activités. Mais ce sont surtout nos enseignants, cadres et employés locaux qui font la réussite de nos écoles.

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