Hôtellerie

[Tribune] Pour une vraie politique touristique au Tchad

Par

Directeur général de l'Hilton N’Djamena

Région d'Ennedi, au Tchad © Nicolas Michel pour Jeune Afrique

Quasi-exclusivement basée sur les marchés « business » et « diplomatie/ONG », l’hôtellerie tchadienne, à l’image du pays tout entier, subit de plein fouet le ralentissement économique qui remonte à 2008 et s’est accéléré depuis 2015, de nombreuses entreprises internationales ayant alors drastiquement réduit leurs activités, voire même quitté le Tchad.

Les récents efforts du gouvernement visant à attirer à nouveau les investisseurs (notamment la table ronde qui s’est tenue en septembre 2017 à Paris) et les prémices d’un redressement du cours du baril de pétrole nous laissent espérer que le pire est derrière nous.

Nous recommençons, en effet, à voir arriver des clients qui viennent au Tchad pour y explorer les potentiels d’investissements. Certains secteurs semblent plus prisés que d’autres : le pétrole, qui reste l’activité prédominante au Tchad, les énergies renouvelables (solaire et éolien), et les biens de consommation. Mais il faut être prudent et ne pas s’emballer trop vite. La route du retour à une certaine prospérité est encore longue et semée d’embûches.

Face à cette situation préoccupante et afin de contrecarrer les effets négatifs de la baisse d’activité, les acteurs du marché hôtelier ont dû prendre des mesures économiques, commerciales et qualitatives afin de nous permettre de traverser cette période de turbulence le mieux possible.

Des trésors insoupçonnés

Mais tous ces efforts doivent également s’accompagner de réflexions au plus haut niveau de l’État sur l’avenir de l’activité hôtelière au Tchad, qui s’appuie aujourd’hui sur deux principaux secteurs : le marché « business » et celui de la diplomatie et des ONG. L’activité touristique est très marginale.

Cependant, l’expérience prouve que se concentrer sur un marché aussi aléatoire que peut l’être le marché « affaires » au sens large au Tchad est un risque important et qu’il est donc nécessaire de lui rechercher des alternatives viables à long terme. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, le marché touristique est très certainement LE grand marché d’avenir au Tchad.

Ce pays recèle des trésors et des potentiels insoupçonnés. Que ce soient l’Ennedi, le site de la découverte de Toumaï, Zakouma… pour ne citer que ceux déjà un peu connus, le Tchad dispose d’atouts absolument uniques et qui devraient permettre une capitalisation de notoriété très importante.

Une politique touristique est un long processus qui verra un début d’aboutissement dans cinq ou dix ans

Je suis convaincu que le tourisme est l’un des atouts forts du Tchad pour le futur. Mais pour cela, il faut une vraie volonté politique et une vision à long terme. Une politique touristique ne s’improvise pas, ne se met pas en œuvre et ne commence pas à porter ses fruits du jour au lendemain. C’est un long processus qui verra un début d’aboutissement dans cinq ou dix ans peut-être. Cela peut paraître long sur le papier, mais dans la réalité c’est demain. Mais pour que demain soit réussi et qu’il voie la prospérité du Tchad se développer, c’est aujourd’hui qu’il faut le préparer. De notre côté nous sommes prêts et nous sommes demandeurs à y participer. Mais nous ne pouvons le faire seuls.

Anticiper

D’ailleurs, le plus gros problème auquel se heurte le Tchad est son image sur les marchés internationaux : elle est quasi inexistante et si tant est qu’elle existe, elle est très négative. Il est donc primordial et indispensable que les autorités investissent un minimum dans une communication institutionnelle positive montrant l’attractivité du pays et ses atouts. Sans cela, les différents acteurs économiques du Tchad n’auront aucune crédibilité à l’international.

Après une décennie particulièrement difficile, certains considèrent que nous sommes maintenant sortis du « creux de la vague ». Il serait cependant déraisonnable d’en tirer des conclusions résolument positives. Il faut plus se tourner vers l’avenir pour essayer d’anticiper une évolution positive de la situation économique tchadienne.

Aujourd’hui le principal indicateur qui permette de se projeter dans le futur est le prix du baril de pétrole. Comme évoqué plus haut, celui-ci est reparti à la hausse et les prévisionnistes éclairés pensent que cette hausse va perdurer sur les prochaines années. Du point de vue de l’économie tchadienne, c’est vraiment ce qu’il faut espérer et c’est ce qui nous permet de rester optimistes dans le contexte actuel.

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