Politique

Émirats arabes unis : des cadres du Hezbollah et du régime syrien accusés de blanchir leur argent à Dubaï

Dubaï, Émirats arabes unis. © Wikimedia Commons

Le marché de l’immobilier de Dubaï sert-il à blanchir l'argent de personnalités liées au Hezbollah ou au régime syrien ? C’est l'accusation que porte le très sérieux Center for Advanced Defense Studies (C4ADS), un think tank américain spécialisé.

Des membres du Hezbollah, des cadres de la République islamique d’Iran ou encore du régime de Bachar al-Assad, autant d’adversaires politiques désignés d’Abou Dhabi, auraient des intérêts financiers avec les Émirats arabes unis (EAU). C’est en tout cas ce que révèle le rapport du C4ADS, qui épingle les réseaux de blanchiment d’argent présents sur le marché de l’immobilier de luxe à Dubaï.

Au total, selon le rapport Sandcastles du think tank américain C4ADS, 44 biens immobiliers, d’une valeur de 28 millions de dollars seraient directement détenus par des individus faisant l’objet de sanctions américaines. Et 37 autres propriétés, pour une valeur globale estimée à 79 millions de dollars, seraient détenues par leurs proches et leurs réseaux. Des « châteaux de sable » achetés avec un seul objectif : le blanchiment d’argent.

Des personnalités épinglées

Parmi ces personnalités, les frères Kamel et Issam Amhaz. Ces deux citoyens libanais proches du Hezbollah font l’objet de sanctions américaines depuis 2014 après avoir acquis du matériel électronique nécessaire à la fabrication de drones militaires pour la milice chiite. Dans ce cas, les transactions ont été effectuées sous couvert de leur compagnie, la Star Group Holding, spécialisée dans la vente d’appareils électroniques.

Selon le rapport, l’un des frères, Issam, possède une propriété à son nom à Dubaï et plusieurs associés de la Star Group Holding possèdent 13 propriétés aux EAU, pour une valeur de 70 millions de dollars.

Deux autres frères sont également épinglés : Rami et Ihab Makhlouf, des cousins de Bachar el-Assad, à la tête de l’une des plus grandes fortunes de la Syrie. Les deux hommes font l’objet de sanctions américaines depuis 2008 pour corruption. Rami Makhlouf fait aussi l’objet de sanctions européennes depuis 2011 pour complicité dans des exactions perpétrées contre les populations civiles. Alors que les EAU soutiennent la rébellion syrienne militairement, financièrement et politiquement depuis 2011, ces deux hommes possèdent cinq propriétés sur l’île artificielle The Palm Jumeirah, pour une valeur de plus de 4 millions de dollars.

Wael Abdulkarim et Ahmad Barqawi, également cités dans le rapport, entretiennent aussi des liens étroits avec Damas. Soupçonnés d’être des trafiquants de carburant pour les besoins des opérations militaires du gouvernement syrien, ils détiennent trois propriétés aux EAU.

Bien que les Émirats se présentent sur la scène internationale comme l’ennemi de l’Iran et reprochent au Qatar sa proximité avec la République islamique, Dubaï reste aussi une destination prisée par les expatriés iraniens. C’est le cas, à en croire le rapport, de Kambiz Mahmoud Rostamian et Hossein Pournaghshband – deux ressortissants iraniens sanctionnés par les États-Unis qui les accusent d’avoir acquis du matériel destiné au programme balistique de Téhéran -, qui possèdent six propriétés d’une valeur de près de 5 millions de dollars à Dubaï.

« Les orientations politiques défendues par Abou Dhabi, capitale des Émirats et émirat le plus militarisé, sont en opposition avec les intérêts économiques de Dubaï. Par exemple pour le blocus contre le Qatar, Dubaï, qui possède une économie bien plus extravertie, a davantage souffert car ses échanges commerciaux avec le Qatar sont nettement plus importants. Il en est de même pour l’Iran à cause du grand nombre d’hommes d’affaires expatriés iraniens qui vivent à Dubaï », explique un analyste à Jeune Afrique.

Un marché permissif

Contrairement à plusieurs pays arabes, les EAU adoptent un régime de propriété ouvert aux étrangers. Ces derniers ont le droit d’acquérir des biens immobiliers mais uniquement dans certaines zones de développement spéciales immobilières et touristiques, souvent luxueuses.

Cette permissivité est dans les gènes du boom de l’immobilier dubaïote », selon un analyste

« Des géants de l’immobilier tels que Emaar ou Nakhil, dont la famille régnante est actionnaire, ont construit des projets très onéreux comme que des villas sur les îles artificielles de Palm Jumeirah et le gratte-ciel de Burj Khalifa, pour rentabiliser de tels investissements. Ces sociétés avaient de quoi être le moins regardantes du monde sur l’identité de leurs acheteurs », explique le même analyste. « Les EAU est le pays de l’argent roi, cette permissivité est dans les gènes du boom de l’immobilier dubaïote mais cela devient réellement problématique lorsqu’ils sont aussi peu regardants, y compris avec des personnes qu’ils combattent militairement et politiquement », conclut-il.

Un climat financier propice

Au-delà de l’immobilier, l’attractivité de l’émirat s’explique aussi par son climat financier : pas d’impôts, peu de taxes et beaucoup de discrétion.

La capitale économique émiratie serait-elle une lessiveuse d’argent ? Si les EAU ont été épargnés par la liste noire européenne des pays exposés au blanchiment d’argent, ils ne l’ont pas été pour la première liste noire des paradis fiscaux de l’Union Européenne.

Adoptée le 5 décembre 2017, la liste comportait initialement les EAU. Le pays a par la suite été retiré en janvier 2018 suite à une promesse de réforme fiscale. Toujours en janvier 2018, l’ONG Tax Justice Network a elle aussi classé l’émirat à la neuvième place de son classement annuel mesurant l’opacité financière.

Fermer

Je me connecte