Société

Boycott au Maroc : 70 personnalités alertent sur « la gravité de la situation du pays »

Le réseau de stations Afriquia, victime du boycott marocain. © UIG via Getty Images

La campagne de boycott contre la « cherté de la vie », qui agite le Maroc depuis plusieurs semaines, témoigne de la « gravité de la situation du pays », a souligné jeudi un collectif de 70 personnalités marocaines, appelant à « tirer les leçons du passé ».

Le boycott des marques Afriquia, Sidi Ali et Danone « représente un mouvement de protestation de masse sans précédent […] parce qu’il exprime d’une manière collective les souffrances de larges pans de la société », estiment les 70 personnalités dans un communiqué publié jeudi 14 juin. Parmi les signataires, de nombreuses professions : avocats, universitaires, ingénieurs, économistes, artistes et militants associatifs.

« Ces huit semaines de boycott méritent d’être un aiguillon pour reconsidérer les réalités et les perspectives du pays », estime le collectif. « Après l’élan d’espoir de 2011 », dans le contexte du Printemps arabe marqué au Maroc par une réforme constitutionnelle, « le capital de confiance s’est graduellement érodé », estiment les universitaires et associatifs.

Forme de protestation inédite au Maroc, le mouvement de boycott lancé anonymement sur les réseaux sociaux le 20 avril dernier affecte les ventes des stations-service Afriquia, de l’eau minérale Sidi Ali et du lait Danone. Les boycotteurs veulent aussi viser une autre marque de lait (Jaouda), ainsi que le grand festival musical annuel Mawazine, qui débute le 22 juin à Rabat.


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Et le mouvement prend de l’ampleur. Jusqu’à provoquer la démission du ministre de la Gouvernance, Lahcen Daoudi, le 6 juin, après sa participation à un sit-in contre le boycott.

Déception et méfiance populaires

Le collectif évoque « les déceptions successives, dues en particulier à l’abandon des promesses de lutte contre la corruption et contre le système de rentes, à la dégradation des secteurs sociaux et au maintien en veilleuse des institutions de gouvernance ». Une situation qui a conduit à des mouvements sociaux.

Le royaume a été depuis fin 2016 le théâtre de différents mouvements de protestation dans des zones économiquement déshéritées, avec des manifestations contre la « marginalisation » dans une partie du Rif (nord), des « manifestations de la soif » à Zagora (sud) et des rassemblements pour l’emploi dans l’ex-cité minière de Jerada (nord-est).

Le collectif accuse l’État

« L’État y a répondu à chaque fois de la même manière : il commence par faire la sourde oreille, puis il passe à l’intimidation et aux accusations de trahison, puis revient aux tentatives de dialogue, avant de recourir aux menaces qui finissent en répression souvent disproportionnée », accuse ainsi le collectif.

Et les signataires imputent cette situation à l’État: « L’affaiblissement programmé de toutes les institutions de médiation et l’érosion du capital de confiance ont fait le lit de la contestation généralisée ».

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